LÖFFLER Paul-Adolphe [LOEFFLER, LŒFFLER, LOFFLER). Pseudonymes : Lovas Andor, Lovass Antal, Làszlo Pàl, Marath, A. Le Fleur, Alfa, Lap, Al

Par Nicole Racine

Né le 29 janvier 1901 à Budapest ; Hongrois naturalisé Français en 1947. Mort à Paris le 28 juin 1979. Écrivain prolétarien, journaliste, travaillant comme dessinateur d’études.

Paul-Adolphe Löffler
Paul-Adolphe Löffler
Thierry Maricourt, Dictionnaire des auteurs prolétariens, Encrage, 1994.

Cinquième de six enfants, Paul-Adolphe Löffler naquit à Budapest d’un ouvrier décorateur et d’une paysanne. "Ma mère ne savait ni lire ni écrire, mais c’est elle qui m’a appris les "chants" de Petöfi, l’histoire de la guerre de l’indépendance de 1848-1849 de Hongrie, avant que j’aie appris à lire. C’est elle qui m’a raconté la vie de Tolstoï quand celui-ci est mort, et c’est elle qui m’a fait aimer lire quand, chaque jour, elle m’a demandé de lui lire le journal."

Pour pouvoir continuer ses études au lycée, Löffler travailla, de quatorze à dix-sept ans, comme "petit garçon" de restaurant de 16 h à 2 h du matin. La guerre l’empêcha de terminer ses études et il dut trouver un emploi. Embauché dans une maison d’édition, il découvrit la "grande littérature" et les écrivains français. En 1918, il adhéra aux Jeunesses communistes. En 1919, lors de la République des conseils, il fut soldat dans l’Armée rouge hongroise et fait prisonnier après le dernier combat à Szolnok. Après la chute du gouvernement de Bela Kun, il végéta quelque temps puis sous la menace d’être dénoncé à la police horthyste, il quitta Budapest. Il dut s’exiler et arriva à Paris à la fin mars 1924.

Les premières années d’émigration furent, pour Löffler et sa femme, très dures sur le plan matériel. Dès son arrivée à Paris, il chercha une filière pour reprendre contact avec les communistes hongrois. A la suite d’un malentendu avec eux, il choisit de militer à la section hongroise de la Ligue des droits de l’Homme. En 1925, il commença à collaborer à un hebdomadaire hongrois publié en Roumanie, à Cluj ; il y décrivit l’envers du Paris de luxe, la vie des ouvriers et des déshérités. Il adhéra à la CGTU le 29 août 1927.

En 1928, il entra dans un bureau d’invention comme dessinateur, mais il connut de nouveau le chômage en 1930. Il collabora à de nombreuses revues antifascistes et réalisa son projet déjà ancien de publier une revue de culture hongroise à Paris où vivaient plusieurs dizaines de milliers d’ouvriers de cette nationalité : Horizont parut de 1930 à 1934 dans des conditions parfois difficiles (le 10 octobre 1934, Henri Barbusse* envoya à Paul Löffler une lettre d’encouragement pour la revue).

Fin 1929, il fit la connaissance d’Henry Poulaille* dont il avait publié dans Horizont une nouvelle parue dans Monde. Henry Poulaille* le présenta à Tristan Rémy* et aux écrivains prolétariens. Durant les années de la crise économique mondiale, Löffler se retrouva sans emploi : de 1931 à 1935 il ne travailla que dix-huit mois comme magasinier sur un chantier de construction du métro ; ce ne fut qu’en juillet 1935 qu’il trouva du travail, par l’entremise de la CGT, comme dessinateur d’études à l’Association des ouvriers en instruments de précision (AOIP), coopérative d’usine de téléphone où il resta jusqu’à sa retraite en 1964.

Paul A. Löffler participa dans les années trente au mouvement de littérature prolétarienne qui se développa en France autour de Poulaille, de ses revues comme Nouvel âge. Il collabora notamment à cette dernière en y publiant, à son incitation, une nouvelle directement écrite en français, Misère (1931) ; à partir de cette date, il devint un écrivain bilingue. Il garda toujours de la reconnaissance pour Poulaille qui l’avait encouragé à écrire et l’avait publié. Löffler se prononçait pour une conception de la littérature prolétarienne explicitement "révolutionnaire", tandis que, selon Henry Poulaille*, la littérature prolétarienne avait à exprimer le prolétariat sans adhérer à une idéologie politique ou à un parti. Löffler se reconnaissait dans les thèses de la conférence de Kharkov (1930) qui furent connues en France à la fin de 1931 ou au début de 1932. A l’issue de celle-ci, Henry Poulaille*, devenu une des cibles de l’Union internationale des écrivains révolutionnaires dont le siège était à Moscou, fut alors vivement critiqué dans l’Humanité. Bien qu’il ne partageât pas l’anarchisme de Henry Poulaille*, Löffler refusa de rompre ses liens d’amitié avec lui, notamment lorsque les communistes hongrois qui avaient collaboré durant un temps à Horizont, voulurent l’empêcher de le fréquenter.

Paul A. Löffler fut membre du Groupe des écrivains prolétariens qui se constitua officiellement en mars 1932 ; il voulait, ainsi que Tristan Rémy*, le faire évoluer vers une organisation plus concrète.

A l’automne 1934, Löffler fonda, notamment avec Paul Le Pape, une revue littéraire communiste, Prémices, dans laquelle il défendait les thèses d’une littérature prolétarienne marxiste. Prémices ne survécut pas aux divergences entre Le Pape, d’orientation trotskyste, et Paul A. Löffler ; la revue cessa de paraître en octobre 1935.

Löffler rallia l’AEAR en mars 1933 ; d’autres membres du Groupe des écrivains prolétariens adhérèrent également à l’AEAR, comme Tristan Rémy* et Eugène Dabit*. Löffler participa au mouvement antifasciste et suivit l’activité des Maisons de la Culture. En novembre 1937, il fut nommé membre de la direction de la Maison de la Culture de Belleville. C’est parce qu’il s’intéressait à toutes les expériences qui se donnaient pour but la culture prolétarienne qu’il participa à l’expérience du Musée du Soir en 1935, comme bibliothécaire. Il adhéra aussi à la section littéraire de Mai 36, organisation culturelle socialiste.

Löffler qui militait à la section hongroise de la Ligue des droits de l’Homme trouva la liaison avec le mouvement de masse de l’émigration hongroise en 1934 en adhérant au "Mouvement du 1er septembre", organisation d’abord très lié au Parti communiste, qui devint le "Mouvement pour la Paix et la Liberté » ; en 1936, il devint secrétaire du comité Belleville-Villette du Mouvement, puis membre du comité Paris-Ville, et membre du comité central (1938). Il était devenu rédacteur à la Voix libre,Szabad Szo, en 1935 ; fin 1938, le Mouvement prit le nom de "Hongrois Amis de la France". En 1935, Löffler avait adhéré au PC français.

Il publia Métro en 1936, document un peu romancé sur la construction du métro, Notre vie en 1938, recueil de récits parus dans les journaux et revues. Contacté, fin 1935, par Luc Decaunes*, jeune instituteur, il collabora à la revue Soutes (1936-1937) qui se voulait une revue littéraire révolutionnaire ; il écrivit pour Soutes, "Les gens de Lénine", épisode de la Commune hongroise.

Durant l’occupation allemande, Löffler entra dans la Résistance ; il fut responsable "de masse" dans l’usine AOIP et diffusa la presse clandestine ; il organisa des réunions clandestines en Seine-et-Marne. A la Libération, il devint secrétaire administratif de l’Union nationale des intellectuels, section du XIXe arr. (1944-1948).

Löffler publia un roman,Au temps des Gorgones (1946) qui évoquait l’époque des années trente et l’Occupation, des poèmes (1948), Le Conte populaire hongrois (1951), une Vie de Petöfi (1953). Il se fit le chroniqueur du mouvement de littérature prolétarienne et révolutionnaire en France, avec ses deux livres sur la littérature prolétarienne et sur l’"Association des écrivains et artistes révolutionnaires". Il a publié son Journal des années 1924-1939 qui est un témoignage personnel à la fois sur l’émigration antifasciste hongroise et sur les mouvements culturels de gauche dans les années trente.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article118769, notice LÖFFLER Paul-Adolphe [LOEFFLER, LŒFFLER, LOFFLER). Pseudonymes : Lovas Andor, Lovass Antal, Làszlo Pàl, Marath, A. Le Fleur, Alfa, Lap, Al par Nicole Racine, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 10 mai 2012.

Par Nicole Racine

Paul-Adolphe Löffler
Paul-Adolphe Löffler
Thierry Maricourt, Dictionnaire des auteurs prolétariens, Encrage, 1994.

ŒUVRE : Chronique de la littérature prolétarienne française (1930-1939), Rodez, Éd. Subervie, 1967, 85 p., 2e édition, supplément à Plein Chant, n° 27, 1975, 84 p. — Chronique de l’Association des écrivains et des artistes révolutionnaires (Le mouvement littéraire progressiste en France, 1930-1939), Rodez, Éd. Subervie, 1971, 81 p. — Journal de Paris d’un exilé (1924-1939), Rodez, Éd. Subervie, 1974, 212 p. — "Adalékok a parizsi magyar emigracio törtenetéhez 1870-1914". A magyar Munkasmozgalomi Muzeum évkönyve, Népmiivelési Propaganda Iroda, Budapest, 1977. — "Misère", Les Feuillets bleus, 23 février 1935. — Notre vie, Histoires d’ouvriers, Paris, Entre-Nous, 1938. — Journal de Paris d’un exilé (1924-1939), Rodez, Subervie, 1974, 211 p.

SOURCES : Biographie rédigée par P.-A. Löffler. — Entretiens avec P.-A. Löffler le 21 octobre 1971 et le 21 janvier 1977. — Journal de Paris d’un exilé, op. cit. — H. Poulaille, "Paul-A. Löffler", Le Libertaire, n° 10, octobre 1979.

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