LLADO Achille

Par André Balent

Né le 13 août 1912 à Pia (Pyrénées-Orientales), mort le 1er mars 1984 à Toulouges (Pyrénées-Orientales) ; instituteur ; militant syndicaliste dans l’Aveyron puis dans les Pyrénées-Orientales ; militant socialiste puis communiste.

Fils de Jean Llado — un cafetier d ’Amélie-les-Bains (Pyrénées-Orientales) qui s’engagea en 1907 dans l’armée où il fit carrière (maréchal des logis au 9e RA en 1912, âgé cette année-là de vingt-trois ans) — et de Marie-Louise Brugat, également âgée de vingt-trois ans en 1912, Achille Llado obtint le baccalauréat en 1931 et suivit, pendant un an, les cours de la faculté de droit de Montpellier. Après avoir effectué, en 1933-1934, son service militaire dans la météorologie de la Marine nationale, il fut embauché, à Perpignan, aux entrepôts des magasins d’alimentation « L’Abeille d’or », et épousa, le 6 novembre 1935 à Saint-Estève (Pyrénées-Orientales) Jeanne Vassails, institutrice (puis professeure de l’enseignement technique à partir de 1946). Le couple eut deux filles, Laure et Nicole. Le beau-frère de Llado, Gérard Vassails, militant du mouvement catalaniste « Nostra Terra » (1936-1940), adhéra au Parti communiste français à la Libération ; il fit une carrière de chercheur en sciences physiques et de professeur d’université qui l’amena jusqu’à Madagascar.

En juin 1936, Llado prit la tête du comité de grève des employés de « L’Abeille d’or » et impulsa la création d’une section syndicale CGT. Mais la grève fut un échec et il dut quitter son emploi. Il demanda un poste d’instituteur auxiliaire dans le département qu’on lui refusa sans doute à cause de son activité syndicale. Il s’adressa alors à Jean Zay, ministre de l’Éducation nationale, qu’il avait connu en 1935 lors d’un congrès antifasciste. Celui-ci le fit nommer à Campuac (Aveyron) à compter du 1er octobre 1936. Entre temps, Llado avait fait l’apprentissage du militantisme politique. D’abord attiré par les Jeunesses laïques et républicaines, il adhéra au Parti socialiste SFIO en 1936, se lia d’amitié avec les pivertistes et participa aux diverses activités de la Gauche révolutionnaire. Ils passaient une partie de leurs vacances d’été à la plage du Barcarès où ils retrouvaient des collègues dont certains comme Louis Torcatis devinrent des amis proches.

À la rentrée scolaire d’octobre 1938, Llado et sa femme furent mutés à Coubisou, commune du Nord Aveyron où ils enseignèrent jusqu’en 1939. Pendant cette période, Achille Llado se contenta d’agir au sein de la section du Syndicat national des instituteurs de l’Aveyron. Toutefois il demeurait en contact très étroit avec ses amis de la Gauche révolutionnaire perpignanaise et, pendant ses vacances en terre catalane, il participait à leurs débats. Pacifiste intransigeant, il fut, à la fin de 1938, « munichois ».

Mobilisé le 2 septembre 1939, il regagna l’Aveyron après la défaite et, à la rentrée de 1940, sa femme et lui furent mutés au hameau de Coupiaguet dans la commune d’Ayssènes, dans l’Aveyron méridional. Ébranlé par la victoire de l’Allemagne, Llado se tint pendant quelque temps à l’écart de toute activité politique mais resta en contact avec des collègues comme Louis Torcatis, ancien militant communiste, résistant à Libération et chef de l’AS des Pyrénées-Orientales à qui il proposa dès juillet 1942 de se cacher en Aveyron si cela était nécessaire. Un an plus tard, Torcatis pourchassé par la Siecherheitspolizei, ainsi que la plupart des autres cadres départementaux des MUR, réussit à lui échapper (23 mai 1943) ; muni de faux papiers, Torcatis gagna, en juillet 1943, l’Aveyron par ailleurs base de repli des MUR de la R3 et s’installa avec sa famille à Ayssènes chez les Llado. Lucette Justafré, amie de Jeanne Llado depuis l’école normale, vint à Coupiaguet renouer le contact avec Torcatis.

À partir de ce moment-là, Llado rejoignit les Mouvements unis de Résistance de l’Aveyron. Mais, réticent face à l’usage de la violence par l’AS et les GFL que Torcatis structurait au plan régional, il se fit traiter « amicalement » de « pivertiste attardé » par son ami Torcatis. Llado planqua des jeunes Catalans réfractaires du STO qui lui étaient adressés par des responsables des MUR des Pyrénées-Orientales (comme José Bantreil, neveu de Marcel Noury, des MUR). Llado prit part à la reconstitution des syndicats CGT d’enseignants, notamment du SNI dont il fut le secrétaire départemental : la réunion clandestine de ce syndicat devant décider de sa réorganisation eut lieu à l’initiative de Llado à l’hôtel Angles de Villefranche-de-Panat, le jour du Mardi Gras de 1944. Elle groupa neuf instituteurs ou institutrices et décida de relancer l’action de propagande : des tracts clandestins du SNI furent imprimés à Millau et distribués dans l’Aveyron et les départements voisins. Cette réunion désigna Llado comme responsable syndical du centre du département. À la Libération, Achille Llado devint le secrétaire départemental provisoire du SNI. Mais, coopté comme membre du bureau national provisoire du SNI en octobre 1944, il fut nommé instituteur à Paris (Ve arr.) et habita le XXe arrondissement de Paris. La réunion du conseil national, le 30 décembre 1945 le confirma comme membre du bureau national. Secrétaire de la commission des prisonniers et déportés, il fut l’auteur d’un article dans L’École libératrice, le 25 janvier 1946, « Pour nos prisonniers et déportés ». Lors de la réunion du bureau national, le 17 janvier 1946, il fut nommé secrétaire de la nouvelle commission des réparations aux victimes de la guerre. Le 17 juin 1946, il fut candidat suppléant du SNI au Conseil d’enseignement de l’enseignement du premier degré. Le bureau national, les 16-16 octobre 1946, procéda à une réorganisation. Llado devint membre des commissions administratives et de législation, d’action laïque et des jeunes.

Nommé en cours d’année professeur d’enseignement général de lettres dans un centre d’apprentissage de la région parisienne, Llado obtint sa mutation pour raisons de santé, à la rentrée d’octobre 1947, au collège d’enseignement technique de Vernet-les-Bains (Pyrénées-Orientales). Il fut, en 1947 (assemblée générale du 24 novembre), élu à la commission administrative du syndicat unique de l’enseignement (FEN) des Pyrénées-Orientales où il représenta l’enseignement technique.

Llado adhéra en 1946 au PCF et compta parmi les dirigeants communistes de la cellule locale et de la section de Prades. Il quitta le PCF après l’invasion de la Hongrie par les troupes soviétiques (novembre 1956).

À partir de 1958, Llado enseigna à Perpignan jusqu’à sa retraite en 1972.
Veuf (Jeanne Vassails, mourut à Perpignan le 9 mai 1964), remarié, le 28 décembre 1964 à Perpignan avec Marie-Jeanne Gasc, une employée municipale, il vécut à Toulouges (Pyrénées-Orientales). En 1978, il publia ses souvenirs de militant, en langue catalane, dans le quotidien perpignanais L’Indépendant sous le pseudonyme d’« En Joanet ». Il rédigea également dans Truc (n° 98, juin 1978) un article concernant les événements de juin 1936 dans les Pyrénées-Orientales. Cette même année, très déçu par l’échec de la gauche aux élections législatives, il adressa aux organisations départementales du PS, du PCF, du MRG et des « Chrétiens de gauche » une analyse politique personnelle de la situation post-électorale, traçant de nouvelles perspectives pour surmonter cette défaite.

À la fin de sa vie, il collabora à la radio catalane de Perpignan, « Radio-Arrels ». Il fut enterré civilement dans son village natal. Il était titulaire de la médaille de la Résistance.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article118692, notice LLADO Achille par André Balent, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 9 février 2017.

Par André Balent

SOURCES : Arch. com. Pia, état civil. — Arch. com Saint-Estève, état cvil. — Archives du SNI et du syndicat unique détenues par Michel Ribera, instituteur retraité des PO, consultées en juillet 1984. — Arch. privées André Balent, "analyse de l’échec de mars 1978" par Achille Llado, manuscrit photocopié. — Paul Delanoue, Les enseignants. La lutte syndicale du Front populaire à la Libération, Paris, Éd. sociales, 1973, p. 395. — Étienne Llauro, Torcatis « Bouloc », destin d’un humaniste, Portet-sur-Garonne, Loubatières, 1998, 496 p. — Presse syndicale. — DBMOF, notice par André Balent. — Entretiens (André Balent) avec Achille Llado. — Témoignages de Nicole Labrosse, fille d’A. Llado et de Ferdinand Baylard, beau-frère de Louis Torcatis. — Notes de Jacques Girault.

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