Né le 7 mars 1914 à Cours-les-Barres (Cher), mort le 15 février 2003 à Chargé (Indre-et-Loire) ; métallurgiste ; résistant ; syndicaliste CGTU puis CGT ; militant de Renault-Billancourt ; député communiste de 1951 à 1956.

Roger Linet
Roger Linet était issu d’une famille originaire de Nevers (Nièvre). Son père était ouvrier riveur (manœuvre dans la métallurgie dit-il dans son autobiographie de 1938) et sa mère femme de ménage. Pour qualifier ses parents, il parlait d’« esprit d’honnêteté et de travail . Il obtint son certificat d’études primaires puis fut apprenti tourneur aux Ateliers de Vauzelles de 1928 à 1931. Il fut aussi chromeur.
Il vint alors dans la région parisienne et travailla comme tourneur nickeleur à Levallois-Perret (Seine, Hauts-de-Seine) de 1933 à 1936. Roger Linet commença à militer, en 1933 à l’USTM-CGTU. Il rejoignit le Parti communiste en 1934 et devint la même année secrétaire de cellule. Permanent syndical depuis octobre 1936, il participa aux commissions de discussion des premières conventions collectives locales dans la métallurgie. Il était, en 1938-1939, secrétaire du syndicat CGT des Métaux pour le Xe arr. de Paris et semble-t-il, le XIe arr. Il appartenait, à la même époque, à la commission de contrôle financier de la Fédération des Métaux.
Mobilisé en 1939-1940, fait prisonnier, Roger Linet s’évada et rejoignit la Résistance. Membre, dès juin 1941, de l’Organisation spéciale en région parisienne, responsable avec Jean Baillet du premier sabotage important (déraillement d’Épinay-sur-Seine), il appartint, à partir de mai 1942, à la direction des FTP. Devenu le « commandant Rivière », il participa notamment à l’enlèvement de Maurice Lacazette. Il fut arrêté au début de 1943 dans un pavillon de la rue des Truilles à Clamart. La préfecture de police le présentait comme "le commissaire politique de l’interrégion parisienne". Interné à Fresnes, il fut déporté le 11 juillet 1943 de la gare de l’Est à Paris vers le camp de Natzweiler puis transféré à Dachau où il fit partie de la direction communiste clandestine et d’où il fut libéré le 29 avril 1945. Sa participation à la guerre et à la Résistance lui valurent la Croix de guerre, la Médaille de la Résistance et la Légion d’honneur.
À son retour, Roger Linet fut secrétaire CGT des Métaux de la région parisienne de 1945 à 1947. Benoît Frachon le désigna pour intervenir dans la grève Renault en avril 1947 et il devint ensuite secrétaire général du syndicat CGT des usines Renault jusqu’en 1948. Il resta à la commission exécutive de la Fédération CGT des Métaux jusqu’en 1962. Membre du comité fédéral de la Seine de 1945 à 1953, il fut contraint de faire son autocritique à plusieurs reprises, fin 1952 et début 1953, face aux difficultés de la CGT chez Renault et à l’échec des mobilisations contre l’emprisonnement de Jacques Duclos* dans le « complot des pigeons ». Sollicité pour participer au secrétariat de la nouvelle fédération Seine-Sud en 1953 (il habitait Clamart), il refusa, préférant continuer à militer sur le terrain syndical chez Renault. Il fut donc affecté en Seine-Ouest, comme dirigeant du syndicat Renault, et siégea au comité fédéral de 1953 à 1962. Membre suppléant au comité central du Parti communiste de 1950 à 1954, il ne fut pas réélu en 1954. Parallèlement, il siégea comme député de 1951 à 1956 ; déplacé de la quatrième à la cinquième position sur la liste électorale du PCF en 1956, il ne fut pas réélu.
Roger Linet fut progressivement cantonné au travail syndical puis orienté vers les œuvres sociales de la Fédération de la Métallurgie. Dès 1956, la direction du PCF souhaita son remplacement à la tête du syndicat Renault, qui aboutit en 1958 à la désignation de Claude Poperen*. Alors qu’il envisageait de retourner en usine, Roger Linet accepta finalement de devenir directeur du Centre Suzanne Masson, centre de rééducation pour handicapés physiques, fonction qui conserva de 1958 à 1974. Il quitta alors la fédération Seine-Ouest pour celle de Paris. Dans la dernière période de sa vie, il se consacra à l’écriture historique, à partir de son expérience.
Marié le 23 décembre 1933 à Paris (XIe arr.) avec Alice Michelet, femme de ménage devenue manœuvre dans la métallurgie puis secrétaire, et qui avait été également déportée, il divorça et se remaria en 1956 à Malakoff. Divorcé de nouveau, il se remaria le 26 février 1972 à Montreuil, il se retira à Chargé (Indre-et-Loire) où il milita au Parti communiste et chez les Vétérans.
La Légion d’honneur lui fut remise à Chargé.

ŒUVRE : 1933-1943. La traversée de la tourmente, Paris, Messidor, 1990, 383 p. — [avec Roger Leroy et Max Nevers], 1943-1945. La Résistance en enfer, Paris, Messidor, 1991 CGT Lendemains De Guerre 1944-1947, Hachette, 1995. — Renault 1947-1958, Le Temps des cerises, 1997.

SOURCES : RGASPI, 495 270 5, 22 décembre 1938, classé AS. — Arch. PPo., activités communistes pendant l’Occupation, carton 3. — Arch. Ass. Nat., dossier biographique. — Arch. comité ntional du PCF. — André Ouzoulias, Les Bataillons de la jeunesse, op. cit., pp. 124-125. — Fernand Grenier, Ç’était ainsi, Éd. sociales, 1978, p. 266. — Paul Boulland, Acteurs et pratiques de l’encadrement communiste à travers l’exemple des fédérations PCF de banlieue parisienne, thèse d’histoire, Paris 1, 2011. — Stéphane Courtois, La politique du PCF et ses aspects syndicaux, op. cit. — Notes de Jean-Pierre Besse et Robert Kosmann. — État civil.

Claude Pennetier

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