LÉVY Georges

Par Maurice Moissonnier

Né le 8 février 1874 à Gray (Haute-Saône) ; mort le 2 mars 1961 à Bron (Rhône) ; docteur en médecine ; militant socialiste puis communiste de la région lyonnaise. Député du Rhône.

Fils d’Isaac Lévy, marchand de chevaux à Gray, Georges Lévy était issu d’un milieu israélite apparemment pratiquant : sur son acte de naissance, le premier témoin est le " ministre officiant " de la religion juive. Il avait à peine un an quand ses parents vinrent s’installer à Lyon, dans le IIIe arr. La situation relativement aisée de sa famille lui permit de poursuivre ses études au-delà de l’école primaire. Après le baccalauréat, il s’inscrivit à la Faculté de médecine et obtint le titre d’interne des hôpitaux de Lyon.

Son éveil politique datait de l’affaire Dreyfus : il s’inscrivit au comité dreyfusard de Lyon, y rencontra des radicaux, des anarchistes, participa à la campagne en faveur du capitaine, prenant plusieurs fois la parole dans la région lyonnaise et le Jura. Il lut des textes de Jaurès et, sous cette influence, adhéra au groupe des Étudiants socialistes.

En 1900, après avoir passé sa thèse, il s’établit à Oullins, ville cheminote, et donna son adhésion au groupe socialiste indépendant (jaurésien). Il acquit sa réputation de " médecin des pauvres ". Fervent partisan de l’unité socialiste, il s’opposa à Victor Augagneur, mais ne rejoignit pas tout de suite le Parti socialiste SFIO, peut-être pour des raisons familiales. En 1910, il soutint la grève des " cent sous " des cheminots d’Oullins et adhéra au Parti socialiste. Entre 1911 et 1913, Georges Lévy devint successivement secrétaire général de la Fédération du Rhône et conseiller municipal d’Oullins.

En 1914, candidat aux législatives dans la 9e circonscription du Rhône, il obtint 3 781 voix au premier tour. Le 25 juillet, il fut aux côtés de Jean Jaurès lorsque celui-ci prononça, à Vaise, son dernier discours contre la guerre. Il appela le premier à manifester le 30 juillet, pour la paix, place Bellecour.

Mobilisé, médecin dans l’armée d’Orient, rapatrié en 1915 à la suite d’une attaque de paludisme, Georges Lévy put maintenir le contact avec son parti et suivre les événements de Russie. Dès février 1918, il participa au congrès de la Fédération se situant du côté de ceux qui rejetaient l’Union sacrée. Candidat socialiste aux élections municipales de 1919, il entra au conseil municipal avec la coalition des radicaux et des socialistes. La même année, il fut élu député, dépassant en voix le député socialiste sortant.

Il consacra une partie de son temps au développement de l’Association républicaine des anciens combattants, et lors de son congrès constitutif tenu à Lyon (6-9 septembre 1919), Georges Lévy fut élu au comité central. Il fut réélu aux congrès de Levallois (août 1921), puis à celui de Limoges (août 1922), et enfin de Clermont-Ferrand (juillet 1923) comme représentant du Rhône. En mai 1920, délégué au congrès des anciens combattants tenu à Genève (Suisse), il affirma son espoir en la création d’une IIIe Internationale. À l’ouverture du congrès fédéral, le 18 décembre, il se déclara partisan des 21 conditions. La motion d’adhésion l’emporta par 80 mandats, contre 14 à celle de Blum, et 7 à celle de Longuet. À l’issue du congrès de Tours (décembre 1920), il fit partie du Comité directeur de la Section française de l’Internationale communiste. Puis le 23 janvier, Georges Lévy tint avec les autres délégués de la région, les assises constitutives de la Fédération SFIC du Rhône.

Georges Lévy se situait dans la mouvance du " centre " ; il fut réélu au Comité directeur lors du congrès de Marseille (25-30 décembre 1921). Dans les conflits internes, il se déclarait partisan de l’acceptation des consignes de l’Internationale communiste, mais aussi adversaire du " front unique ". Désigné, le 4 juillet 1922, à la commission chargée d’élaborer les résolutions du congrès de Paris, qui devait avoir lieu en octobre, il appuya la résolution Souvarine-Frossard sur la politique générale et le " front unique ". La tentative de conciliation ayant échoué, il signa le 16 octobre, avec Frossard, une lettre du " centre " protestant contre " une sorte de régime de haute surveillance " à l’encontre de Marcel Cachin. Au congrès de Paris, le " centre " obtint une majorité relative et refusa de partager la direction avec la " gauche ". Pour des raisons non élucidées, il ne fut pas réélu au Comité directeur. Cependant au début de 1923, il effectua un voyage clandestin en URSS et remplit les fonctions de délégué à l’Exécutif de l’Internationale. De retour à Paris le 28 juin, il reprit sa place au groupe parlementaire communiste.

Aux élections législatives de mai 1924, la liste communiste qu’il conduisait fut largement battue par le Bloc des gauches groupées derrière Édouard Herriot. Installé à Paris, il remplit alors la charge de secrétaire administratif du groupe parlementaire communiste. Au congrès national de Lyon (janvier 1924), il présida la 2e séance et présenta trois rapports sur les assurances sociales, l’hygiène sociale et le logement. En 1925, réinstallé à Lyon, il limita son activité à l’aire régionale tout en exerçant son métier de médecin. Il appartint au Syndicat CGT de médecins. À partir du 11 janvier, il assuma le secrétariat de la commission régionale d’agitation et de propagande. Vers la fin 1926, il déclina l’offre de s’occuper de l’école du rayon. En 1928, il refusa d’être candidat, participant tout de même à la campagne électorale dans le Rhône et l’Isère. Il en fut de même aux élections de 1932.

En 1934, lors de la fondation de l’hebdomadaire la Voix du Peuple, il en devint le directeur politique. Le 7 octobre 1934, candidat aux élections cantonales, il arriva en tête de la gauche dans le 11e canton (IIIe arr.), mais ne fut pas élu au 2e tour. Le choix de cet arrondissement s’explique par le fait qu’il y était fort connu s’occupant de la coopérative " La Ruche de Monchat " (voirJoannès Chabert). Le 5 mai 1935, dans le même arrondissement, aux élections municipales, il obtint 2 504 voix mais échoua encore. Cependant, le 26 mai suivant, il fut élu lors d’une élection partielle pour le siège de conseiller général du canton de Villeurbanne. Aux élections législatives de 1936, il l’emporta dès le premier tour dans la 12e circonscription de Lyon-Villeurbanne avec 11 019 voix sur 21 724 suffrages exprimés (50,7 %).

Il enseigna à l’école de région de l’Université populaire.

Au parlement, il assuma la fonction de secrétaire de la commission d’hygiène. Le 25 janvier 1936, à l’issue du VIIIe congrès du Parti communiste tenu à Villeurbanne, Georges Lévy fut élu à la commission de contrôle financier, poste qu’il devait conserver (à part pendant la période d’illégalité) jusqu’en 1956. À l’approche de la guerre, il multiplia les mises en garde contre un " nouveau Munich ". La première manifestation interdite le 25 août 1939 par le préfet Bollaert après la signature du Pacte germano-soviétique fut une conférence que Georges Lévy devait donner.

Le 9 octobre, peu après l’interdiction du Parti communiste, il fut arrêté en compagnie de Félix Brun. Interrogé sur son rôle dans l’élaboration de la lettre ouverte du 1er octobre au président Herriot qui motiva les poursuites contre les élus communistes, il déclara : " Je n’ai pas assisté aux séances au cours desquelles a été discuté l’envoi d’une lettre...Je n’ai connu le texte que postérieurement. Je n’ai pas à dire actuellement si j’approuve ou non cette lettre. " Son procès et celui de ses co-inculpés se déroula du 20 mars au 30 avril 1940 et se termina par une condamnation à 5 ans de prison et 5 000 F d’amende. Il fut interné successivement à la Santé, à Poitiers, au fort du Hâ à Bordeaux, à Toulouse, à Tarbes, au Puy, à Valence et à Marseille. Comme ses camarades de détention, il écrivit une lettre au maréchal Pétain pour témoigner au procès de Riom, attitude sujette à maintes controverses.

Fin mars 1941, il fut embarqué pour l’Afrique du Nord où il resta détenu jusqu’au 5 février 1943, quatre mois après le débarquement américain. Immédiatement après la Libération de la France, un avion ramena Georges Lévy à Lyon où le comité de Libération le désigna comme maire de Villeurbanne. En avril 1945, les élections municipales confirmèrent cette désignation tandis qu’il retrouvait la direction de la Voix du Peuple, devenu quotidien.

En avril 1947, les communistes perdirent la municipalité ; Georges Lévy, âgé de soixante-treize ans, et dont la santé avait été ébranlée par les épreuves de la guerre, ralentit son activité politique. Une fois encore, il conduisit la liste communiste aux élections municipales de 1953, qui avec seize sièges fut écartée par une coalition SFIO, MRP, RPF, radicaux. De 1947 à 1956, il appartint à la commission centrale de contrôle financier du Parti communiste.

Georges Lévy faisait alors figure de patriarche du communisme lyonnais. Dans les dernières années de son existence, il détruisit la totalité de ses archives.

Le nom de Georges-Lévy fut attribué à un square de Villeurbanne le 12 juin 1978.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article118436, notice LÉVY Georges par Maurice Moissonnier, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 9 octobre 2018.

Par Maurice Moissonnier

ŒUVRE : Pour la liberté ; proposition de loi relative à l’amnistie, Paris, 1936.

SOURCES : Arch. Dép. Rhône, série 4 M. — Arch. Jules Humbert-Droz, Origines et débuts des partis communistes des pays latins (1919-1923), Dordrecht, 1971. — Bibliothèque marxiste de Paris, micr. n° 43, 59,64. — H. Rouger, Les fédérations socialistes, op. cit.G. Lévy : une vie au service du peuple, Saint-Étienne, 1954 (préf. de Maurice Thorez). — M. Lazar, Origines et débuts d’une organisation du mouvement ouvrier : l’ARAC, Mémoire de Maîtrise, Paris I, 1975. — Le Progrès. — La Voix du peuple. — L’Humanité, 3 février 1954. — France nouvelle, 8 mars 1961. - Archives du Komintern, Moscou, RGASPI : Dossier 495 270 1937, autobiographie du 24 octobre 1937.

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