LEVAL Gaston [PILLER Pierre, Robert dit]

Par Jean Maitron

Né le 20 octobre 1895 à Saint-Denis (Seine), mort le 8 avril 1978 ; correcteur typographe ; théoricien et militant anarchiste, franc-maçon.

Gaston Leval
Gaston Leval
Cliché fourni par René Berthier

Fils de communard, après plusieurs années de travail en usine, Gaston Leval fut, le 10 février 1915, déclaré insoumis pour n’avoir pas répondu à son ordre de mobilisation. Il passa en Espagne et y milita.

En 1921, il fut envoyé en mission par la CNT en Russie soviétique. Arrivé en juin à Moscou, il y resta jusqu’en 1922. Il rencontra Victor Serge qui "décrivait dans ses articles un monde libéré" mais qui cachait déjà "sa pensée véritable". Leval ne "pouvait lui pardonner ce double jeu et ce double langage." Entré en relations avec Emma Goldman et Alexandre Berkman, il recueillit des informations sur les anarchistes emprisonnés. Assistant au congrès de l’Internationale syndicale rouge, il fut frappé par "l’omniprésence à flatter". Reçu par Lénine, auquel la délégation espagnole venait demander la libération des anarchistes en grève de la faim depuis onze jours, Gaston Leval eut la surprise de constater le silence prudent des délégués français. Finalement la délégation de la CNT se prononça contre l’adhésion à l’ISR.

Sous le pseudonyme de Gaston Leval, il collabora au Libertaire, journal de l’Union anarchiste, et à l’Idée anarchiste, organe dissident. En 1924, il s’embarqua pour l’Argentine et y demeura jusqu’à son retour en Espagne en 1934 où il fut un collaborateur actif de la Confédération nationale des travailleurs (CNT).

En 1938, il rentra en France et, sous le pseudonyme de Max Stephan, il reprit sa collaboration au Libertaire. Le 21 juin de cette même année, il fut arrêté pour insoumission ; le tribunal militaire le condamna, le 22 novembre, à quatre ans et demi de prison et incarcéré à la prison de Clairvaux. Il s’en évada le 14 août 1940, se réfugia en province, puis avec Louis Lecoin entra dans les restaurants populaires organisés par le Secours national du maréchal Pétain (Lien, juillet 1949), ce qui lui valut d’être écarté temporairement de la Fédération anarchiste en mars 1945. Sous les noms de Gaston Leval et Robert Le Franc, il reprit sa collaboration au Libertaire, ainsi qu’à la revue Études anarchistes qu’animaient des militants de la Fédération anarchiste.

Bon orateur, Gaston Leval intervint dans nombre de réunions à Paris et en province ainsi qu’au congrès de la FA qui eut lieu à Lyon les 11-14 novembre 1948. En mars 1950, il alla se fixer à Bruxelles et prit contact avec les dirigeants locaux de la Fédération anarchiste ibérique en exil. De retour en France en 1953, il collabora à Contre-courant dirigé par Louis Louvet. Au cours d’un congrès tenu à Paris les 25-27 décembre 1953, il fut de ceux qui reconstituèrent l’ancienne Fédération anarchiste qui avait disparu pour faire place sous l’impulsion de Fontenis à une nouvelle organisation : la Fédération communiste libertaire.

Leval fonda alors le Groupe socialiste libertaire qui se constitua en Centre de sociologie libertaire lequel eut pour tribune les Cahiers du socialisme libertaire (n° 1, octobre 1955). Cette publication devint, courant 1963, les Cahiers de l’humanisme libertaire et, ultérieurement, Civilisation libertaire. Le Centre de sociologie libertaire se proposait, compte tenu des bouleversements survenus dans nos sociétés, d’enrichir ce qui demeurait valable des acquis doctrinaux libertaires par des études répondant aux réalités d’aujourd’hui, et, dans la mesure du possible, de demain. Ainsi "des réalisations collectives concrètes" tels que coopération, syndicalisme, communes, influenceront-elles "au maximum l’évolution de la société dans un sens libertaire". En ce qui concerne le problème de la liberté "c’est, en dehors de l’atelier, de l’usine, du laboratoire, que pourra se manifester la liberté humaine" (L’Indispensable révolution). C’étaient là des réflexions originales sur l’épineux problème des lendemains de révolution.

Selon Léo Campion, Gaston Leval aurait été franc-maçon. Marié, il était père de trois enfants nés en Argentine.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article118348, notice LEVAL Gaston [PILLER Pierre, Robert dit] par Jean Maitron, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 14 juillet 2011.

Par Jean Maitron

Gaston Leval
Gaston Leval
Cliché fourni par René Berthier

ŒUVRE : De très nombreux articles en espagnol et en français dans la presse libertaire européenne et sud-américaine. Une quinzaine de brochures et livres (en français, espagnol, italien) dont : Pratique du socialisme libertaire, 90 p. — L’humanisme libertaire, 1967, 48 p. — Espagne libertaire, La Tête de feuilles, 402 p. — L’Indispensable révolution, 1948, 284 p. — L’enfance en croix (autobiographie), 1963. — La pensée constructive de Bakounine, Spartacus, 1976, 272 p. — L’État dans l’histoire, Éd. du Monde libertaire.

SOURCES : Arch. Jean Maitron. — Jean Maitron, Le Mouvement anarchiste en France, op. cit. — Léo Campion, Les anarchistes dans la Franc-maçonnerie, op. cit. — F. Kupferman, Au pays des soviets : le voyage français en Union soviétique (1917-1939), Gallimard-Julliard, 1979 (interview de G. Leval recueillie le 15 décembre 1977). — R. Hagnauer, Gaston Leval, La Révolution prolétarienne n° 641, mai 1978. — Le Monde, 14 avril 1978. — Civilisation libertaire, avril, mai et juillet 1978.

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