LE STRAT Alexis, Marie

Par Claude Geslin, Gilles Morin

Né le 14 juillet 1898 à Ploërmel (Morbihan), mort le 30 août 1970 à Rennes (Ille-et-Vilaine) ; instituteur ; militant syndicaliste ; militant socialiste SFIO, député d’Ille-et-Vilaine (1956-1958).

Fils d’un journalier Pierre, Marie Le Strat et de Jeanne, Marie Beaucherel, Alexis Le Strat, élève du cours complémentaire de la rue d’Échange à Rennes, fut reçu premier à l’École normale d’instituteurs de la ville en 1914. Mobilisé le 16 avril 1917, au 45e régiment d’infanterie, il fut dirigé vers l’aviation en mai 1918 et breveté pilote-aviateur en octobre 1918 avant d’être démobilisé avec le grade de sergent-chef, le 28 mai 1920.

Instituteur adjoint à Breteil puis à Montfort, Alexis Le Strat devint directeur du cours complémentaire de Janzé en 1925 puis directeur d’école à Rennes en 1933 et enfin directeur du centre d’apprentissage de Rennes de janvier 1945 à sa retraite en 1953.

Le Strat se maria uniquement civilement le 27 septembre 1920 à Rennes avec une institutrice. Le couple eut un fils.

Secrétaire adjoint puis secrétaire général de la section départementale du Syndicat national (CGT), puis du Syndicat national des instituteurs de 1934 à octobre 1937, puis à nouveau secrétaire-adjoint en 1938-1939, Alexis Le Strat fut élu membre du Conseil départemental de l’enseignement primaire en 1936. Il fut élu suppléant à la commission exécutive de l’Union départementale CGT.

Alexis Le Strat adhéra au Parti socialiste SFIO en 1927, mais il n’y occupa pas de fonctions importantes avant 1939. Il fut cependant secrétaire adjoint du groupement antifasciste de Rennes en 1934 et président fondateur du comité de Front populaire de Rennes en 1936. Il participa à la grève de novembre 1938. Notons que lors d’une explication de vote en juin 1958, il disait : « Moi qui fut Munichois, je n’en suis que plus à l’aise pour reconnaître nos torts, en particulier d’avoir assisté sans broncher à la prise de pouvoir d’Hitler, à n’avoir rien fait contre le militarisme allemand ».

Mobilisé en août 1939 à Rennes, libéré en septembre 1940, Alexis Le Strat dirigea un centre de repliement à Bain-de-Bretagne à partir d’octobre 1943. Il ne participa pas à la Résistance.

Après la guerre, Alexis Le Strat était secrétaire de la Ligue autonome des membres de l’enseignement laïque et public d’Ille-et-Vilaine, du Comité départemental de défense laïque et appartenait à la Libre pensée, dont il fut exclu en 1949. Propagandiste ardent de la défense laïque, il s’opposait régulièrement dans ces milieux aux tendances communistes, disant faire de « l’anticommunisme farouche ». Il était par ailleurs affilié au Grand-Orient de France mais n’y exerçait aucune fonction.

Sa véritable carrière politique ne commença qu’à la Libération. En février 1947, Alexis Le Strat devint secrétaire de la fédération socialiste SFIO d’Ille-et-Vilaine à la suite du départ de Quessot*, qui ne pouvait plus en assurer la charge, et demeura à ce poste jusqu’en 1966. Il en fut le véritable patron.

Élu en octobre 1947 conseiller municipal de Rennes, il fut sixième adjoint aux travaux publics, s’occupant plus particulièrement des problèmes de logement comme président, à partir de 1948, de l’Office des HLM de la ville de Rennes. Il établit le programme des constructions HLM dans le secteur à urbaniser de Maurepas. Réélu en 1953, il devint premier adjoint, délégué aux travaux publics, dans une municipalité dirigée par le MRP Fréville, auquel il avait des liens d’amitié. Cette équipe MRP-socialistes succédait à une équipe RPF-indépendants soutenue par Guy de la Chambre.

Alexis Le Strat fut candidat à partir de la Libération à toutes les élections. Au conseil général tout d’abord (dans le canton de Rennes nord-est en septembre 1945 et 1949, à Rennes Sud-Est en 1951, où il tenta en vain de conserver au parti SFIO le canton de Quessot, lequel venait de décéder). Aux élections législatives ensuite, en novembre 1946 (à la 7e place sur la liste socialiste) et juin 1951 (deuxième position sur la liste socialiste SFIO). Albert Aubry fut le seul socialiste élu à ces deux scrutins. Il fut aussi candidat aux élections sénatoriales de 1948.

En janvier 1956, en tête de la liste socialiste SFIO, Alexis Le Strat fut élu député grâce à l’apparentement de sa liste avec celle des radicaux socialistes. La liste socialiste obtenait 28 186 suffrages sur 300 473 exprimés. À l’Assemblée nationale, membre de la délégation exécutive de groupe socialiste SFIO, il était membre titulaire de la commission de l’Éducation nationale, de celle de la reconstruction, des dommages de guerre et du logement, et membre suppléant de la commission des immunités parlementaires. Il mena une politique de présence active dans le département, en participant notamment à tous les comices agricoles, et se rendit en mission parlementaire en Algérie en janvier 1957. Il prônait à son retour devant les militants une politique ferme pour conjurer le danger de guerre civile et recommandait des mesures diverses pour conserver l’Algérie à la France. L’année précédente, il avait fustigé la démission de Pierre Mendès France du gouvernement Guy Mollet, estimant qu’il sacrifiait le Front Républicain à son « ambition personnelle ». Durant la crise de 1958, il participa à la manifestation républicaine du 28 mai à Paris, vota contre le soutien à l’investiture du général de Gaulle le 1er juin 1958 et contre les pleins pouvoirs au gouvernement de ce dernier, le 2 juin 1958. Mais en septembre, il se prononça pour l’approbation de la Constitution de la Ve République et contribua à faire approuver celle-ci par les militants de Rennes (43 voix contre 9) et par ceux de sa fédération. Il souhaitait la réunification du parti et estimait la Constitution présentée satisfaisante. Il espérait un rassemblement de tous les républicains contre les dangers factieux.

Aux élections cantonales de 1958, arrivé en 3e position derrière le secrétaire fédéral communiste et un MRP, Le Strat se retira afin que “le maintien des candidats socialistes n’apparaisse pas comme une aide apportée à l’un ou à l’autre des candidats en présence”. Il perdit son mandat de député en se présentant dans la 2e circonscription de Rennes-Sud aux élections législatives de novembre 1958 (10 042 voix sur 78 095 inscrits et 59 728 exprimés). Il ne fut pas élu conseiller municipal lors des élections de 1959. Candidat socialiste aux élections législatives de 1962 dans la deuxième circonscription (Rennes Sud-Est-Sud-Ouest), il obtint 6 469 voix sur 80 680 inscrits et se désista pour le candidat communiste. Une partie de ses électeurs ne se reportèrent pas sur ce dernier au deuxième tour. Il échoua aussi aux élections sénatoriales de 1959, aux élections cantonales de 1964 (Rennes-Sud-Est) et aux élections municipales de 1965, en conduisant une liste d’union démocratique (8 SFIO, 12 PSU, 17 PCF).

Alexis Le Strat conduisit la délégation fédérale au congrès national SFIO de 1960 et à celui de 1961. En 1966, il démissionna de son poste de secrétaire fédéral en raison de son âge. En juin 1966, sur proposition d’Ernest Cazelles, il représenta la SFIO au comité national de l’association France-URSS, alors que le comité directeur venait de lever l’interdiction d’y participer.

Alexis Le Strat essaya de rénover la presse socialiste. En février 1947, il devint directeur-gérant de L’Aurore socialiste. Il voulut faire d’un simple journal interne un grand organe d’informations, mais sa tentative se traduisit par un échec. L’Aurore socialiste fut remplacée par L’Espoir socialiste d’Ille-et-Vilaine puis par L’Espoir socialiste jumelé avec Le Populaire-Dimanche.

Le Strat reçut diverses décorations (chevalier du Mérite social, officier de l’Instruction publique). Son épouse, Ernestine, Jeanne, Marie Mahé, née le 7 novembre 1897 à Tours (Indre-et-Loire), fille d’un cultivateur, devenu ouvrier puis contremaître d’usine, devint institutrice, puis directrice de collège d’enseignement technique. Membre du Parti socialiste SFIO, membre du SN puis du SNI, elle fut élue membre de la commission nationale féminine du Parti socialiste SFIO en 1958. Elle décéda le 4 janvier 1976 à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article118265, notice LE STRAT Alexis, Marie par Claude Geslin, Gilles Morin, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 25 avril 2013.

Par Claude Geslin, Gilles Morin

SOURCES : Arch. Nat.-CARAN, F7/15746, n° 9137. F/1cII/112, 147, 277, 291, 310, 318. CAC, 20010216/91. — Arch. Dép. Ille-et-Vilaine, 3 Md 42. — Archives de l’OURS, dossiers Ille-et-Vilaine. — Site Internet de l’Assemblée nationale. — Profession de foi, élections législatives 1958. — Presse syndicale. — Presse nationale. — Jacques Bonhomme, 1935-1936. — Bulletin Intérieur de la SFIO, n° 107, 109. — Rapports des congrès de la SFIO, 1944-1967. — Le Semeur d’Ille-et-Vilaine, 1936-1939. — L’Aurore socialiste, 1947-1950. — L’Espoir socialiste, 1951. — Renseignements fournis par M. Rébillon et par le fils de l’intéressé à Jacques Girault en 1976.