LESCOUTRA Jean [LECOUTRA Louis, Jean]

Né le 29 décembre 1890 à Bordeaux (Gironde), mort le 14 septembre 1954 à Châteauroux (Indre) ; professeur ; militant socialiste.

Fils d’un employé de mairie, Jean Lescoutra (écrit parfois Lescoutras), bien classé au concours de l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm, obtint une bourse. Titulaire de la licence ès-lettres à la Faculté des Lettres de Bordeaux en 1910 et d’un diplôme d’études supérieures en 1913 à Lyon, boursier d’agrégation, il se présenta en 1913, 1914 et en 1919. Délégué comme professeur au lycée d’Agen (Lot-et-Garonne) en 1914-1915, il obtint un poste au collège de Tanger (Maroc) de 1915 à 1918. Exempté du service militaire, il fut mobilisé de juillet à septembre 1917 dans un bataillon territorial au Maroc. Constamment chahuté, titularisé en 1925, considéré souvent par les administrations successives comme un professeur “fantaisiste et nonchalant“ avec des « qualités d’intelligence et de culture » reconnues par les inspecteurs, rencontrant souvent l’hostilité des familles, il se plaignit à diverses reprises d’être maltraité par l’administration et d’avoir eu des ennuis avec les milieux conservateurs. Son engagement politique pouvait aussi être à l’origine de cette situation très instable toujours proposée par les inspecteurs. Le directeur du cabinet du directeur de l’enseignement secondaire en 1940 notait que « son activité extra-universitaire lui a créé des difficultés dans ses nombreux postes ».

En effet, Lecoustra, resté célibataire, enseigna les lettres et la grammaire dans diverses villes : lycée de Toulouse (Haute-Garonne) en 1918-1919, collège de Nantua (Ain) en 1919-1920, lycée de Brive (Corrèze) en 1920-1921, collège de La Réole (Gironde) en 1921-1922, collèges de Saint-Claude (Jura) en 1922-1923, de La Châtre (Indre) en 1923-1924, de Sétif (Algérie) en 1924-1926, de Sidi Bel Abbès (Algérie) en 1927-1931, d’Eu (Seine-Maritime) en 1931-1932, de Nantua à nouveau en 1932-1934, de Fontenay le Comte (Vendée) en 1934-1935, d’Oloron Sainte Marie(Pyrénées-Atlantiques) en 1935-1937, de Blaye (Gironde) en 1937-1938, de Libourne (Gironde) en 1938-1939. Présenté par l’administration en 1939 comme un “fou notoire“ et “une épave“, en congé de longue durée pour “maladie mentale“ de 1939 à 1942, sans traitement, vivant selon le rectorat « dans le plus complet dénuement », il fut admis à faire valoir ses droits à la retraite en novembre 1942. Mais il ne répondit pas à la convocation pour la deuxième réunion de la commission de réforme en juin 1943. Le ministère ne le mit pas à la retraite d’office et refusa sa réintégration. Il ne reprit pas de poste et obtint une retraite en 1943.

Militant socialiste SFIO à Sidi Bel Abbes, Lescoutra prit part aux élections municipales de 1929. Des plaintes furent déposées par les conseillers municipaux élus concernant son engagement dans la ville et dans la presse. Défendu par le S1 (section syndicale) du collège, il fut réprimandé par le conseil académique en décembre 1929 en raison de son activité pour des “théories révolutionnaires“, en dépit de la lettre de parents d’élèves de Sidi Bel Abbes affirmant les qualités de son enseignement donné « au point de vue politique » dans « la plus stricte neutralité ». Secrétaire de la section socialiste de Sidi Bel Abbes, membre de la commission exécutive de la fédération d’Oranie, il reçut Pierre Renaudel à Alger en avril 1930. Candidat du Parti socialiste SFIO aux élections législatives du 1er mai 1932 dans la deuxième circonscription du Havre (Seine-Maritime) où il n’y avait jamais eu de candidat socialiste, il recueillit 3 054 voix sur 19 365 votants (11,3 %), contre 2 942 voix au docker communiste Fernand Legagneux et 13 378 au député sortant René Coty. Quand il enseigna à Nantua, Lescoutras collabora régulièrement au journal socialiste Le Travailleur de l’Ain et participa souvent à des réunions publiques. Selon la police, il fut l’un des “orateurs habituels” des réunions du comité antifasciste pour lequel il prit la parole aux réunions du 1er mai 1934 à Nantua et Bellegarde-sur-Valserine (Ain). Syndiqué, il fut gréviste le 12 évrier 1934 et le 30 novembre 1938.

Lescoutra obtint sa retraite définitive en 1947.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article118201, notice LESCOUTRA Jean [LECOUTRA Louis, Jean] , version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 12 juin 2016.

SOURCE : Arch. Nat., F/7/13085, F17 25012, F17 26462. — Presse socialiste. — Notes de Claire Marynower et de Gilles Morin.

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