LERETOUR Gérard, Bernard

Par Jean Maitron

Né le 8 novembre 1909 au Houlme (Seine-Inférieure), mort le 29 août 1990 à Bulnes (Chili) ; objecteur de conscience ; anarchiste.

Fils de Henri Leretour, ouvrier linotier, et de Clémence Picos, ménagère, Gérard Leretour fut condamné par contumace, en 1929, pour insoumission par le tribunal militaire de Nancy. Il vécut alors en Belgique puis se constitua prisonnier le 5 janvier 1933 ; incarcéré à la prison du Cherche-Midi à Paris, il y fit la grève de la faim.

En juillet 1933, il créa la Ligue des objecteurs de conscience dont il devint le président, assisté d’Eugène Lagot*, secrétaire. La Ligue, qui était devenue la section française de l’Internationale des résistants à la guerre, compta une cinquantaine d’adhérents environ pour toute la France. Elle fut dissoute le 13 novembre 1933 après que la statue de Déroulède, square de Laborde à Paris (VIIIe arr.), eut été détruite par Leretour et l’un de ses compagnons. Il fut condamné à dix-huit mois de prison et fit la grève de la faim pour obtenir d’être mis au régime politique. Leretour reconstitua la Ligue des objecteurs de conscience en 1936 qu’il dota d’un organe, Rectitude. Il en fut le rédacteur en chef et Ladislaw Nuchimowitch*, dit Nuchi, le directeur ; le journal, qui tira à 1 000 exemplaires en 1936, compta en tout 13 numéros et disparut en mars 1937.

Leretour fit partie du Comité anarcho-syndicaliste pour la défense et la libération du prolétariat espagnol qui s’était constitué en août 1936 et qui regroupait les deux organisations anarchistes françaises concurrentes, l’Union anarchiste et la Fédération anarchiste de langue française, ainsi que la CGT-SR. Il fut incarcéré à la Santé puis au Mans pour des propos tenus dans cette ville au cours d’une conférence donnée en janvier 1937. Cette année-là, il fit paraître, en octobre, un numéro de l’Insurgé, le vrai.

En 1939, pour ne pas être mobilisé, Leretour s’exila et s’installa dans un village du Chili. Marié le 29 août 1953 à Santiago (Chili) avec Carmen del Rosario Madariaga, il donna de ses nouvelles, dans les années soixante, à Louis Lecoin* qui lui avait envoyé Le cours d’une vie, son livre de souvenirs. Il vint passer quelques semaines en France pour revoir sa sœur en mars 1967 et se présenta devant les autorités militaires : « Ce ne fut qu’une formalité. »

Selon Léo Campion*, Leretour aurait été franc-maçon.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article118008, notice LERETOUR Gérard, Bernard par Jean Maitron, version mise en ligne le 20 janvier 2014, dernière modification le 20 janvier 2014.

Par Jean Maitron

ŒUVRE : Soldat ? Jamais ! Éd. de L’Idée libre, 1933.

SOURCES : Arch. PPo., carton 50, rapport 2 août 1941. — La Voix libertaire, 21 janvier 1933, 5 décembre 1933 et 10 février 1934. — Liberté, 1er janvier 1967, 1er septembre 1967. — La Patrie humaine, 21 juillet 1934, février 1935. — R. Bianco, Un siècle de presse anarchiste, op. cit. — Jean Maitron, Le Mouvement anarchiste en France, op. cit. — État civil.

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