LE PEN Julien

Par Jean Maitron, Jean-Luc Pinol

Né le 21 juin 1878 à Melrand (Morbihan), mort en janvier 1945 ; électricien ; militant syndical de la région parisienne ; anarchiste.

Fils d’un quartier-maître, Julien Le Pen milita aux Jeunesses syndicalistes avant 1914 et au Comité de défense sociale en 1917.

Membre de la commission exécutive de la Fédération du Bâtiment, militant du syndicat des monteurs électriciens, il démissionna en janvier 1921 avec David P.*, Fève*, Louis Barthe* et Maucolin*. Ils entendaient ainsi protester contre l’attitude du secrétaire fédéral, très hostile aux minoritaires. Après avoir milité au Comité de défense syndicaliste, en 1919, Le Pen fut membre des Comités syndicalistes révolutionnaires (CSR). Lors du congrès de la Fédération du Bâtiment, à Dijon, en mai 1921, Julien Le Pen représenta avec Jules Teulade*, Henri Jouve* et Verdier* la minorité de la 18e Région du Bâtiment (région parisienne). Après la victoire remportée par les minoritaires à Dijon, Le Pen fut élu secrétaire à la propagande de la Fédération.

Une fois la scission syndicale effectuée, Le Pen se rendit en Bretagne, en février 1922, pour réorganiser la 3e région de la Fédération unitaire du Bâtiment où le majoritaire Chereau fut remplacé par Quemerais. Il fut arrêté et emprisonné lors de la grève générale qui eut lieu au Havre en 1922. Au sein de la Fédération unitaire du Bâtiment, Le Pen appartenait à la majorité syndicaliste révolutionnaire qui mena, en juin 1923, une campagne antimilitariste dans le Travailleur du Bâtiment. Le Pen fut d’ailleurs condamné à quatre mois de prison ainsi que Monier* et Georges Courtinat*. Lors du IXe congrès de la Fédération unitaire, en juillet 1923, il fut l’un des douze signataires de la motion qui affirmait l’attachement de la Fédération à l’indépendance syndicale.

En juin 1925, Le Pen fut l’un des principaux protagonistes du congrès du Bâtiment organisé à Lyon par l’ancienne majorité de la Fédération unitaire du Bâtiment qui, hostile au PC, venait de rompre avec la CGTU. Lors du congrès deux positions s’affrontèrent sur l’autonomie provisoire ou le ralliement à la CGT. Le Pen défendit âprement la seconde. Après avoir évoqué la perte de vitesse de la Fédération autonome passée de 32 991 adhérents au premier semestre 1924 à 9 439 au premier semestre 1925, Le Pen déclara : « L’autonomie était un moyen. Le moyen, nous l’avons employé. Constatons franchement qu’il n’a pas donné les résultats qu’on en attendait... Si nous voulons rentrer rue Lafayette, ce n’est pas pour faire un mariage d’inclination mais pour faire un mariage de raison. Ne pas accepter l’union de nos forces... équivaut à un suicide... Craignons que, si les communistes entrent avant nous à la CGT, nous n’ayons que des difficultés pour y rentrer à notre tour. D’ailleurs n’avons-nous pas le droit d’y arriver avant eux et de travailler pour qu’ensuite, lorsqu’ils voudront y entrer, nous leur disions de laisser dehors la boue politique qu’ils traînent à leurs pieds. » Puis Le Pen présenta au congrès le rapport sur l’unité rappelant la tentative avortée d’unification de la Fédération unitaire et de la Fédération confédérée du Bâtiment, en mai 1924. À la suite de diverses interventions, Le Pen déposa une motion signée par lui-même, Cotinaux de Lyon, Louis Barthe* de Biarritz et Émile Alliet* du Havre. Présentée par Antoine Pommier*, elle affirmait : « Le congrès décide de réaliser l’unité sur les bases de la Charte d’Amiens..., décide la fusion immédiate, convaincu que nos camarades confédérés ont conservé l’état d’esprit qui les animait hier. » Cette motion fut repoussée par 30 voix contre 29 et 3 abstentions (voir Louis Boisson*).

Julien Le Pen rejoignit cependant la CGT. Au sein de la Fédération confédérée du Bâtiment, il incarna la minorité face à Cordier. Lors du congrès de 1927, il dénonça « la collaboration permanente » de la Fédération et du patronat. En 1929, il souligna l’importance de l’antimilitarisme. Lors des congrès confédéraux de 1931 et de 1933 où il représenta le syndicat des monteurs électriciens de la Seine dont il était le secrétaire, il défendit les mêmes points de vue.

Après la réunification syndicale, Le Pen critiqua l’attitude des ex-unitaires. « Nous avons l’impression et même la certitude que l’on a organisé la chasse aux militants confédérés, que c’est une véritable corrida des organisations ex-unitaires contre les organisations ex-confédérées », déclara-t-il au congrès fédéral de septembre 1936. Néanmoins l’unité ouvrière s’imposait « car si nous étions encore morcelés, le fascisme se chargerait de nous réunir dans la mort ».

Le Pen collabora de 1923 à 1939 au Libertaire, à la Voix libertaire, journal de l’Association des fédéralistes anarchistes, et de 1927 à 1936, au Semeur contre tous les tyrans de Barbé* qui défendait notamment les objecteurs de conscience, au Réfractaire, bulletin de la Ligue des réfractaires à toutes les guerres (1927-1932) et, plus occasionnellement à Plus loin, revue du docteur Marc Pierrot*.

Pendant l’occupation allemande, Le Pen condamna la collaboration et la Charte du travail. À la Libération, il devint, pour peu de temps, secrétaire adjoint de la Fédération CGT du Bâtiment.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article117911, notice LE PEN Julien par Jean Maitron, Jean-Luc Pinol, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 24 novembre 2010.

Par Jean Maitron, Jean-Luc Pinol

SOURCES : Arch. Nat. F7/13618, 13650, 13651 et 13652. — Arch. PPo. 300, rapport de février 1935. — Comptes rendus des congrès cités. — Le Libertaire, 15 février 1945 et 15 mars 1945. — État civil de Melrand.

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