LEMOINE Charles

Par Yves Le Maner

Né le 20 février 1908 à Rœulx (Nord), mort le 20 juillet 1969 à Neuville-sur-Escaut (Nord) ; ouvrier mineur, métallurgiste ; militant syndicaliste et communiste du Nord ; secrétaire général du syndicat des mineurs d’Anzin ; conseiller général du Nord.

Ouvrier mineur aux mines de Douchy (Nord) de 1922 à 1924, Charles Lemoine travailla ensuite comme métallurgiste dans une usine d’Onnaing avant d’être réembauché par la compagnie minière en 1931, affecté à l’abattage. Il fut peu après élu délégué mineur.

Adhérent des Jeunesses communistes dans le courant des années vingt, il devint rapidement secrétaire des Jeunesses communistes de Lourches, où il résidait, et, à ce titre, il fut délégué au Ve congrès de l’ISR à Moscou en août 1930. L’année suivante, il accéda au secrétariat des JC pour la région Nord, en remplacement de Jules Decaux, mais son action à ce poste ne s’avéra pas efficace et il dut céder sa place dès 1932 et se consacra, avec Charles Lanfort* à la constitution du rayon des JC de Lourches-Denain. Très influent au niveau local, Charles Lemoine devint, en 1934, trésorier du rayon des adultes de Lourches (voir Albert Senez*). En 1937, il fut élu conseiller général du canton de Bouchain, succédant à K. Legay, et ce, malgré l’opposition d’Omer Pavot dont la candidature avait été suscitée par la Fédération communiste du Nord.

Mais l’action militante de Charles Lemoine porta essentiellement sur le terrain syndical. Élu trésorier du puissant syndicat des Métaux de Denain lors de la réunification de 1935, il entra à la même date au bureau du syndicat des mineurs du bassin d’Anzin. En 1938, il succéda à Eugène Rossy au secrétariat général du syndicat CGT unifié des mineurs du bassin d’Anzin, ce qui déclencha immédiatement une violente campagne des milieux ex-confédérés menée par Kléber Legay qui avait pour thème le « noyautage » et « l’ingérence politique dans le syndicat ». Cependant, le succès de la grève de novembre 1938 dans le Valenciennois conforta sa position et il fut désigné comme délégué de la troisième région à la commission administrative de l’Union départementale des syndicats du Nord, alors que partout ailleurs les communistes avaient été battus.

Mobilisé en 1939, prisonnier de guerre en 1940, Charles Lemoine regagna le Nord en 1945. Après cette date, il n’occupa plus de fonction au sein des organisations syndicales ou communistes. Mais de nouveau délégué mineur, il participa aux grèves de 1947-1948.

Il semblerait qu’il ait rompu avec le PC, lors de la signature du Pacte germano-soviétique. Un élément semble confirmer a posteriori cette éventualité. En effet, en 1951, Charles Lemoine fut, dans le Nord, l’un des fondateurs de l’éphémère Mouvement communiste français, composé de dissidents du Parti communiste en désaccord avec la politique imposée par Maurice Thorez* et Auguste Lecœur*. Ce mouvement, qui critiquait vivement le PCF, « ...livré inconditionnellement à Moscou par une bureaucratie despotique », fut représenté au congrès organisé à Rome le 18 mai 1951 par les députés italiens dissidents du PCI, Magnani et Cucchi. Il lança, avec Pesin maire d’Hérin (Nord), un manifeste allant dans le même sens.

Dans les années cinquante, il se rapprocha du courant trotskyste animé par Pierre Lambert*.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article117742, notice LEMOINE Charles par Yves Le Maner, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 10 janvier 2017.

Par Yves Le Maner

SOURCES : Arch. Nat. F7/13129. — Arch. Dép. Nord, M 154/190 A, M 154/195 C et M 154/279. — Le Monde, 3 mai 1951. — Hugo Iéria, Les Militants ouvriers du Valenciennois de 1919 à 1939, Mémoire de Maîtrise, Lille III, 1974. — La République libre, n° 119, 11 mai 1951. — Notes de M. Dreyfus. — État civil de Rœulx. — RGASPI, 495 270 2755, pas encore consulté.

Version imprimable Signaler un complément