Né le 12 octobre 1902 à Bagnolet (Seine) ; mort le 11 janvier 1980 à Colombes (Hauts-de-Seine) ; ouvrier emballeur, puis sociétaire de l’AOIP ; militant des Jeunesses communistes, militant oppositionnel, syndicaliste révolutionnaire.

Fils d’un ébéniste et d’une ouvrière en pelleterie, Albert Lemire fut élevé dans le quartier de Charonne et termina ses études primaires, dans le faubourg Saint-Antoine, à Paris. La guerre venue, il travailla dans des ateliers de munitions, puis sur des chantiers dans le bâtiment, et aux Halles de Paris, enfin comme ouvrier professionnel emballeur. Autodidacte, lecteur passionné, Albert Lemire ne cessa, au cours de toute sa vie militante, d’accumuler les connaissances, d’acquérir une culture très éclectique, et de pratiquer ce « refus de parvenir » qui caractérisa une certaine élite ouvrière.
En 1918, il adhéra aux Jeunesses syndicalistes du XIe arr., puis aux Jeunesses socialistes, à la Bellevilloise (XXe arr). Il en fut exclu en 1919 pour avoir fondé un Cercle de militants réclamant l’adhésion immédiate à la IIIe Internationale. Après le ralliement à celle-ci de la très grande majorité des Jeunesses socialistes, Lemire fut élu, au congrès constitutif des Jeunesses communistes, à Montluçon, membre du comité national. Appelé au service militaire en novembre 1922, il fut affecté au 9e régiment d’artillerie à Landau (Palatinat).
Albert Lemire était déjà sous le coup d’une inculpation, en compagnie de G. Péri, à la suite des articles parus dans le journal le Conscrit lorsqu’il fut arrêté, en novembre 1923, pour avoir organisé un groupe communiste dans son unité et noué des contacts avec les communistes allemands afin de mener une action antimilitariste et leur fournir des armes en prévision du déclenchement de la révolution allemande. Il fut arrêté, à la suite de l’interpellation de Robert Lozeray*, qui portait sur lui la liste des soldats qu’il devait rencontrer, et dont la mission avait été dénoncée par un informateur siégeant au bureau politique des Jeunesses. Emprisonné à Mayence, il eut, après une période d’isolement, comme compagnon de cellule Roger Hagnauer*. Il passa, en 1924, devant le conseil de guerre avec huit autres militaires français et une cinquantaine de communistes allemands inculpés. Défendu devant le tribunal par Maurice Paz*, et condamné à deux ans de prison, il fut libéré au bout de huit mois à la suite de l’amnistie décrétée, en 1924, après l’arrivée au pouvoir du « Bloc des Gauches ».
Albert Lemire reprit sa place aux Jeunesses communistes à Paris dont il fut exclu, en décembre 1924, par Jacques Doriot « pour avoir refusé de prendre position » contre Pierre Monatte*, Alfred Rosmer* et Victor Delagarde* (La Révolution prolétarienne, avril 1925). Militant à la Fédération des Métaux de la CGTU, il participa, en 1925, à la fondation de la Révolution prolétarienne tout en s’intégrant à l’opposition groupée autour de Boris Souvarine* et de son Bulletin communiste dont il fut membre du comité de rédaction. En 1927-1928, il appartenait à la commission exécutive du Cercle communiste Marx et Lénine et signa, à ce titre, l’appel du 28 janvier 1928 protestant contre « la déportation et l’exil des leaders de la révolution ». Il s’était également rapproché d’une autre branche de l’opposition puisqu’il faisait partie du comité de Contre le courant, lancé par Maurice Paz*, Marcel Hasfeld*, Marcel Roy* en novembre 1927 et participait à l’éphémère Libérateur (novembre 1929-mars 1930) qui suivit.
Sympathisant de la Ligue syndicaliste, Albert Lemire collabora à l’hebdomadaire le Cri du Peuple publié, à partir de 1929, sous le contrôle du Comité pour l’indépendance du syndicalisme. Délégué, en juillet 1931, au congrès de l’Union syndicale unitaire des travailleurs de la Métallurgie de la région parisienne, il protesta contre la présence de délégués non syndiqués puis quitta la salle avec d’autres minoritaires de la CGTU « sous les huées et les coups de sifflets ». Peu de temps après ces incidents, Lemire rejoignit la CGT où il fut élu membre de la commission exécutive nationale de la Fédération des Métaux.
La même année, il fut embauché à l’Association des ouvriers en instruments de précision (AOIP), coopérative ouvrière de production du XIIIe arr., dont il devint membre sociétaire. Il y demeura comme chef d’équipe jusqu’à sa retraite, en 1965.
En 1933, il fut élu à la commission exécutive de la Fédération confédérée des Métaux (voir Couveigne*). Lors du congrès fédéral de 1935, il soutint le même point de vue que « son ami, Marcel Roy* » avec qui il formait « depuis déjà de nombreuses années un tandem syndical » : partisan de l’unité syndicale, il pensait néanmoins que les ex-unitaires tenteraient de « fausser le jeu de la démocratie syndicale ».
À la reconstitution de l’unité syndicale, Albert Lemire fit partie du comité exécutif paritaire, désigné le 1er mars 1936, de la Fédération des Métaux de la nouvelle confédération. Lors du congrès fédéral de novembre 1936, il fut réélu au comité exécutif de la Fédération des Métaux. À partir de mars 1938, il commença à collaborer au Réveil syndicaliste, organe d’éducation et d’informations syndicales, édité par le Cercle syndicaliste « Lutte de classes », y traitant des questions soulevées par l’évolution de sa branche professionnelle. Lors du congrès de décembre 1938, cela lui fut reproché et il ne fut réélu au comité exécutif qu’après de nombreuses polémiques (voir Castanier*).
Mobilisé en 1939 sur la ligne Maginot, il fut renvoyé à son usine en affectation spéciale à la fin de l’année, et participa, pendant l’occupation allemande, à la résistance syndicale aux côtés de Clément Delsol*, Albert Gazier* et Delamare*.
En 1947, après la nouvelle scission au sein de la CGT, il adhéra à la CGT-Force ouvrière. Albert Lemire continua depuis à collaborer à la Révolution prolétarienne qui avait repris, la même année, sa publication interrompue par la guerre.
Il était marié, sans enfant.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13785, rapport du 12 juillet 1931. — Arch. PPo, carton 301, Cercle syndicaliste « Lutte de classes ». — Comptes rendus des congrès de la Fédération des Métaux : 1935, 1936 et 1938. — Correspondance d’Albert Lemire avec N. Faucier, 1974. — Notes de Jean Michel Brabant, Jean-Luc Pinol. — État civil de Colombes.

Jean-Louis Panné, Jean Prugnot

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