Né le 2 juillet 1881 à Trédrez (Côtes-du-Nord), mort au camp de Buchenwald, le 11 mars 1944 ; ouvrier municipal à Brest ; maire communiste de Douarnenez. anarchiste, communiste puis doriotiste.

Fils d’un sacristain, Daniel Le Flanchec faisait partie, en 1908-1909, du comité général de la Bourse du Travail de Brest et assurait les fonctions de secrétaire du syndicat du Bâtiment dans la même ville. Il écrivait sous le nom de Daniel dans le journal l’Anarchie.
Devenu marchand forain, militant socialiste, il fut délégué au congrès de Strasbourg (février 1920). Signalé par la police au congrès de Tours (décembre 1920), il adhéra au Parti communiste naissant et fut secrétaire fédéral adjoint, secrétaire intérimaire en 1923 puis secrétaire fédéral en 1924. Le Parti communiste l’avait présenté au conseil général dans le 3e canton de Brest le 14 mai 1922. Candidat aux élections municipales partielles de 1924 à Douarnenez, orateur populaire apprécié, d’un dynamisme débordant, il devint maire de la ville le 7 octobre 1924.
Charles Tillon en fit un portrait chaleureux : « La combativité de ce petit homme de quarante-quatre ans, trapu et dont le coffre forgeait le fer de son verbe, avait révolutionné Douarnenez. De visage coloré, le poil noir, Le Flanchec était borgne. Il vous soupesait d’un œil agrandi qui ne cillait jamais. Sa faconde acerbe d’ancien anarchiste se détendait en tirades comiques dites en breton pour mieux dérouter ses ennemis. L’homme subjuguait la foule des marins et des sardinières qui piétinaient en sabots, sous les halles immenses » (On chantait rouge, pp. 64-65).
Il soutint, tout d’abord, la grève des ouvriers de la conserve (21 novembre 1924) et débaptisa les rues : la rue du Môle devint la rue Henri-Barbusse et la place de la Croix, la place Lénine. Le préfet le suspendit de ses fonctions « pour, dit le conseil municipal, avoir fait son devoir en évitant par sa présence, une tuerie inévitable, le jeudi 4 décembre ». Le 1er janvier 1925, des briseurs de grève qui avaient pris pension dans un hôtel de Douarnenez, pénétrèrent dans un café où se trouvait Le Flanchec. Ils tirèrent sur lui au revolver, le blessant au cou ainsi que son neveu. Une fois soigné, Daniel Le Flanchec rentra à Douarnenez où les sardinières, prévenues de son arrivée, lui firent une escorte d’honneur.
Rétabli dans ses fonctions par le préfet, il arriva encore en tête aux élections suivantes. Sur sa liste figurait Charles Tillon. Déjà, la direction du Parti communiste s’inquiétait de sa personnalité. Dans un rapport du 22 septembre 1925, Louis Béors déclara qu’il « a toujours mené une politique personnelle, présentant aux marins (...) tout ce qui a été fait (...) comme son œuvre propre » (BMP, bobine 98). Il fut cependant le candidat communiste aux élections législatives d’avril 1928 et fut encore réélu aux élections municipales du 5 mai 1929. Candidat aux élections sénatoriales de septembre 1930, il ne recueillit que 17 voix, contre 673 à Le Gorgeu. Il eut alors des démêlés avec le Parti communiste, et en septembre 1930, le comité départemental demanda son exclusion, ainsi que le bureau régional. Mais le Comité central se montra beaucoup plus arrangeant. Émile Drouillas (M. Laporte), secrétaire de la Région rennaise, écrivit dans son autiobgraphie de 1932 : « J’ai été l’objet d’un blâme de la direction du Parti, en 1930, pour avoir commis des fautes de mécanisme dans l’exclusion de Le Flanchec à Douanenez, exclusion que le Parti n’a pas ratifiée. » (RGASPI, 495 270 8641).
Élu maire à la suite des élections du 5 mai 1935, il se vit renouveler son mandat les 31 janvier et 7 février 1937. Daniel Le Flanchec qui avait beaucoup œuvré pour sa ville, abandonna, cette année-là, le Parti communiste pour se tourner vers le doriotisme, recevant même [ Jacques Doriot à Douarnenez.
Par suite de ce revirement, la rue Louise-Michel devint rue Maréchal-Pétain, et la place Lénine reprit son nom primitif. Le 7 septembre 1940, Daniel Le Flanchec, toujours maire, fut cependant révoqué par ordre des autorités allemandes.
Le Flanchec fut arrêté et déporté en Allemagne où il mourut en 1944. Sa compagne, qui l’avait dénoncé par lettre pour propagande communiste, fut condamnée à 15 ans de travaux forcés.

SOURCES : Arch. Nat. F7/12292, 13104, 13120, 13602. — Arch. Com. Brest et Douarnenez. — Bibliothèque marxiste de Paris, bobines 98, 120, 182 et 280 (Jacques Girault). — Le Libertaire, 27 avril 1924. — Le Télégramme de Brest et de l’Ouest, 4 janvier 1946. — Cahiers de l’Iroise, n° 1, 1964. — R. Pichavant, Douarnenez en Bretagne, 1962, p. 21 et suivantes. — Eugène Kerbaul, 1 270 militants du Finistère (1918-1945), Bagnolet, 1985. — État civil de Trédrez.

Georges-Michel Thomas

Version imprimable de cet article Version imprimable