LE CORRE Raymond, Louis, Frédéric

Par Yves Le Floch

Né le 18 septembre 1901 à Équeurdreville (Manche), mort le 6 juin 1944 à Saint-Lô ; vérificateur des douanes ; syndicaliste CGT ; secrétaire général de la Fédération socialiste SFIO de la Manche.

Né dans une famille ouvrière (son père était « deuxième maître mécanicien » sur son acte de naissance), Raymond Le Corre fut boursier au lycée de Cherbourg, puis préparateur au lycée Malherbes de Caen. Reçu, après son service militaire, au concours d’agent des douanes, il fut nommé en 1923 au Havre où il adhéra à la SFIO et anima une section CGT. Ayant passé avec succès le concours de vérificateur et nommé au dépôt de pétrole d’Hainneville, il revint en 1927 dans sa région d’origine et s’installa à Équeurdreville où il se fit construire une petite maison. Il se maria en 1929 à Paris (XIIIe arr.).

Grâce à lui, un syndicat CGT des Douanes sédentaires vit rapidement le jour ; il en fut, à partir de 1930, le représentant à la Fédération départementale des fonctionnaires et, à partir de 1933, au Cartel des services publics.

Administrateur du patronage laïque d’Équeurdreville et membre du conseil d’administration du comité départemental de défense laïque, Raymond Le Corre consacra l’essentiel de son action militante à la Fédération socialiste de la Manche. Cette dernière avait été brisée par la scission de 1920 et n’avait été l’objet d’aucune tentative de reconstitution, sinon, et sans lendemain, en 1925 (voir Divet Prudent).

Les élections législatives de 1928 furent l’occasion choisie par quelques militants pour relancer l’action et l’organisation socialistes dans la région. L’union des sections de l’arrondissement de Cherbourg — se manifestant par là pour la première fois — constitua en février 1928 un comité électoral qui présenta Hippolyte Mars (précisément maire d’Équeurdreville) comme candidat socialiste. Raymond Le Corre en fut le trésorier adjoint et, lorsqu’après le bon score de mars, l’union des sections élut un nouveau comité, chargé cette fois de reconstituer la Fédération (5 juin 1928), il en fut le secrétaire. Le 7 octobre, un congrès procéda à cette reconstitution et décida, pour novembre, d’une tournée d’implantation, avec Goude et Renaudel, dans l’ensemble du département de la Manche. Raymond Le Corre fut élu secrétaire adjoint par ce premier congrès (voir Hubert F.) puis secrétaire général par celui du 30 juin 1929. Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, il devait conserver cette fonction ainsi que celles de délégué au conseil national et à l’ensemble des congrès nationaux ; durant ces années, la Fédération connut une très forte croissance et réussit à s’implanter dans l’ensemble du département, à l’exception toutefois du Mortainais. En mars 1934, se constitua, sous l’impulsion d’Amélie Vincent et de Raymond Le Corre, un groupe de femmes socialistes.

Raymond Le Corre fut désigné par le congrès fédéral de mai 1931 comme candidat aux élections cantonales d’octobre à Octeville et fut élu, au premier tour, conseiller général. Cette élection devait cependant être annulée par le Conseil d’État durant l’été 1932, à la suite d’une requête de Cabart-Danneville, sénateur de la Manche, invoquant l’incompatibilité entre ce mandat et la qualité de fonctionnaire des douanes de Le Corre. Le canton d’Octeville était solidement acquis à la SFIO puisque Jean Goubert fut aisément élu à sa place, en septembre 1932.

En 1935, Le Corre fut élu conseiller municipal d’Équeurdreville et fut en 1936 le candidat de la SFIO aux élections législatives dans la circonscription de Cherbourg. Il recueillit à cette occasion 5 213 voix au premier tour — soit 28,5 % des suffrages exprimés — et 6 447 au second, ce qui représentait un léger progrès par rapport au résultat de mars 1928 (27,3 %).

Dès le début, l’action de Le Corre à la tête de la Fédération visa à opérer une rupture avec la politique de centre gauche qui avait été celle des militants de la SFIO dans la région cherbourgeoise entre 1921 et 1926. Opposé à la participation au gouvernement en 1929 et 1930, il déclara, alors que se préparaient les élections cantonales de 1931, qu’aux « combinaisons » électorales jusque-là recouvertes du terme d’« alliance », il fallait opposer « la formule "classe contre classe" qui est avant tout la nôtre » (Avenir de la Manche du 3 janvier 1931). Durant la crise de 1932-1933, il fut constamment — et très activement — avec Léon Blum et la majorité et, dut affronter les éléments locaux de la minorité, presque tous regroupés dans la section de Cherbourg (voir André Postel).

Parallèlement, son attitude envers les communistes, encore réticente au début de 1933, évolua rapidement après qu’en mai 1933 leurs représentants locaux eussent adopté un ton beaucoup plus courtois et manifesté leur bonne volonté envers les socialistes. Quoique les éléments modérés socialistes aient marqué leur hostilité pour ce rapprochement, il se poursuivit régulièrement, notamment par le biais d’un soutien de la Fédération à diverses actions du Secours rouge international.

Les événements du 6 février 1934 devaient précipiter cette double évolution, entérinant aux yeux de Le Corre l’intérêt de l’unité ouvrière en même temps que la faillite de la politique de centre gauche. Dernière étape avant que ces orientations soient reprises au niveau national, le congrès fédéral tenu à Cherbourg les 12 et 13 mai 1934, vota sous l’impulsion de Le Corre une motion d’amnistie en faveur des militants de l’Action socialiste et, pour la première fois, affirma qu’il n’y avait pas deux types de réaction et que la laïcité ne constituait plus en rien une ligne de démarcation.

Ce changement de cap acquis, puis puissamment confirmé en 1936, Raymond Le Corre cessa, après s’être rallié au planisme, d’intervenir dans les débats doctrinaux et se consacra au développement de la Fédération ainsi qu’à la municipalité d’Équeurdreville.

Mobilisé en 1939, il fut remplacé au secrétariat général de la Fédération par Hippolyte Mars.
_Favorable à la Résistance durant la Seconde Guerre mondiale, il pris la tête de Libération-nord le 4 juillet 1943. Dénoncé, il fut arrêté le 1er mars 1944 puis incarcéré à la prison de Saint-Lô. Son compagnon de résistance Jean Goubert tenta sans succès de le faire évader au début du mois juin. Raymond Le Corre trouva la mort lors du bombardement de la nuit du 6 au 7 qui détruit la prison. Il est parfois dit par erreur mort en déportation.

Le collège d’Équeurdreville-Hainneville porte le nom de Raymond Le Corre.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article116975, notice LE CORRE Raymond, Louis, Frédéric par Yves Le Floch, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 15 décembre 2018.

Par Yves Le Floch

SOURCES : Arch. Nat. F7/13036 et F7/13083. — Arch. Dép. Manche, M, sous-préfecture de Cherbourg, 1er bureau, dossiers 39 et 75. — Jean Quellien, Les élections dans la Manche, étude de sociologie électorale (1919-1969).L’Avenir de la Manche. — L’Aurore socialiste, mars 1933. — Le Pays normand, février et avril 1934. — Cherbourg-Éclair, 14 octobre 1934, 20 septembre et 6 octobre 1939. — G. Lefranc, Essais sur les problèmes socialistes et syndicaux, op. cit. — État civil d’Équeurdreville. — Notes d’Yves Perrotte.

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