LAVAL Pierre

Par Justinien Raymond

Né le 28 juin 1883 à Châteldon (Puy-de-Dôme), fusillé le 15 octobre 1945 à Paris ; avocat ; socialiste puis socialiste indépendant ; maire d’Aubervilliers (Seine) ; député, ministre et chef de gouvernement.

Pierre Laval était le fils d’un paysan auvergnat dont il partagea les travaux jusque vers l’âge de seize ans. Un esprit ouvert, une volonté tenace de parvenir lui firent entreprendre au lycée Louis-le-Grand de tardives études qui le conduisirent au baccalauréat. « Pion » à Dijon, à Lyon, à Paris, comme un étudiant pauvre qu’il était, il prépara la licence ès sciences et songea à l’enseignement. Il y renonça pour étudier le droit et, licencié, s’inscrivit au barreau de Paris. Il végéta d’abord, mit ses qualités de debater au service des militants et des organisations syndicales ; il plaida pour les instituteurs, les inscrits maritimes, les postiers. Il fit ses premières armes dans les groupes socialistes d’Auvergne, et bientôt milita activement dans la région parisienne, se révélant habile orateur de réunion publique. Il représenta la fédération de la Seine aux congrès nationaux de Lyon (1912), de Brest (1913), et d’Amiens (1914). À Brest, il détenait aussi un mandat du Puy-de-Dôme.
_Pierre Laval fut vite poussé vers les batailles électorales. En 1911, il fut candidat socialiste SFIO à l’élection partielle de la 5e circonscription de Saint-Denis (Neuilly-Boulogne) : il obtint 3 317 voix contre 6 019 à Nortier, candidat de droite, et 3 452 à Fabiani, radical-socialiste. Le 19 novembre, Nortier l’emporta par 6 738 suffrages contre 2 997 à Pierre Laval et 3 491 à Fabiani. Mais, aux élections générales de 1914, dans la 2e circonscription de Saint-Denis, Laval recueillit 8 815 voix devant le nationaliste Marcel Habert (6 486) et deux candidats radicaux (2 918 et 2 168) ; au second tour, il battit Marcel Habert par 10 912 voix contre 8 586.

Pendant la guerre, Pierre Laval appartint au courant de défense nationale du Parti socialiste d’abord majoritaire, puis minoritaire. Cependant, le 19 mai 1915, il fut de la minorité des seize députés qui refusaient l’entrée d’Albert Thomas au gouvernement. Le 27 octobre 1915, il compta encore parmi les quinze députés qui votèrent la motion d’Hubert-Rouger favorable à la défense nationale, mais hostile à la participation socialiste au cabinet Briand. Le 11 décembre 1916, il vota contre la participation au deuxième ministère Briand. Pour les élections du 16 novembre 1919, Laval figure au cinquième rang de la liste de quatorze candidats socialistes menée par Jean Longuet dans la 4e circonscription de la Seine (arr. de Saint-Denis et de Sceaux) ; tous furent battus avec une moyenne de 112 605 voix sur 389 219 inscrits. Laval, avec 114 145 suffrages, se classa en tête, dépassant Jean Longuet, son chef de file, de 3 130 voix.

Alors commença une évolution qui devait conduire Pierre Laval bien loin de ses origines. La fortune tout court et la fortune politique allaient lui sourire. Maire d’Aubervilliers en 1923, député de la Seine en 1924, sénateur de la Seine le 9 janvier 1927, du Puy-de-Dôme le 14 janvier 1936, tour à tour ministre des Travaux publics (17 avril-25 octobre 1925), des Affaires étrangères, du Travail, de la Justice (9 mars-15 juillet 1926). Président du Conseil en 1931-1932 et en 1935-1936, il devint le chef de la droite conservatrice, l’homme des décrets-lois, et l’homme d’une politique extérieure tortueuse qui présageait son attitude ultérieure. La défaite consommée, il fut le meneur du jeu contre les institutions républicaines, contre l’Angleterre alliée, il fut l’homme de la collaboration avec l’ennemi victorieux occupant le territoire national. Chef du gouvernement de Vichy de 1942 à 1944, un instant écarté, il fut à nouveau imposé par l’autorité allemande.

La défaite de l’Allemagne hitlérienne lui coûta la vie.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article116484, notice LAVAL Pierre par Justinien Raymond, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 11 août 2014.

Par Justinien Raymond

SOURCES : Arch. Ass. Nat., dossier biographique. — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes III, op. cit., pp. 157-213. — Comptes rendus sténographiques des congrès du Parti socialiste. — L’Humanité, 11 et 26 mai 1914. — Statistique des élections au Sénat de 1876 à 1937, Paris, 1938. — F. Kupferman, Laval, Paris, Balland, 1987.

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