LAVAL Maurice, Raymond

Par Louis Bonnel, Jean-Michel Brabant, Daniel Grason, Rodolphe Prager

Né le 8 septembre 1920 à Saint-Symphorien (Indre-et-Loire) ; dessinateur d’imprimerie, serrurier, journaliste ; militant trotskyste de la IVe Internationale, membre du Parti socialiste, du Parti socialiste autonome, du Parti socialiste unifié ; résistant ; déporté ; adjoint au maire de Montrouge (Seine, Hauts-de-Seine).

Maurice Laval
Maurice Laval

Fils de Raymond et de Georgette, née Schreyer, marié à Renée Brachevizky, le couple sans enfant vivait en 1944 au 103 avenue Verdier à Montrouge (Seine, Hauts-de-Seine). À l’issue de sa scolarité il obtint le Brevet élémentaire.
De 1935 jusqu’à sa dissolution il fut membre du Parti socialiste SFIO. Pendant la guerre il rejoignit la IVe Internationale trotskyste, anima un groupe de discussion. Ce groupe devait se transformer en cellule.
Il travailla de 1942 à 1943 comme hélicier à l’usine Ratier à Chatillon-sous-Bagneux (Seine, Hauts-de-Seine), puis comme serrurier chez Gortzé 40 rue de Provence à Paris (IXe arr.). Très bon ouvrier professionnel il était payé 3500 francs par mois.
Il fut interpellé le 24 mars 1944 vers 20 heures à son domicile. Lors de la perquisition, les policiers saisissaient de la documentation ronéotypée et dactylographiée sur l’activité de l’organisation, et des exemplaires de « La Liberté », ainsi qu’une machine à écrire avec laquelle son épouse Renée frappait les tracts de l’organisation. Une matraque a été saisie.
Maurice Laval reconnut avoir diffusé des tracts et des brochures édités par la 4ème Internationale, et avoir fourni à son épouse née Renée Brachevizky deux fausses cartes d’identité. Yvon Andrietti était chargé de l’organisation des attaques à main armée. Les sommes récupérées devaient servir à alimenter les caisses de l’organisation trotskyste. Maurice Laval selon ses déclarations lui aurait fourni un revolver en vue d’une action. Mais, il affirma au Commissaire Divisionnaire qui l’interrogeait ignorer « l’utilisation » prévue.
Il précisa cependant « Les choses se sont passées de la façon suivante, j’ai pris en charge, à la Porte Brançion, des mains de Meyersen le paquet de j’ai remis ensuite à Andrietti à la Porte de Vanves. » Il ajouta « Je n’ai rien d’autre à dire à ce sujet. »
Un inspecteur qualifia ainsi ses propos : « Nous vous faisons remarquer l’invraisemblance de vos réponses. […] Il est plus plausible qu’aussitôt la demande effectuée, vous avez fait connaître à Andrietti le rendez-vous fixé par Meyersen et les causes de celui-ci. Qu’avez-vous à répondre ? » Maurice Laval resta impassible « Je ne puis que maintenir mes déclarations. »
Le 24 mars 1944 nouvel interrogatoire par le commissaire divisionnaire de la BS1. Il déclara que quand il travailla à l’Usine Ratier de 1942 à fin 1943 il occupa « le poste de Responsable syndical avec l’assentiment de la direction et la confirmation des dirigeants de la Bourse du Travail du Syndicat légal de fin 1942 à fin 1943. J’étais assisté entre autres, par [Louis] Devred qui m’a d’ailleurs succédé dans ses fonctions, à mon départ, pour raisons de santé. »
« Sur le plan politique, je suis sympathisant en partie des doctrines de la IVe Internationale. » Quant au matériel trouvé chez lui, il lui avait été remis par « Mayersen » et « Renan » dont il ignorait les noms. Il reconnut connaître Yvon Andrietti et René Sauterey qu’il considérait comme des sympathisants de la IVe Internationale. Le second était « un ami » qu’il connut aux Auberges de la Jeunesse, tout comme Jean Meyrand.
Il nia avoir participé au congrès clandestin de la IVe Internationale qui s’était tenu dans les environs de Beauvais dans l’Oise. Il ignorait le rôle d’Andrietti qui lui donnait « l’impression d’être très exalté. » Maurice Laval fut frappé au cours de son interrogatoire.
Il a été inculpé d’infraction à la loi du 27 octobre 1940 qui instituait « la carte d’identité de Français. » et à celle du 5 juin 1943 qui réprimait « les activités communistes, anarchistes, terroristes ou subversives. »
Emprisonné, puis interné, Maurice Laval était dans le convoi de 2064 hommes qui partit de Compiègne le 4 juin 1944 à destination de Neuengamme (Allemagne), puis il a été transféré à Grossrosen en Silésie. Les détenus furent évacués en 1945 à Mauthausen, puis à Oranienburg-Sachsenhausen, avant de connaître « la marche de la mort » de 200 km en direction de la Baltique, vers Schwerin, marche pendant laquelle mourut près de la moitié des déportés. Maurice Laval a été recueilli par l’armée américaine le 2 mai 1945. Vingt-trois déportés s’étaient évadés durant le transport, 968 (46,9%) moururent ou disparurent, le sort de 115 hommes (5,6%) demeura inconnu. Neuf cents cinquante-huit déportés (46,4%) dont Maurice Laval rentrèrent.
Sa femme fut déportée de Drancy à Auschwitz, le 24 juillet 1944, et fut affectée le 28 octobre, au camp de Kraztau, d’où elle fut libérée par l’armée soviétique, le 9 mai 1945.
Maurice Laval reprit son action politique à son retour de déportation, dans l’organisation trotskyste unifiée, le Parti communiste internationaliste, qui l’envoya en convalescence dans l’Isère, chez Laurent Schwartz. Il a été homologué au titre des Forces françaises combattantes (FFC) d’obédience gaulliste et Déporté, interné, résistant (DIR).
Maurice Laval fut candidat du PCI aux élections à l’Assemblée constituante du 21 octobre 1945, sur une liste conduite par le vétéran Raffin-Dugens qui obtint 2 704 voix, et il anima de nombreuses réunions électorales. Élu membre du Comité central du PCI au IIe congrès, en février 1946, il quitta ce poste pour raisons de santé le 6 juillet 1946. Il s’éloigna de ce parti progressivement et se présenta en 1949 aux élections municipales sur une liste socialiste et résistante à Montrouge.
Élu, il fut maire adjoint de 1949 à 1958. Il adhéra officiellement au Parti socialiste SFIO en 1950 et le quitta en 1958 pour rejoindre le Parti socialiste autonome d’Édouard Depreux puis le Parti socialiste unifié qu’il abandonna en février 1963, réintégrant la SFIO sans y militer activement. Sur le plan syndical, il occupa des postes de responsabilité à Force ouvrière.
En collaboration avec Claude Bourdet qu’il connut à Sachsenhausen, Maurice Laval publia fin 1946-début 1947 l’hebdomadaire Octobre. Il suivit Bourdet au quotidien Combat, dont Laval fut le secrétaire général, et participa à la création de L’Observateur qui devint France-Observateur sous une autre direction. Les campagnes menées par cet hebdomadaire à propos du Maroc et de l’Algérie valurent à Laval diverses inculpations et une condamnation, en 1964, pour injures envers Maurice Papon en tant que préfet de Constantine.
Journaliste professionnel, Maurice Laval collabora à de nombreuses publications et occupa également des postes administratifs : directeur commercial de La Quinzaine littéraire (1971-1984), conseiller technique des revues 50 millions de consommateurs et Consommateurs-Actualités, membre des conseils d’administration de l’OJD et des NMPP.
Maurice Laval a été Décoré de la Légion d’honneur, élevé au grade de commandeur en 2014, Croix de guerre avec palme, Croix de combattant volontaire, médaille de la Résistance, Croix de déporté résistant...

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article116483, notice LAVAL Maurice, Raymond par Louis Bonnel, Jean-Michel Brabant, Daniel Grason, Rodolphe Prager , version mise en ligne le 28 janvier 2019, dernière modification le 14 mars 2019.

Par Louis Bonnel, Jean-Michel Brabant, Daniel Grason, Rodolphe Prager

Maurice Laval
Maurice Laval

SOURCES : Arch. PPo. carton 83, 1 W 321-84544 dossier Yvon Andrietti (transmis par Gilles Morin), rapport hebdomadaire des Renseignements généraux du 11 avril 1944, GA 1, GB 085, GB 157 (photo). – Bureau Résistance GR 16 P 343759. – La Vérité, 25 juillet, 13 octobre et 9 novembre 1945. – Lucette Heller-Goldenberg, Histoire des Auberges de Jeunesse en France des origines à la Libération (1929-1945), Thèse de doctorat, Faculté de lettres et des sciences humaines de Nice, 1985. – Témoignage autobiographique de Maurice Laval, octobre 1987. – Maurice Laval, le Stéphane Hessel quimpérois, Ouest-France, 5 janvier 2011. – Maurice Laval. Flamme résistante, Le Télégramme, 10 avril 2014. – Livre-Mémorial, FMD Éd. Tirésias, 2004.

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