LAURENT Charles, Louis

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 18 mars 1879 à Paris (XIVe arr.), mort le 10 juillet 1965 à Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise) ; fonctionnaire ; secrétaire général de la Fédération CGT des fonctionnaires.

Charles Laurent fut nommé expéditionnaire à la Caisse des dépôts et consignation en 1899. Titulaire d’une capacité de droit depuis 1900, il devint rédacteur en 1908, sous-chef de bureau en 1918 et enfin chef de bureau en 1930. Son histoire personnelle se confond avec celle de la Fédération des fonctionnaires dont il fut le créateur, l’âme et le principal dirigeant.

C’est en février 1908 que naquit le Comité d’études des associations professionnelles des employés de l’État, des départements et des communes groupant 140 000 membres en 1908 et 228 000 en 1909. Demartial en était le président et Laurent le secrétaire. Mais, très vite, dans le contexte de la grève des agents de poste de 1909, les partisans de la transformation du Comité en une structure syndicale, menés par Charles Laurent, l’emportèrent. Ainsi vit le jour, le 4 décembre 1909, la Fédération des fonctionnaires (ou plus précisément la Fédération des associations professionnelles des employés de l’État, des départements et des communes) dirigée par un secrétaire : Laurent et dotée en 1913 d’un journal : La Tribune du fonctionnaire (qui devint La Tribune des fonctionnaires) Elle rassemblait, à la veille de la Première Guerre mondiale, 200 000 membres dont 90 000 instituteurs. Laurent dut se battre sur plusieurs fronts : il fallait répondre à la presse qui mettait en doute la légalité d’une telle Fédération, renforcer les liens entre les diverses associations adhérentes et affaiblir l’esprit corporatif. Sa longévité dans la fonction témoigne d’une réussite certaine. Selon l’historique qu’il fit en 1938 à l’Institut supérieur ouvrier, l’année 1914 permit pour la première fois à la Fédération d’influer sur les projets de traitements mais la guerre ne permit pas d’aboutir.

Réformé, Charles Laurent ne fut pas mobilisé au début du conflit. Il réussit à redonner vie à la Fédération en 1917 et à obtenir, pour les fonctionnaires, une indemnité de vie chère. Il fut ensuite affecté comme payeur aux Armées avec le grade de capitaine mais resta dans la région parisienne puisqu’il habita Villeneuve-le-Roi de 1915 à 1918 et fit partie de la section socialiste locale. Son installation dans le XVe arr. date de janvier 1919.

Charles Laurent, qui partageait les vues de la majorité confédérale, fit adhérer la Fédération à la CGT en mai 1920 (193 voix pour, 30 contre, 78 abstentions) et mena campagne contre le projet de statut des fonctionnaires qui prévoyait une limitation du droit d’association. Dans le même temps, pour la première fois, des représentants de la Fédération conduits par Charles Laurent participèrent aux travaux d’une commission officielle chargée de réviser les traitements. Il se mit en disponibilité en octobre 1922 puis obtint, en 1925, son détachement sans traitement qui sera reconduit jusqu’en 1940. Il fut membre du Conseil national économique de 1925 à 1940.

Si dans les conflits qui conduisirent à la scission de la CGT, Laurent soutenait nettement Léon Jouhaux, il dut, pour ne pas affaiblir la Fédération, accepter que celle-ci restât provisoirement en dehors de la CGT tout en renforçant son caractère syndical : en 1922, toutes les associations affiliées durent se transformer en syndicat ; cette décision lui fit perdre près de 20 000 adhérents. Laurent était alors entouré notamment de Michel Piquemal, secrétaire adjoint, Marius Danglard (Ponts et chaussées), trésorier et René Champion (répétiteur). L’action de la Fédération lui attira les foudres du Bloc national. Une perquisition à son siège, le 10 mars 1924, pour s’emparer de la comptabilité, ne permit pas de retenir des faits délictueux dans le financement de la Fédération ; cet incident permit aux syndicats de fonctionnaires de peser de toute leur influence pour assurer la victoire du Cartel des Gauches. Dès janvier 1924, Piquemal avait quitté le secrétariat adjoint pour manifester son désaccord avec l’orientation réformiste donnée par Laurent. La scission intervint en 1927 : plusieurs syndicats représentant 25 000 adhérents formèrent une Fédération autonome. Dès lors, Charles Laurent n’eut plus de raison de rester en dehors des organismes dirigeants de la CGT. Le XXe congrès confédéral (septembre 1929) l’élut à la commission administrative ; les XXIe (septembre 1931) et XXIIe (septembre 1933) lui confirmèrent ce mandat. Membre du bureau de la Fédération internationale des fonctionnaires dès 1925, il en était le secrétaire en 1931. Le bureau de la Fédération nationale comprenait en 1933 : Pierre Neumeyer, André Delmas, Robert Lacoste, secrétaires adjoints, Nantillé (trésorier), Charles Grenapin-Pitre (trésorier adjoint).

Toujours secrétaire général de la Fédération des fonctionnaires après la réunification de décembre 1936, il apporta son soutien à la direction confédérale — ainsi donna-t-il son appui à la motion « centriste » au congrès de Nantes, à l’automne 1938 — et refusa, comme ses adjoints Lacoste et Neumeyer, de collaborer à la revue Syndicats, organe des adversaires les plus résolus de l’influence communiste dans le mouvement syndical. André Delmas écrira qu’il avait apporté à la CGT : « le concours de ses remarques brutales et désagréables » (A gauche de la barricade, op. cit.). Journaliste de talent, il était un des principaux rédacteurs de La Tribune des Fonctionnaires -journal qui en 1938 était distribué aux 320 000 adhérents de la Fédération- mais sa signature apparaissait également dans Le Quotidien, Le Populaire,L’œuvre, L’Ére nouvelle.

Charles Laurent fit partie des syndicalistes qui, au début de la Seconde Guerre mondiale, résistèrent aux sirènes vichystes. Il participa dès décembre 1940 au Comité d’études économiques et syndicales, première manifestation de la CGT dans la Résistance, groupe qui fut l’origine de Libération-Nord. Soucieux de reprendre le contact avec d’autres courants du mouvement syndical, il rencontra, le 17 mai 1941, en compagnie de Neumeyer, Pineau et Saillant, une délégation d’ex-unitaires composée de Bontemps et Langlois. En janvier 1943, il assista à une seconde réunion avant les accords du Perreux. En octobre 1943, il était à Londres et parlait à la BBC. Il siégea au Conseil national de la Résistance ainsi qu’à l’Assemblée consultative provisoire à Alger puis à Paris, notamment comme président de la commission des finances. Il resta à la tête de la Fédération générale des fonctionnaires jusqu’au début de 1946, année où il fut proposé par le bureau confédéral de la CGT comme commissaire du gouvernement à la banque de l’Union parisienne. De 1939 à 1963, il fut conseiller général de la Banque de France.

Charles Laurent était officier de la Légion d’honneur et médaillé de la Résistance.

Marié le 14 mai 1907 à Paris (XIVe arr.), Charles Laurent était père de trois enfants.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article116358, notice LAURENT Charles, Louis par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 24 novembre 2010.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

ŒUVRE : Le syndicalisme des fonctionnaires. Aperçu historique, conférences à l’Institut supérieur ouvrier, s. d., (1938), 32 p.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13727, décembre 1913 ; F7/13734, 20 mars 1921 ; F7/13735, 11 mars 1924 et juillet 1935 ; F7/13736. — Arch. PPo. 300 (février 1935), PPo 306 et Ba/1686. — État civil de Paris (XIVe arr.) — La Tribune des Fonctionnaires. — Le Monde, 16 juillet 1965. — C. Massé, La CGT à travers son quotidien, Le Peuple, 1934-1936, op. cit. — G. Thuillier, « La presse administrative », Revue administrative, 1975. — René Belin, Du Secrétariat de la CGT au gouvernement de Vichy (Mémoires 1933-1942), Éd. Albatros, 1978, 202 p. — Marc Sadoun, Les socialistes sous l’occupation, Presses FNSP, 1982, p. 118. — Christian Pineau, La simple vérité 1940-1945, Éd. Phalanx, 1983. — Jeanne Siwek-Pouydesseau, Le syndicalisme des fonctionnaires (1848-1948), Presses universitaires de Lille, 1988 ; Le syndicalisme des cols blancs, L’Harmattan, 1996. — Renseignements communiqués par Jeanne Siwek-Pouydesseau.

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