LATIÈRE Frédéric, Marius

Par Antoine Olivesi

Né le 17 mars 1869 à Valréas (Vaucluse), mort le 19 juillet 1928 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; industriel et négociant en bois ; militant socialiste puis communiste ; conseiller général du 10e canton de Marseille de 1919 à 1922 ; coopérateur.

Fils d’ouvrier, ouvrier lui-même, Marius Latière créa et développa son entreprise de bois à Marseille, qu’il géra avec les membres de sa famille et « avec l’organisation et l’autorité d’un patriarche vénéré, selon l’idéal socialiste » (Fernand Bouisson, dans le Petit Provençal du 19 décembre 1919). Autodidacte, il acquit une instruction solide par ses lectures personnelles et adhéra avant 1914 au Parti socialiste SFIO. En 1912, le 18 mars, Latière avait fait une conférence pour commémorer l’anniversaire de la Commune. En 1913, il combattit la loi de trois ans. Aux élections législatives de 1914, il fit partie du comité électoral de Fernand Bouisson dans la 8e circonscription des Bouches-du-Rhône. Au deuxième tour des élections législatives de 1914, il fit campagne pour le candidat de la gauche Bergeon contre Chanot qui fut battu dans la 1re circonscription.

Pendant la Grande Guerre, toujours conformément à ses principes socialistes, il fonda une coopérative de distribution de produits alimentaires, L’Émancipatrice, qui distribua « des centaines de colis aux poilus du parti » (témoignage de Flavien Veyren cité dans un rapport de police du 10 décembre 1919). Cette coopérative fonctionnait encore après la guerre et comprenait trois ou quatre magasins.

En décembre 1915, il représenta la Fédération des Bouches-du-Rhône au congrès SFIO de Paris et il y vota la motion Longuet. Le 2 avril 1916, lors du conseil fédéral SFIO des Bouches-du-Rhône, Latière fut délégué au congrès national du Parti à Paris (9 avril). Alors que la délégation des Bouches-du-Rhône était divisée sur le problème de la paix, Latière fut parmi les délégués qui rejoignirent les « minoritaires ». Au début mai, une assemblée générale de la Fédération confirma ce vote et Latière, en compagnie de Cermolacce, Allène et Ambrosini, fut parmi les dirigeants principaux qui développèrent la propagande en faveur du pacifisme. En 1919, il fut, avec Morucci, l’un des premiers à se prononcer pour la IIIe Internationale. Le 21 décembre, Latière fut élu conseiller général du 10e canton de Marseille, contre le modéré Joseph Vidal, conseiller sortant, avec 2 450 voix sur 10 133 électeurs inscrits et 4 642 votants au deuxième tour. Il fut ensuite délégué, par le congrès départemental SFIO d’Arles du 22 février 1920, au congrès national de Strasbourg, puis par le congrès de Salon au congrès de Tours où, au cours de la cinquième journée, le 29 décembre, il fit partie des assesseurs lors de la séance de l’après-midi et vota pour la motion Cachin-Frossard.

Devenu communiste, il milita activement à Marseille, fournissant notamment un local aux Jeunesses communistes de la ville. En fait, dès 1920, il avait déjà aidé les Jeunesses socialistes qui venaient de se proclamer Jeunesses communistes. Ses deux filles, Marguerite et Marie, en étaient membres en 1921. Lui-même, au tout début de cette année 1921, organisa le nouveau Parti communiste dans les Bouches-du-Rhône, notamment le 13 janvier dans la 9e section et le 19 février dans la 10e où il fit un compte rendu de son mandat. Le lendemain, il prit la parole à un grand meeting de protestation de la gauche. Au mois de novembre, il soutint le candidat communiste Gay dans une élection partielle au conseil d’arrondissement. Selon Le Petit Provençal, il fut responsable de la défaite du candidat SFIO. En revanche, ce même journal lui apporta son soutien l’année suivante aux élections cantonales générales.

Le 23 mai 1922, en effet, il perdit son siège de conseiller général au profit de son concurrent de 1919, Joseph Vidal. Il obtint au premier tour 1 582 voix sur 10 364 inscrits et 5 967 votants et échoua de très peu au second avec 3 025 suffrages contre 3 155 à Vidal sur 6 292 votants. Bien que communiste, il fit l’union de la gauche sur son nom, puisque le candidat SFIO Joseph Luppi se désista en sa faveur, tandis que Flaissières, alors maire de Marseille, et Fernand Bouisson, député de la circonscription englobant le canton, le soutinrent au même titre que Gabriel Péri et les Jeunesses communistes de la ville et le quotidien Le Petit Provençal. A propos de ces élections cantonales, le rapport du préfet indique que Latière, bien que communiste, « recueillera beaucoup de voix, car c’était un excellent homme au caractère affable », et qu’on ne voyait pas en lui, même parmi les modérés, un révolutionnaire.

Marius Latière, le 30 décembre de la même année, refusa à la fois de démissionner de la Loge FM du Grand Orient, à laquelle il appartenait, et du Parti communiste. Sans doute dut-il choisir l’adhésion unique à ce dernier, au cours de l’année suivante. En mai 1925, il fut candidat aux élections municipales à Marseille sur la liste communiste du Bloc ouvrier et paysan et arriva en deuxième position derrière Barbarroux, avec 4 471 voix. Il milita jusqu’à sa mort pour son parti et lutta, en particulier, contre les sabianistes. Latière présida notamment, en 1927, des réunions du Secours rouge international et du comité des Amis de l’Union soviétique. Il dirigeait aussi le club sportif ouvrier, fondé en 1923, et affilié à la Fédération sportive du Travail, la section française de l’Internationale rouge sportive. Mais ce club ne comptait qu’une cinquantaine d’adhérents en 1929. Cette année-là, le PC reprit à Marseille un projet de coopérative et celle de Latière fut citée en exemple.

Marius Latière était président du comité cantonal du 10e canton lorsqu’il mourut, le 19 juillet 1928, des suites d’une congestion cérébrale.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article116194, notice LATIÈRE Frédéric, Marius par Antoine Olivesi, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 24 novembre 2010.

Par Antoine Olivesi

SOURCES : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, II M 2/50 (rapport du 9 mai 1914) ; III M/48 (rapport du préfet cité) et 49 ; VM2/245, 256, 261 et 282 ; M6/4840 (rapport de police du 19 janvier 1915) et 4833 bis (rapport du 10 mai 1916) ; M6/10806 (rapports du 4 juillet et 27 septembre 1927) ; M6/10807 ; M 6/10808 (rapport du 14 juin 1929) ; M 6/10814 (rapport du 7 mai 1920). — Le Petit Provençal, 18 mars 1912, 9 mai 1914, 9, 15, 19 et 22 décembre 1919, 10, 13 janvier, 19, 21 février, 15 novembre 1921, 15, 20 et 22 mai 1922, 20 juillet 1928 (nécrologie-avis de décès) — Rouge-Midi, 14 mars 1939. — Indicateur marseillais, 1913-1923. — Le Congrès de Tours : Édition critique, op. cit., pp. 575, 707 (photo), 832 (biographie). — A. Olivesi, « L’action militante de Gabriel Péri à Marseille », in Mélanges André Villard, pp. 599-614, Fédération Historique de Provence, Marseille, 1975. — J. Bonnabel, Le Mouvement ouvrier, 1914-1920, op. cit. — Renseignements communiqués par Jacques Girault.

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