LAPORTE Maurice, Marcel. Pseudonymes : MORISS Marcel, ROCHARD J.-M

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 28 janvier 1901 à Courbevoie (Seine) ; ouvrier tourneur sur métaux puis journaliste ; secrétaire général des Jeunesses communistes (1921-1923) ; délégué des JC au Comité directeur du Parti communiste (1922-1923) ; auteur d’ouvrages antisoviétiques et anticommunistes, collaborateur de la presse de droite et d’extrême-droite.

Maurice Laporte joua un rôle de premier plan à la naissance du Parti communiste, notamment à la tête des Jeunesses communistes, avant de devenir un des précurseurs de l’antisoviétisme au travers des livres comme Espions rouges et Les Mystères du Kremlin.

Issu d’une famille catholique, il fréquenta, dès 1914, des militants socialistes au restaurant coopératif « Chez nous » de Puteaux. L’année suivante, il travaillait avec son père et son frère aux établissements de Dion, à Puteaux. Il s’embaucha en octobre 1917 dans une autre entreprise de la ville, la maison Dalbouze, où, selon un rapport de police, « Il s’était fait remarquer pour avoir pris la tête d’un petit groupe de protestataires qui refusaient d’effectuer des heures de travail supplémentaires imposées par le directeur de l’usine ». (Arch. Jean Maitron). Son départ (ou son renvoi), le 30 décembre 1918, fut suivi d’un nouveau passage aux établissements de Dion, et d’un licenciement le 20 mai 1920. Il ne semble pas avoir travaillé en usine après cette date.

L’entrée de Maurice Laporte dans l’action militante date de 1918, année de la fondation du groupe des Jeunesses ouvrières de Puteaux dont il fut secrétaire. Il créa, en 1919, l’Association amicale des Jeunesses de la banlieue ouest, « groupement de mutualité » dont il fut vice-président. Membre des Jeunesses socialistes de Puteaux, il collaborait au journal L’Internationale sous le pseudonyme de Moriss.

L’influence de Maurice Laporte au sein des Jeunesses socialistes progressa très vite au cours de l’année 1920. Secrétaire des JS de Puteaux, il était, en janvier, un des animateurs du comité créé pour l’autonomie des Jeunesses socialistes par rapport au Parti socialiste SFIO et leur adhésion à la IIIe Internationale. Son comité exécutif comprenait également : L. Boiron, Paul Coblentz, A. Demai, Marais, Neveu, Paratre, V. Radi (Bulletin communiste, 1er mars 1920).

À la conférence nationale des JS tenue à Troyes le 4 avril, Laporte fut le porte-parole des partisans de l’adhésion immédiate à l’Internationale communiste des jeunes (créée en novembre 1919), sans attendre la décision du Parti socialiste. Il s’opposa à la direction sortante (Pascal Lainé, Henri Lozeray) favorable à l’adhésion mais soucieuse de ne pas se séparer du PS, comme à ceux qui, avec Émile Auclair, souhaitaient l’autonomie et l’adhésion à l’ICJ en émettant quelques réserves. Le vote final donna 3 168 mandats pour la tendance Lainé (six élus à la nouvelle direction : Lainé, Rebillat, Goldschild, Triquet, Vandomne et Eppinger), 2 350 pour la tendance Laporte (quatre élus : Laporte, Radi, Proquitte et Mériga), 1 826 pour la tendance Auclair (trois élus : Auclair, Schaub et Seygardie).

Laporte tenta de se rendre à la conférence des Jeunesses socialistes occidentales convoquée à Milan le 21 mai 1920. La police l’interpella le 23 mai avec Goldenberg, alors qu’ils essayaient de franchir la frontière italienne. Auclair et Laporte se rapprochèrent pour organiser, à Puteaux, le 25 juillet, une conférence de la minorité des Jeunesses socialistes. La fusion des deux tendances leur donnant une légère majorité au Comité national (7 contre 6), il fut décidé de ne pas faire de scission, mais de provoquer la convocation d’un congrès. Le Comité pour l’autonomie des jeunes et leur adhésion à la IIIe Internationale se transformait en Comité de l’Internationale communiste des jeunes dont Laporte assurait le secrétariat.

Le congrès s’ouvrit, le 31 octobre 1920, à la coopérative La Bellevilloise (XXe arr. de Paris). La motion d’adhésion sans réserves à l’ICJ fut adoptée par 5 443 mandats contre 1958 aux reconstructeurs (Lainé) et 350 abstentions. La Fédération nationale des Jeunesses socialistes-communistes (elle prendra en 1921 le nom de Fédération nationale des Jeunesses communistes) élut à son Comité national comme titulaires : Émile Auclair, Calman (Kalmanovitch Jacob), Camille Fégy, Vital Gayman, Louis Kuntz, Lacroisille, Pontillon, Perche, Schaub, Marcel Vandomme, la « citoyenne Waicziarg » (Rosa Michel), et comme suppléants : Chevalier, [ Jacques Doriot, Maurice Honel, Naze, Parâtre, Souques. Laporte fut élu secrétaire et directeur du journal L’Avant-Garde ouvrière et communiste, qui avait été créé en septembre comme organe du Comité de l’Internationale communiste des jeunes.

Laporte représenta les Jeunesses, avec Vandomme, au congrès de Tours (décembre 1920). Son intervention fut particulièrement applaudie lorsqu’il déclara que, après avoir défendu l’indépendance des Jeunesses, il pensait « maintenant, d’accord avec Vandomme, qu’il serait dangereux, pour la bataille que nous avons à mener, aussi bien parmi les adultes que parmi les jeunes, de nous déclarer autonomes et indépendants du Parti socialiste puisque ce dernier est attaqué à la fois par le centre, par la droite et, par-dessus tout, par la réaction capitaliste mondiale » (Le congrès de Tours : Édition critique, op. cit., p. 638).

Simple responsable d’un groupe local au début de l’année, Laporte était, en décembre, le principal dirigeant des Jeunesses, le plus proche de la direction de l’Internationale communiste. Une position qui aurait pu lui réserver un rôle de premier plan dans le Parti communiste, un rôle comparable à celui que jouera [ Jacques Doriot.

Permanent appointé 800 francs par mois, Maurice Laporte fut un actif secrétaire général des Jeunesses communistes jusqu’en mai 1923. Au premier congrès national, tenu salle de l’Égalitaire en mai 1921, il fit adopter une motion insistant sur l’indépendance des JC vis-à-vis du PC. Cet abandon des perspectives annoncées à Tours s’explique sans doute par une méfiance envers la direction du Parti communiste. Un rapport de police signale que, fin 1921, « il critique l’attitude des dirigeants du PC en leur reprochant de devenir de moins en moins communistes et de s’occuper beaucoup plus de questions personnelles que de la prospérité du Parti » (Arch. Jean Maitron).

Le 19 mai 1921, Maurice Laporte était parti clandestinement (il n’avait pas demandé de passeport) à Moscou pour assister au IIIe congrès de l’Internationale communiste et au congrès de l’Internationale communiste des jeunes. Gérard Walter écrit à propos de cette délégation : « Il parlait haut à l’Internationale, s’attaquait à Frossard, réfutait Lénine... » (Histoire du PCF, Paris, Somogy, 1948, p. 124). De retour à Paris, il rendit compte de son voyage dans plusieurs réunions publiques.

Le IIe congrès de la Fédération des JC, tenu à Montluçon le 15 mai, le désigna pour représenter les Jeunesses au Comité directeur. Associé à cette instance, il bénéficiait cependant du droit de vote. Nous savons par les Archives Humbert-Droz qu’il votait pour la gauche et n’hésitait pas à prendre des positions personnelles.

Selon un rapport de police, il était membre de la commission nationale des conflits, mais en aurait démissionné à la suite de l’exclusion, en mai 1922, d’Henri Fabre, mais il fut réintégré dans cette fonction le 4 juillet 1922 (Arch. Jean Maitron). Cependant, au IIe congrès national du Parti communiste tenu à Paris du 15 au 19 octobre 1922, Laporte se prononça pour l’exclusion de ceux qui n’avaient donné à l’Internationale communiste qu’une « adhésion de sentiment ». Le congrès le désigna à la commission financière. Il restait le représentant des JC au Comité directeur, avec Gabriel Péri et David (l’Humanité, 21 octobre 1922). Au congrès de la 4e Entente de JC (région parisienne) tenu à la mairie de Saint-Ouen le 22 octobre, il critiqua Cachin et Frossard, et déclara que les Jeunesses devaient soutenir la gauche.

Maurice Laporte partit à Moscou pour assister au IVe congrès de l’Internationale communiste (5 novembre-5 décembre 1922) et au IIIe congrès de l’Internationale communiste des jeunes où il fit l’apologie du travail fait en France par l’Exécutif de l’IC.

Rien n’indiquait alors son prochain éloignement des postes de responsabilité. La conférence nationale de Boulogne (21 janvier 1923), chargée de réorganiser les organismes de direction, l’élut au conseil d’administration de l’Humanité.

C’est aux Jeunesses communistes qu’il consacrait l’essentiel de son activité. Il avait souscrit le 23 février 1923 une déclaration de gérance pour le journal Le Conscrit, feuille de propagande destinée aux soldats, et participé le mois suivant à la conférence d’Essen. Laporte avait déjà été arrêté le 15 février 1921, pour « provocation de militaires à la désobéissance », remis en liberté provisoire en avril, avant de bénéficier d’un non-lieu en août. Pour le même délit (articles dans Le Conscrit et L’Avant-Garde) la justice le fit arrêter le 26 mars 1923 et incarcérer à la prison de la Santé où il retrouva de nombreux dirigeants communistes. Il fut mis en liberté provisoire pour raisons de santé le 17 avril 1923.

Il habitait alors 163 rue Jean-Jaurès à Puteaux.

Le mois suivant, Maurice Laporte ne sollicita pas le renouvellement de ses mandats aux congrès de la Fédération des Jeunesses communistes tenu à Lyon. Faut-il mettre en rapport cette décision avec son mariage scellé à Puteaux en avril, avec son séjour en prison, avec son état de santé, ou avec un changement d’attitude politique ? Son départ du secrétariat général des JC ne signifiait pas une rupture immédiate puisqu’il était chargé, avec Reynaud, de l’organisation du Parti communiste dans l’est de la France, tout particulièrement à Belfort où les amis de Frossard étaient nombreux.

Quand démissionna-t-il du Parti communiste ? En fut-il exclu ? Les renseignements connus sont postérieurs de plusieurs années à sa disparition du PC. Ils furent publiés à une époque où Laporte était engagé dans un combat anticommuniste virulent. Ils doivent donc être pris en considération avec beaucoup de prudence. L’Humanité du 12 avril 1928 affirmait qu’il avait été chassé du parti pour « indélicatesse », sans préciser la date. Une brochure communiste intitulée Brochette d’agents provocateurs (1931) publiait sa photographie en précisant qu’il avait « dilapidé » l’argent du parti aux courses, qu’il avait été arrêté sur un champ de courses et relâché sans jugement et que, ce « joueur et toxicomane » était « sans nul doute de la Police ».

En avril 1928, Laporte fut candidat indépendant aux élections législatives à Puteaux sous l’étiquette « Unité ouvrière ». Il porta la contradiction au candidat communiste Georges Ménétrier et s’attira une vive réplique dans l’Humanité. Son score médiocre (70 voix sur 25 065 inscrits) et la victoire de Ménétrier n’empêchèrent pas les communistes de continuer la campagne contre lui. En octobre, le Parti communiste fit placarder une affiche portant le texte suivant : « J’ai quitté le Parti communiste parce que j’en ai été chassé... parce que je suis un escroc et un policier vendu à Billiet et à Kérillis. Signé Maurice Laporte. »

Il s’était alors engagé dans la publication d’ouvrages anticommunistes et antisoviétiques intitulés Les Mystères du Kremlin et Espions rouges où il dénonçait l’intervention des soviétiques dans la vie politique des pays occidentaux. La grande presse et la presse régionale reprirent des extraits de ses ouvrages et y consacrèrent de nombreux commentaires. Laporte devint collaborateur de nombreux journaux : La Revue française, L’Heure, Toute la Terre, Le Petit Journal, Le Jour, L’Intransigeant, Gringoire, La Gerbe.

Mobilisé d’août 1939 à août 1940, il continua à donner, pendant l’Occupation, des articles hostiles au régime soviétique à la presse collaborationniste, en particulier à Aujourd’hui (il signait J.-M. Rochard), à La Gerbe et, semble-t-il, à Combats, hebdomadaire de la milice. Son nom fut cité par Camille Fégy parmi ceux des anciens responsables des JC qui s’intéressèrent au sort de Gabriel Péri en décembre 1941. Laporte déclara : « Impossible d’intervenir si Gabriel n’appuie pas notre tentative par une déclaration » mais il obtint le nom du défenseur de Péri et le communiqua à Fégy (cité par Gilles Lévy, Drames et secrets de la Résistance, op. cit., p. 146).

Laporte quitta son domicile avant la Libération. La justice lança un mandat d’arrêt contre lui le 6 avril 1945.

Il était père de trois enfants. Le mariage fut dissout en 1963 à Puteaux.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article115942, notice LAPORTE Maurice, Marcel. Pseudonymes : MORISS Marcel, ROCHARD J.-M par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 12 avril 2013.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Maurice Laporte en 1941
Maurice Laporte en 1941
David Saint-Pierre, Maurice Laporte, op. cit.

ŒUVRE : Les Mystères du Kremlin (dans les coulisses de la IIIe Internationale), Paris, La Renaissance moderne, 1928. — Espions rouges, les dessous de l’Espionnage soviétique en France, Paris, Librairie de la Revue française, 1929. Après guerre, il publia sous pseudonymes des romans policiers, ainsi sous le nom de Jean D’Auffargis, Y a-t-il un fantôme à l’Élysée ? en 1946..

SOURCES : Arch. Nat. F7 /12992, F7 /13090, F7 /13091, F7 /13260. — Arch. Dép. Seine, listes électorales. — Bibl Marxiste de Paris, bobine 43. — Arch. Jean Maitron, source Batal. — Bulletin communiste, 1920. — L’Internationale, 1920-1921. — L’Humanité, 1919-1929. — Brochette d’agents provocateurs, 1931, 32 p. — Rapport du secrétariat général au 1er congrès, Marseille, 25-29 décembre 1921, p. 8. — Le Mouvement social, n° 74, mars 1971. — J. Humbert-Droz, Origines et débuts des Partis communistes des pays latins, 1919-1923, Dordrecht, 1970 et Les Partis communistes des pays latins et l’Internationale communiste dans les années 1923-1927, Dordrecht, 1983. — Jacques Varin, Jeunes comme JC, Paris, Éditions sociales, 1975. — Annie Kriegel, Aux origines du communisme français, 1914-1920, op. cit. — Branko Lazitch, Biographical dictionary of the Comintern, Stanford, The Hoover Institution press, 1973. — David Saint-Pierre, Maurice Laporte, une jeunesse révolutionnaire. Du communisme à l’anticommunisme (1916-1945), Québec, Presses de l’Université Laval, 2006, 149 p. septembre 2006. — Notes de Jacques Girault.

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