LANDAU Kurt, dit Agricola ; Wolf BERTRAM ; Spectator

Par Pierre Broué

Né le 29 janvier 1903 à Vienne (Autriche), disparu à Barcelone (Espagne) en septembre 1937 ; membre du Parti communiste autrichien puis de diverses oppositions de gauche à Vienne, Berlin, Paris ; membre du POUM en 1936.

Fils d’un négociant en vins viennois aisé, Kurt Landau eut une jeunesse d’études et de bohème analogue à celle de bien des jeunes gens de l’intelligentsia juive de la capitale impériale : on dit pourtant qu’il tâta des métiers du cirque et fut quelque temps dompteur de lions au cirque Hagenbeck. Cet adolescent instruit et cultivé adhéra en 1921 au jeune Parti communiste autrichien déjà secoué par de féroces luttes fractionnelles et était en 1922 responsable (Leiter) du district (Bezirk) de Währing à Vienne. Au début de 1923, il se solidarisa avec les critiques de gauche de l’Italien Bordiga contre la nouvelle ligne de l’Internationale qualifiée d’« opportuniste ». En 1924, il fit, toujours à Vienne, la connaissance de Victor Serge qui faisait partie d’un groupe d’envoyés de l’Internationale communiste et travaillait à son bulletin de presse Inprekorr : il semble que Serge lui donna les premiers éléments d’information solides sur la lutte fractionnelle en URSS. Landau devint la même année responsable du département d’agit-prop du PC et rédacteur à son organe central, Die rote Fahne, chargé des questions culturelles ; il reprit à son compte, dans la discussion sur la culture, les arguments développés par Trotsky contre la « culture prolétarienne ».

D’abord à l’écart de la lutte menée par les deux oppositions rivales de Josef Frey et Karl Tomann, il s’en rapprocha après leur unification en septembre 1925. En mars 1926, il rejoignit cette « opposition unifiée » qu’il semble bien avoir conçue comme le pendant autrichien de l’opposition unifiée russe. Exclu avec le gros de ses camarades oppositionnels à la fin de 1926, il fut parmi les fondateurs au début de 1927 de la Kommunistische Partei Oesterreichs-Opposition (KPÖ-O.) dirigée par Frey, qui publia Arbeiterstimme. Il commença par y soutenir l’idée selon laquelle la KPÖ-O. devait lutter non pour le redressement du PC autrichien, mais pour devenir elle-même le véritable parti communiste autrichien. Cependant la KPÖ-O. continuait à reproduire les féroces luttes fractionnelles internes du KPÖ avec ses regroupements, ses renversements d’alliance et l’acharnement des conflits personnels. À la suite d’une discussion théorique passionnée avec Frey, Landau et quelques-uns de ses proches furent exclus de la KPÖ-O. en avril 1928 pour « déviation gauchiste » (il s’agissait, selon l’historien W. Wagner, de sympathies pour les idées défendues par Karl Korsch). Il fonda alors une organisation rivale, la Kommunistische Opposition-Marxistisch-Leninistische Linke, dont les forces se trouvaient réunies dans la ville de Graz et commença la publication de son organe propre, Klassenkampf, puis Die neue Mahnruf. Le conflit entre Landau et Frey atteignit alors des sommets dans l’invective et les accusations personnelles. Il accueillit Alfred Rosmer à la gare lors de sa visite à Vienne en juillet 1929 et il lui fit la meilleure impression. Léon Trotsky et Alfred Rosmer envisagèrent son transfert à Paris pour épauler Alfred Rosmer dans le travail international. Landau, dans un article qui fut reproduit notamment dans l’organe du Leninbund, Die Fahne des Kommunismus, puis dans Contre le Courant, soutint la position de Trotsky contre Urbahns et Maurice Paz. Ce fut le début d’une correspondance avec l’exilé. Séduit par le talent et la clarté d’exposition des questions théoriques de ce jeune militant — Landau n’avait que vingt-six ans — et désireux de l’éloigner du bouillon de culture fractionniste de Vienne et de l’utiliser à plein dans un travail à sa mesure, d’une importance énorme, Trotsky n’eut aucune peine à le persuader d’aller s’installer à Berlin avec sa compagne (Katia Lipshutz vivait avec lui depuis 1923), Trotsky se chargeant de subvenir à ses besoins matériels sur les sommes que lui valaient ses droits d’auteur en Allemagne.

Le contact avec les militants du Leninbund proches de Trotsky fut très difficile. Landau se présentait en « représentant de l’opposition russe »

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article115719, notice LANDAU Kurt, dit Agricola ; Wolf BERTRAM ; Spectator par Pierre Broué, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 24 novembre 2010.

Par Pierre Broué

ŒUVRE : K. Landau, La Guerre civile en Autriche, Paris, 1934. — Spectator, Die Ereignisse von Barcelona und ihre Lehren, Paris, 1937, édité par les Marxistes-Léninistes. — W. Bertram, Von Brüssel nach Barcelona, manuscrit inédit sur la préparation de la conférence de Bruxelles en la possession de Hans Schafranek. — Et les innombrables articles, signés ou non signés, parus dans Arbeiterstimme. Organ für die Werktätigen Osterreichs, 1927-1928 ; Klassenkampf. Organ der Kommunistischen Opposition (Marxist-Leninistische) Linke, 1928 ; Der neue Mahnruf. Organ der Kommunistischen Linksopposition (Marxisten-Internationalisten), 1928-1933, paraissant à Vienne ; Der Kommunist, Berlin, 1931-1933 ; Der Funke. Organ des Linken Flügels der KPD (Marxisten-Internationalisten), 1933-1934, Vienne-Paris, puis multigraphié Paris jusqu’en 1938, ainsi que les organes multigraphiés Internationales Bulletin, Marx-Lenin-Bläterr. Diskussionsmaterial der Linksoppositionen in der Komintern, publiés à Paris à partir de 1935 ; Politischer Informationsbrief édité par l’Ausland-Vertretung de la gauche allemande, groupe Der Funke, Barcelone, 1937 ; Que faire ?, en 1935, juin 1936 (« Bolchévisme, trotskysme, sectarisme »), publié dans le numéro du 26 mai 1939.

SOURCES : Archivo Historico Nacional (AHN), Sección Guerra Civil, Salamanca, « Barcelona Politico-Social », legajo 1568. — Archives J. Frey, Vienne, consultées par H. Schafranek. — Exile Papers, Houghton Library, Harvard University, Cambridge : correspondance de Landau avec Trotsky, Gräf, Grylewicz, P. Olberg, L. Sedov et al. — Archives de l’Institut Léon Trotsky. — H. Schafranek, « Kurt Landau », Cahiers Léon Trotsky, n° 5, 1980, pp. 71-96, avec les éléments des interviews de Katia Landau, P. Thalmann, A. Souchy. — Article « Kurt Landau » dans Biographisches Handbuch der deutschsprachigen Emigration nach 1933, 1980, vol. I. — Wolfgang Alles, Zur Politik und Geschichte der deutschen Trotskisten ab 1930 (Thèse, Mannheim, 1978). — Damien Durand, La Naissance de l’Opposition de gauche internationale de l’exil de Trotsky à la 1re conférence, février 1929 à avril 1930 (Thèse, Grenoble, 1983). — Fritz Keller, Getgen den Strom, Vienne 1978. — Katia Landau, Le Stalinisme en Espagne, Paris, 1938. — Carola Stern, UlbrichtEine politische Biographie, Berlin, 1966. — Maurice Stobnicer, Le Mouvement trotskyste allemand sous la république de Weimar, Thèse, Paris VIII, 1980. — Paul Clara Thalmann, Revolution für die Freiheit. Stationen eines politischen Kampfes. Moskau/Madrid/Paris, Hambourg, 1977. — Léon Trotsky, La Révolution espagnole, Paris, 1975 et œuvres, Paris, depuis 1978, notes de Pierre Broué. — Winfried Wagner, Trotzkismus in Osterreich, Thèse, Salzburg, 1976. — Erich Wollenberg, Der Apparat : Stalins fünfte Kolonne, Bonn, 1952. — Rüdiger Zimmermann, Der Leninbund. Linke Kommunisten in der Weimarer Republik, Düsseldorf, 1978.

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