BONAVENTURE Simon [BONAVENTURE René, Simon]

Par Jean-Pierre Bonnet

Né le 10 novembre 1899 à Montreuil-sur-Mer (Pas-de-Calais), mort le 5 janvier 1993 à Bagnolet (Seine-Saint-Denis) ; ouvrier tourneur ; militant syndicaliste CGTU puis CGT ; membre du bureau de la Fédération CGT des cheminots (1945-1953).

Enfant naturel, fils de Marie Bonaventure et petit-fils d’un cabaretier, Simon Bonaventure fut reconnu par sa mère en juillet 1912. Originaire du Pas-de-Calais et métallurgiste de formation, il se porta engagé volontaire en décembre 1917. Il fut durant trois années mécanicien d’aviation ; ouvert sur les réalités sociales, sensible à l’injustice, il se tourna vers ceux qui contestaient la société telle qu’elle était. Ainsi fut-il dès 1921 lecteur assidu de l’Humanité.
Entré à la Compagnie du Nord, Simon Bonaventure adhéra au syndicat Paris-Nord de la CGTU en janvier 1923. Il était alors proche de la tendance anarcho-syndicaliste et professait beaucoup d’admiration pour Gaston Monmousseau. Ce qu’il appelait « son instinct de classe » le tenait éloigné de toutes les formes de réformisme, mais il n’était pas pour autant attiré par la démarche bolchevique et il n’adhéra au Parti communiste qu’en 1932.
Ouvrier tourneur aux ateliers de La Chapelle, Simon Bonaventure fut d’abord un syndicaliste de terrain actif et populaire auprès de ses collègues de travail. Il devint dans les années 1930 secrétaire du premier secteur Paris-Nord et membre de la commission administrative de l’Union Nord de la CGTU, puis de la CGT réunifiée. Il assuma également des fonctions de délégation à plusieurs niveaux.
Interné politique du 7 août 1940 au 23 juin 1941 au Fort Barraux (Isère), il fut finalement mis en résidence surveillée bien qu’il ait été licencié de la SNCF le 5 juillet 1941. Réintégré à la SNCF en août 1944, Simon Bonaventure ne reprit pas son poste à Paris-Nord et devint permanent syndicaliste. Il entra au bureau fédéral provisoire de la Fédération des cheminots comme représentant de la tendance ex-unitaire. D’août 1945 à décembre 1953, il exerça en parallèle les responsabilités de secrétaire de l’Union des syndicats du Nord et de membre du bureau fédéral. Il fit partie de ceux qui furent maintenus en disponibilité au lendemain de la réduction des effectifs de permanents de la CGT en novembre 1950.
Dans les années d’après-guerre, il rédigeait régulièrement des articles pour la Tribune des cheminots dans un style personnel parfois assez différent de la « langue de bois » syndicaliste. Il présentait la « bataille de la production » comme le prolongement naturel du combat de la Libération car « notre indépendance économique est encore une forme de liberté ». Il affichait son hostilité au syndicalisme chrétien auquel il reprochait son manque d’esprit de classe et sa collusion avec le Mouvement républicain populaire (MRP).
Admis à la retraite en 1954, Simon Bonaventure quitta alors ses principales responsabilités et assura le secrétariat de la section des retraités CGT de Paris-Nord pendant de longues années. Il fournissait toujours de loin en loin à la Tribune quelques contributions, comme son reportage sur la RDA, qu’il avait visitée durant l’été 1963.
Dans une lettre adressée à Georges Lanoue, le 24 février 1983, il déclarait hésiter à accepter l’Ordre national du Mérite qui lui était proposé. Il écrivait : « Je suis toujours resté (comme l’on dit) un peu « anar », de là vient cette perplexité au reçu de ta lettre... alors se pose la question : accepter ou ne pas accepter cette distinction honorifique ? Je m’en remets à ton jugement en toute confiance sans acrimonie. » Revenant sur sa vie militante, il affirmait : « Autodidacte, j’ai suivi le sillage des camarades Monmousseau, Semard, Tournemaine et ils m’ont convaincu sur pas mal de théories. » Il avait effectivement partagé leurs positions, mais cet esprit indépendant était resté plus proche qu’eux de la tradition du vieux syndicalisme français.
Marié en décembre 1923 à Paris (XIXe arr.) avec Laure Fontaine, Simon Bonaventure se remaria en décembre 1945 à Paris (Xe arr.) avec Jacqueline Damon.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article1156, notice BONAVENTURE Simon [BONAVENTURE René, Simon] par Jean-Pierre Bonnet, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 22 février 2012.

Par Jean-Pierre Bonnet

SOURCES : Arch. Fédération CGT des cheminots. — Comptes rendus des congrès fédéraux. — Notes de Georges Ribeill. — État civil.

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