Né le 26 janvier 1876 à Bordeaux (Gironde) ; mort à Paris le 3 mai 1958 ; marié à Paris le 13 mars 1927 avec Angèle, Victorine Quinard, puis veuf, remarié à Paris le 28 janvier 1932 avec Marie-Clémentine Grandjean ; professeur de lycée ; anarchiste propagandiste.

Descendant d’un baron guillotiné sous la Terreur « pour avoir eu l’audace de chansonner Messieurs les Sans Culottes » ( Cahiers des Amis de Han Ryner, n° 50, 3e trimestre 1958, article de Banville d’Hostel qui écrit Gérard de La Caze du Tiers), Gérard de Lacaze-Duthiers était « issu d’une famille qui eut les honneurs de l’Institut » ( Défense de l’homme, n° 115, mai 1958) et qui appartenait à la vieille noblesse de la sénéchaussée d’Agen. Son père était professeur de « belles-lettres ».
Après avoir fait ses études au collège Rollin à Paris, Gérard de Lacaze-Duthiers se vit proposer une bourse pour préparer l’École normale supérieure mais la refusa, préférant dès cette époque garder sa liberté. Il passa sa licence de Droit, puis de Lettres, fut surveillant puis professeur adjoint de lettres.
Il était acquis aux idées libertaires avant la guerre de 1914-1918, ainsi qu’en témoigne la lettre du 25 octobre 1912 qu’il écrivit à Jean Grave, ainsi qu’en témoigne également André Lorulot qui signalait dans l’Idée libre d’avril 1958 que Lacaze-Duthiers avait collaboré à sa revue depuis sa fondation le 1er décembre l911.
Lacaze-Duthiers avait adhéré à l’Union anarchiste et, en 1914, il donna à l’École de propagande anarchiste des cours de philosophie qu’il reprit après guerre (cf. Le Libertaire 1er mars 1921) Puis il apporta son concours à de très nombreuses publications : Pendant la mêlée et Par-delà la mêlée (1915-1917), l’En-dehors (n° 1, 31 mai 1922), Le Semeur (1927-1936), La Voix libertaire, (n° du 9 mars 1929), C.Q.F.D. (1944-1949), l’Unique (n° 1, juin 1945), Le Monde libertaire (n° 1, octobre 1954) ; il collabora également à Contre-courant et aux Nouvelles pacifistes ainsi qu’à de nombreux périodiques littéraires.
Selon Lacaze-Duthiers, l’humanité se divise « en deux groupes : l’ensemble des hommes capables de se guider eux-mêmes constitue l’artistocratie ; la médiocratie désigne le troupeau qui a besoin d’être dirigé » ( Par-delà la mêlée, début juin 1911). Le néologisme que forgea Lacaze-Duthiers ne veut pas dire dictature de l’élite mais signifie foyer d’exemple : « Fais de ta vie une oeuvre d’art » ( Cahiers des Amis de Han Ryner, op. cit.).
Il créa et dirigea partir de janvier 1931 la Bibliothèque de l’Artistocratie destinée à la publication d’ouvrages d’art et de littérature réservés aux « Amis de l’Artistocratie ». Jusqu’en 1948 au moins, il eut l’occasion d’y publier 128 titres ; il y conta aussi les difficultés qu’il eut à maintenir cette entreprise durant la Seconde Guerre mondiale dans Sous le sceptre d’Anastasie. Mes Démêlés avec la censure ou quatre ans de léthargie intellectuelle (juin 1940 juin 1944), (Paris, Bibliothèque de l’Artistocratie, 1948, 192 p.).
Outre Son intérêt pour la littérature et l’art, Lacaze-Duthiers, entre les deux guerres, fut avant tout un individualiste et un pacifiste. En 1933 il fut nommé président de l’Union des intellectuels pacifistes. Il commenta les événements survenus en février 1934 dans une brochure au titre significatif : Un individualiste devant la mêlée. Jours d’émeute. Février 1934 ; (Orléans, Éd. de l’En-dehors 1934) : « Le bilan du mois n’est pas fameux. Pleins pouvoirs décrets-lois, pro-fascisme. Tout cela n’est guère réjouissant... C’est parmi les honnêtes gens que se recrute la crapule. Quelles sont précisément les préoccupations des trois quarts de la faune humaine ? Réclamer des dirigeants, se jeter dans les bras du premier dictateur venu. Mais se diriger soi-même, obéir à sa conscience, ne nuire à personne, vivre sa vie en homme libre est trop élevé pour les brutes... » En juillet 1934 il était membre du Comité directeur de la Ligue internationale des combattants de la paix (LICP). Il fut candidat pacifiste en 1936 aux élections législatives dans la 2e circonscription du Ve arrondissement de Paris. L’année suivante il fut président de la section de Paris, rive gauche, de la LICP ; au congrès d’Arras (avril 1938) il fut réélu membre du Comité directeur de la LICP.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Gérard de Lacaze-Duthiers vécut avec sa femme en Bourgogne d’une « modeste retraite universitaire de 50 F par jour » et de l’aide financière que lui apportèrent le secrétaire de l’Académie française et le président de la Société des gens de lettres. Il écrivit également quelques articles dans Germinal « hebdomadaire de la pensée socialiste francaise » dont seize numéros parurent d’avril à août 1944. Ces articles portaient sur l’art et le socialisme ; il s’en justifia ensuite dans l’Idée libre (numéro de mars-avril 1952). Après la guerre, en 1947, il fut élu au Comité directeur du Parti pacifiste internationaliste et collabora à son bulletin : Le Mondial. En 1954, il devint vice-président du syndicat des journalistes et des écrivains.
Docteur honoris causa de plusieurs universités étrangères, il avait reçu le Grand prix Dupau de l’Académie francaise en 1946.

ŒUVRE : Voir à l’Institut français d’histoire sociale où ont été déposés ses ouvrages ainsi qu’au Centre international de recherches sur l’anarchisme qui possède la plupart de ses oeuvres.
_ Cf. tous les journaux et revues cités dans la biographie. Gérard de Lacaze-Duthiers a laissé plus de quarante livres et brochures sur l’art ( L’unité de l’art ; Le culte de l’idéal ou de l’artistocratie ; etc.), la littérature ( Guy de Maupassant ; Réflexions sur la littérature ; etc.), le pacifisme ( Quand les brutes triomphaient jourmal quotidien de la guerre 1914-1918 ; Psychologie de la guerre, Tu ne tueras point ; Pensées pacifistes ), la société ( Nouvelle critique des moeurs ), etc. — Articles de l’Encyclopédie anarchiste éditée par Sébastien Faure. Voir « Essai de bibliographie sur l’oeuvre de Gérard de Lacaze-Duthiers » par Hem Day, éd. Pensée et Action, Paris-Bruxelles, 1960, 40 p. (avec un portrait de G. de Lacaze-Duthiers, bois gravé de Louis Moreau, 1934).

SOURCES : Arch. Jean Maitron. — Archives J. Grave, (lettre du 25 octobre 1912) et Lacaze-Duthiers déposées à l’IFHS. — Mes démélés avec la censure, op. cit. — Notes de Jean Maitron. — La Vague, n° 205, 1er décembre 1921. — Notes de René Bianco.

M. Dreyfus

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