LABUSQUIÈRE John, Delille

Par Justinien Raymond

Né à Ascension (Louisiane, États-Unis d’Amérique) le 1er septembre 1852 ; mort en août 1939 ; docteur en médecine ; militant socialiste indépendant ; conseiller municipal de Paris.

John Labusquière
John Labusquière

Né de parents français émigrés aux États-Unis où ils s’étaient fait une situation confortable, John Labusquière put accomplir de longues études au lycée de Tarbes, puis à la Faculté de médecine de Toulouse. Acquis tout jeune aux idées socialistes, il se serait affilié à l’Internationale en 1870. Il collabora à maints journaux d’extrême gauche, à l’Égalité dès 1877, à La Bataille, au Cri du Peuple en 1883, au Parti ouvrier, et, à partir de 1885, combattit le boulangisme.

Il milita d’abord à la FTS où il fut élu membre du Comité National, il participa au congrès du PO à Reims (1881), comme délégué des cercles d’études sociales des IVe et XIIe arr., des Égaux de Paris et de l’agglomération lyonnaise. Au congrès de Saint-Étienne (1882), représentant de groupes de Paris et de Brest, il se prononça pour les « possibilistes ». Il assista encore au congrès de la FTSF à Paris (1883). Installé à Paris, il s’était lancé dans les premières compétitions électorales. Il se présenta cinq fois, sans succès, aux élections législatives. Dans la 1re circonscription du XIe arr., en 1881, contre les 11 773 voix de Floquet, il groupa 1 914 électeurs dont 984 dans le quartier de la Folie-Méricourt et 930 dans le quartier Saint-Ambroise. À l’élection complémentaire du 26 février 1882, il s’y éleva à 3 258 voix sur 10 752 votants. Dans la 2e circonscription du XIIe arr., il obtint 1 126 suffrages sur 8 811 votants en 1889, et, en 1893, 2 339 sur 8 259. En 1902, dans la 2e circonscription du IVe arr., il rassembla 2 522 voix sur 6 119 suffrages socialistes et vint derrière Deville qui en groupait 2 814. Il entra au conseil municipal de Paris, après un premier échec. En 1884, dans le quartier Saint-Ambroise (XIe arr.) il réunit 1 049 voix sur 9 131 inscrits et 6 726 votants, deux autres socialistes en réunissant 2 013 et 592 à cette occasion, sa qualité d’intellectuel et de non résident (il habitait 20 avenue Gobelin dans le XIIIe arr. avant de s’installer en 1890 dans le XIIe arr.) fut vivement contestée par les militants ouvriers du quartier.. En 1896 il l’emporta au second tour, dans le quartier de Picpus (XIIe arr.), patronné par le Comité socialiste révolutionnaire indépendant du XIIe. Il avait obtenu au premier tour 2 420 voix sur 9 529 inscrits et 7 729 votants. Il bénéficia du désistement des deux autres candidats socialistes arrivés à 1 941 et 1 688 suffrages. Il fut réélu au premier tour, en 1900, par 4 734 électeurs sur 10 679 inscrits et 8 542 votants. Il siégea jusqu’en 1902.

Labusquière était donc conseiller municipal de Paris et socialiste indépendant lorsque le rapprochement des socialistes de diverses obédiences dans le combat dreyfusard lui conféra un rôle national. Le 16 octobre 1898, à la réunion de la salle Vautier, avenue de Clichy, il entra au Comité de Vigilance socialiste constitué par deux représentants de chaque tendance. Il demeura au Comité d’entente de sept membres qui lui succéda. Les socialistes organisés ayant demandé aux indépendants de se grouper pour participer à la vie commune, John Labusquière créa le 4 décembre 1898 la Fédération des groupes socialistes révolutionnaires indépendants. Elle déclara « se placer à gauche de la ligne de bataille de l’armée socialiste » (J. Verlhac, op. cit., p. 41). Elle se donna un programme en six points qui l’y situe en effet : « 1. Défense de la République contre les manoeuvres de la réaction conservatrice, cléricale et militariste. 2. République démocratique et sociale ; gouvernement direct du peuple par le peuple. 3. Lutte de classes ; conquête des pouvoirs publics. 4. Entente internationale des travailleurs. 5. Socialisation de tous les moyens de production et de tous les capitaux, seul moyen d’affranchir le prolétariat. 6. Nécessité d’une révolution sociale à laquelle doivent se préparer tous les socialistes de façon à être en situation de faire face à tous les événements » (A. Orry, op. cit., p. 39).

La Fédération de Labusquière, faible à Paris, eut plus d’audience en banlieue et davantage encore en province, notamment à Marseille avec le Dr Flaissières, aux côtés de Labussière à Limoges, dans le Rhône derrière Colliard. Elle vit venir à elle le groupe ouvrier de Montceau-les-Mines lié au syndicalisme révolutionnaire ainsi que quelques groupes dissidents du POF à Calais et à Denain. Elle acquit dans le mouvement socialiste une importance qu’elle ne devait pas, semble-t-il, à l’éclat de son fondateur, personnalité de second plan. La Fédération des groupes socialistes révolutionnaires indépendants avait, à sa naissance, appelé les socialistes indépendants non révolutionnaires à s’unir de leur côté, ce qu’ils firent en s’associant dans la Fédération des socialistes indépendants de France. Les deux organisations se lièrent en une Confédération des socialistes indépendants et c’est elle que Labusquière représentait au Comité d’entente socialiste où il siégeait en compagnie de Jaurès. Cependant, il ne se manifesta pas au premier congrès général des organisations socialistes de la salle Japy à Paris, en 1899, où il était délégué. En mars 1902, avec tous les socialistes indépendants, avec la FT-SF et les fédérations autonomes, il entra au Parti socialiste français.

Installé à Maubourget vers 1927, John Labusquière rédigea ses « dernières volontés » le 19 août 1936. Il demanda à être enterré civilement à la fosse commune et déclara que depuis son arrivée à Maubourget il n’avait « cessé de propager le Socialisme révolutionnaire aujourd’hui au pouvoir, base incontestable du Front populaire. A ce Parti, aux idées qu’il représente je reste fidèle. »

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article114952, notice LABUSQUIÈRE John, Delille par Justinien Raymond, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 19 mars 2012.

Par Justinien Raymond

John Labusquière
John Labusquière

ŒUVRE : Journaux auxquels collabora Labusquière : L’Égalité, La Bataille, Le Cri du Peuple, Le Parti ouvrier.
_ Ouvrages et brochures : Le Tiers État et le peuple ouvrier, Paris, 1879, in-8°, 8 p. (Bibl. Nat. Lb 57/7 112). — En collaboration avec Victor Marouck : Le Forçat Trinquet, Paris, 1880, in-16, 15 p. (Bibl. Nat. 8° Lb 57/ 7 335). — Les Paysans et la Révolution française, Paris, 1888, in-16, 30 p. (Bibl. Nat. Lb 6/ 105). — Le Général Boulanger, Publication du Comité central socialiste antiboulangiste, Paris, 1888, in-12, 21 p. (Bibl. Nat. 8° Lb 57/ 9 621. — L’Autrefois, récits de Gascogne et d’ailleurs, Paris, 1899, in-16, 302 p. (Bibl. Nat. 8° Z. 14 774). — Histoire socialiste (1789-1900), sous la direction de J. Jaurès, Paris, s.d. (Bibl. Nat. 4° La 31/ 47). T. XII : La IIIe République. — Chroniques et romans : publiés sous le nom de Jean Maubourg.

SOURCES : Bibl. Nat. Biographies. 4° Ln 25/ 667 (2), p. 57. — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes III, op. cit., pp. 129-130, 135, 138, 162, 172, 176, 204. — Albert Orry, Les Socialistes indépendants (Histoire des Partis socialistes en France, VIII, d’A. Zévaès), Paris, 1911, 82 p. (passim). — La Petite République, 29 novembre, 7 et 9 décembre 1898 ; 14 janvier 1899. — Jean Verlhac, La Formation de l’Unité socialiste..., DES, Paris, pp. 41-42. — laude Renault, Le Mouvement socialiste parisien de 1881 à 1885, DES, Paris, p. 78. — Le Populaire d’Eure-et-Loir et de l’Eure, 25 septembre 1939. — Michel Offerlé, Les socialistes et Paris 1881-1900), des communards aux conseillers municipaux, Thèse de doctorat d’État en science politique, Paris I, 1979.

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