LABRO Jean, Marius

Par Antoine Olivesi

Né le 14 décembre 1897 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; mort le 6 novembre 1955 à Lyon (Rhône) ; ouvrier tuilier ; militant syndicaliste et communiste marseillais ; conseiller général et municipal de Marseille après la Libération.

Jean Labro, au centre, de retour d’Espagne, préside une réunion publique à Marseille. Au micro François Billoux.
Rouge-midi

Jean Labro était le fils d’un journalier d’origine italienne qui, à l’instar de beaucoup d’émigrants transalpins, était venu chercher du travail dans la banlieue nord de Marseille, plus précisément dans le quartier de Saint-André. Selon son fils, il était devenu mineur. Sa mère, Anne Hirschhauer, était également journalière, et ses parents n’étaient pas mariés à sa naissance.
Jean Labro avait trois frères et une soeur. L’ainé de ses frères, Louis, était mort au front en 1914 à Coincourt en laissant une veuve ; le second Joseph a été gazé et blessé au front et mourut en 1938 avec sa petite pension de mutilé de guerre ; venait ensuite Jean (ibid) et enfin André Antoine, un insoumis, qui passa deux années au pénitencier de Aïn Beïda.

Jean Labro fréquenta l’école primaire de Saint-André de six à treize ans. Il parlait assez bien l’italien et acquit plus tard un peu d’espagnol. Il commença à travailler dès l’âge de treize ans et mobilisé en janvier 1918, il fit quelques mois de guerre et fut libéré en janvier 1921. Il épousa en juin 1924, Elvira Recchia, fille d’un forgeron mort en 1913 et d’une mère couturière. Sympathisante du Parti communiste, elle avait un frère membre de la SFIO Ils eurent deux enfants.

Jean Labro travailla d’abord de 1911 à 1915 comme manœuvre maçon dans les tuileries des banlieues de Saint-Henri, Saint-André et l’Estaque où l’industrie de la céramique et de la tuilerie était depuis longtemps implantée dans un bassin argileux proche de la mer. De 1915 à son incorporation, il fut docker camionneur en tant qu’ouvrier des travaux publics. A son retour de l’armée, il fut conducteur de tramway d’avril à fin novembre 1921 et de nouveau embauché dans des tuileries de Séon-Saint-Henri, jusque 1930. Il travailla ensuite dans les raffineries de sucre de Saint-Louis de 1930 à 1932 et, licencié, connut le chômage jusqu’en avril 1934 où il trouva du travail comme pompiste à la « Syndicale Essence ». En juin 1936, il devint permanent du Parti communiste.

Syndiqué à la CGTU, il participa aux grèves des tuileries en 1923 et 1928, sans y avoir joué de rôle, n’étant pas encore militant, disait-il dans son autobiographie du 24 octobre 1937. Il adhéra en juin 1928 au Parti communiste après les élections législatives à la campagne desquelles il avait participé comme sympathisant. Il fonda la première cellule des tuileries en 1929, et, en 1931, reconstitua celle des raffineries de Saint-Louis dont il devint secrétaire. Secrétaire du rayon du bassin de Séon, il devint au début de 1931 membre du comité régional et, début 1936, membre du bureau régional du PC et secrétaire du parti pour Marseille-ville. Pendant cette période, il fut également trésorier du sous-rayon du bassin de Séon. Il suivit en décembre 1935, une école régionale du parti où il eut Fajon comme professeur. Il fut, dès 1928, délégué aux conférences régionales, au congrès national de Villeurbanne en janvier 1936 et à la conférence nationale, salle Huygens à Paris en juillet 1936. Pendant ce début des années 1930, Maurice Labro fut trésorier du Syndicat unitaire régional du bâtiment et secrétaire du syndicat unitaire des tuileries du bassin de Séon. Il participa aux manifestations de chômeurs à Marseille en 1933-34 (il était membre du secrétariat du CC des chômeurs) et aux meetings de février 1934. Il était également trésorier du Club prolétarien de l’Estaque en 1930. En octobre 1931, candidat au Conseil général pour le 7e canton, il obtint 814 voix sur 14 911 électeurs inscrits. De nouveau candidat en octobre 1934 pour le conseil d’arrondissement dans le même canton, il figura sur la liste Billoux-Cristofol aux élections municipales de 1935 dans la 2e section et recueillit 7 716 suffrages sur 38 665 inscrits au premier tour. Le Petit Provençal le présenta comme un candidat « modeste mais très aimé dans son canton ».

Jean Labro fut membre du comité de Front populaire de Marseille et siégea au bureau du Front populaire des Bouches-du-Rhône. Il était également secrétaire de l’Amicale des volontaires de la liberté à Marseille. En 1937, il était membre du Syndicat des transports de Marseille. Secrétaire, permanent, de la région marseillaise du PC de juin à décembre 1936, il fut envoyé à cette date, par le parti, dans les Brigades internationales en Espagne, jusqu’en septembre 1937. Il y travailla « sous la direction d’[André Marty-24200], Billoux et Lampe. Ayant acquis le grade de lieutenant il recevait 3, ensuite 6 puis 18 pesetas tandis que sa famille avait une allocation du Comité international d’aide au peuple espagnol. Il combattit sur le front de Madrid. De retour le 6 septembre 1937, il reprit ses fonctions de secrétaire à l’organisation du parti. Dans son autobiographie, il déclarait connaître le trotskyste Larêche* exclu du PC. Peut-être est ce une des raison pour lesquelles, un note de Legros (Maurice Tréand) de la commission nationale des cadres du 2 mars 1938 indiquait à son sujet : « Va rentrer incessamment dans l’appareil des cadres pour s’occuper de la lutte contre les trotskystes » ; une autre note du 19 juin indiquait cependant qu’il « n’était pas employé dans mon appareil ».

En octobre 1937, il avait affronté, de nouveau, pour le conseil général, le conseiller en exercice Villecroze (SFIO) et obtenu, cette fois, 5 921 voix sur 18 546 au premier tour, ce qui traduisait bien la progression communiste et sa propre popularité dans ce canton. Entre temps, Jean Labro était devenu membre du bureau fédéral du Parti communiste, secrétaire régional en 1938, dans un système collégial temporaire, plus spécialement chargé des problèmes administratifs.

Surveillé par la police dès l’automne 1939, Jean Labro fut ensuite mobilisé puis arrêté le 5 février 1940 et interné pendant vingt huit mois à la prison centrale de Nîmes. Libéré le 5 juin 1942, il rejoignit les communistes clandestins dans l’Ardèche, où il fut chargé d’organiser la résistance, puis à Valence, en 1944 ; il combattit dans la Drôme au moment de la Libération.

De retour à Marseille, le 15 octobre 1944, il fut nommé secrétaire administratif départemental du PCF et fut élu conseiller général du 7e canton le 23 septembre 1945. Il fut réélu en 1951 et devint également conseiller municipal en 1953.

Tant à la préfecture, où il présida la commission départementale, qu’à l’hôtel de ville, Jean Labro fit preuve de beaucoup d’activité et de compétence, notamment en matière de travaux publics et de construction. Chacun s’accordait à reconnaître son efficacité, son intégrité, son dévouement scrupuleux, la confiance que les électeurs avaient en lui. Au sein de son parti, il était président de la commission fédérale du contrôle financier du PCF.

Jean Labro mourut à cinquante-huit ans, à l’hôpital Edouard Herriot de Lyon, des suites d’une intervention chirurgicale, le 6 novembre 1955. Une rue de Marseille rappelle le souvenir de Jean Labro dans le XVIe arrondissement (quartier Saint-André).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article114928, notice LABRO Jean, Marius par Antoine Olivesi, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 30 septembre 2018.

Par Antoine Olivesi

Jean Labro, au centre, de retour d’Espagne, préside une réunion publique à Marseille. Au micro François Billoux.
Rouge-midi

SOURCES : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, III M/56 et 57 ; V M2/283 et 289 ; M6/10793, rapport du 28 février 1938 ; M6/10809, rapport du 22 janvier 1936 ; M6/10933, rapport du 2 octobre 1939 (préfet). — Arch. Com. Marseille, listes électorales de 1937. — Le Petit Provençal, 1933-1937. — Rouge-Midi, 3 octobre 1937 et 9 septembre 1945 (photos). — La Marseillaise, 1945, 1951, 1953, 7 novembre 1955 (nécrologie par Jean Cristofol et photo), 8, 9 et 10 novembre 1955. — Indicateur Marseillais, 1945-1955. — État civil de Marseille. — Archives du Komintern, RGASPI, Moscou, 495 270 2141, autobiographie du 24 octobre 1937. — Note de Robert Étienne.

Version imprimable Signaler un complément