LA BATUT (Guy de LABORIE de)

Par Nicole Racine

Né et mort à Paris : 1er février 1890 - 16 février 1938. Archiviste-paléographe. Bibliothécaire à la bibliothèque Mazarine (1922-1938).

Fils du vicomte de Laborie de La Batut, député républicain de la Dordogne de 1885 à 1912, puis sénateur de 1912 à 1930, Guy de La Batut fit ses études au lycée Janson-de-Sailly à Paris. En classe de seconde, il se lia d’amitié avec Paul Vaillant-Couturier (qui le dépeignit sous le nom de Gontran d’Elbet dans Enfance). Avec leurs condisciples, Raymond Lefebvre Michel Georges, ils constituèrent dans les classes « une sorte d’aristocratie assez distante ». Ils formèrent un petit groupe, l’« Entre nous » (où venait aussi Jean d’Espouy) qui se réunissait une fois par semaine, « sorte de microcosme de la culture et des préoccupations de l’époque », où chacun apportait ses affections littéraires et artistiques et où se discutaient les oeuvres de la littérature et de l’art contemporains. Guy de La Batut, pour sa part, admirait Saint-Georges de Bouhélier, Saint-Pol Roux et Romain Rolland ainsi que, pour les écrivains étrangers, Gerhardt Hauptmann, Ibsen, Selma Lagerlöff, Knut Hamsun. « Dans une période où se posait de facon aiguë, après Agadir, la question allemande — écrivait P. Vaillant-Couturier — où les Francais, imbus d’une supériorité qui, pour eux, était hors de question [...], Gontran offrait à l’« Entre-nous », sa connaissance de l’Allemagne et des Allemands, et sa considération affectueuse pour un peuple sensible, aux qualités lourdes, solides et profondes ». Les amis qui sentaient passer le souffle de la guerre étaient, d’après Vaillant-Couturier, à la recherche d’une discipline de combat ; mais à la différence de Raymond Lefebvre, G. de La Batut et Vaillant-Couturier n’avaient pas été séduits par les doctrines nationalistes d’Action francaise ; le marxisme ne répondait pas à leur mysticisme. Ils n’étaient pas attirés non plus par les « partis moyens » qu’ils croyaient connaître par la famille de G. de La Batut, liée au monde politique. Guy de la Batut, d’après son ami Vaillant-Couturier ; « se montrait pacifiste, partisan acharné du rapprochement franco-allemand et carrément anarchisant ». Le biographe de Raymond Lefebvre, Shaul Ginsburg, qualifie Guy de La Batut de « catholique pratiquant et de socialiste intransigeant ».

En novembre 1911, Guy de La Batut fut reçu à l’École des Chartes ; il effectua alors son service militaire (octobre 1911 à novembre 1913) et n’entra en première année d’École qu’à l’automne 1913. Mobilisé de nouveau quelques mois plus tard, en août 1914, il demeura sous les drapeaux jusqu’en avril 1919. En mars 1915, il écrivit une lettre à Romain Rolland pour lui dire son désespoir et son dégoût ; R. Rolland lui répondit une lettre d’encouragement (dont il donna un extrait dans son Journal des années de guerre). Guy de La Batut correspondit avec ses amis mobilisés, notamment avec Raymond Lefebvre. Quelques lettres de R. Lefebvre à G. de La Batut furent publiées après la mort du premier dans Clarté (« Lettre été 1917 », écrite après la première révolution russe de février 1917, dans le n° 44 de la revue), et dans Commune ( « Lettres du front », n° juillet-août 1934). Ce furent G. de La Batut et P. Vaillant-Couturier qui signèrent dans le journal Clarté le 4 décembre 1920 l’article nécrologique de leur ami, dès l’annonce officielle de sa disparition (« Élevons à nos martyrs des mausolées »).

Après sa démobilisation, G. de La Batut suivit les cours organisés par l’École des Chartes pour les élèves démobilisés. Il présenta en mai 1921 sa thèse qui portait « sur le rôle des Assemblées générales du clergé en France en matière d’imprimerie et de librairie ». Le 25 septembre 1920, il fut nommé bibliothécaire au Musée de la Guerre où il resta jusqu’au 31 mars 1922. Il entra le 1er avril 1922 à la Bibliothèque Mazarine où il resta jusqu’à sa mort en 1938.

En 1921, G. de La Batut fut membre de la section universitaire de « Clarté ». En 1923, il publia avec Georges Friedmann (qui avait été aussi membre de la section universitaire de « Clarté »), un petit livre en anglais, paru à Londres, A History of the french People (d’après V. Brett, il s’agirait de conférences faites à « Clarté » sur l’histoire de France, publiées en traduction anglaise remaniée). G. de La Batut écrivit de nombreux ouvrages d’érudition d’histoire et d’histoire littéraire. Parmi ceux-ci, citons comme témoignant de ses convictions de gauche, la petite brochure d’extraits de textes de Jaurès parue en 1924 et surtout les deux tomes des Pavés de Paris publiés au moment du Front populaire (Éditions sociales internationales, 1937) sur les lieux historiques du Paris révolutionnaire qui exaltent la tradition des révolutions françaises, celle de 1789 comme celles du XIXe siècle.

Bien que Guy de La Batut, de santé fragile (il dut subir plusieurs interventions chirurgicales), ne militât pas activement, il ne cachait pas ses sympathies : on trouve son nom parmi ceux des fondateurs de l’Université ouvrière en 1932 (cité par Georges Cogniot dans Parti pris) et au bas du manifeste « Aux travailleurs » lancé en mars 1934 par le Comité de vigilance des intellectuels antifascistes.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article114823, notice LA BATUT (Guy de LABORIE de) par Nicole Racine, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 19 juin 2012.

Par Nicole Racine

ŒUVRE CHOISIE : G. de La Batut écrivit de nombreux ouvrages d’histoire littéraire et d’histoire. Citons ici le livre qu’il signa avec Georges Friedmann, A History of the french People. Préf. de H. Barbusse, Londres, Methuen, 1923, 315 p. — La Pensée de Jaurès d’après ses textes. Recueil de G. de La Batut, France-Éditions, 1924, 64 p. — Les Pavés de Paris, Guide illustré du Paris révolutionnaire, tomes I et II, Éditions sociales internationales, 1937, 261 p. et 312 p.

SOURCES : Bottin mondain, l904, Annuaires Didot-Bottin. — Notice nécrologique de Guy de La Batut, Bibliothèque de l’École des Chartes. Année 1938. — Dossier Guy de La Batut, Bibliothèque Mazarine. — Paul Vaillant Couturier, Enfance, souvenirs d’enfance et de jeunesse, Éditions sociales internationales, 1938, 255 p. — Romain Rolland, Journal des années de guerre 1914-1915, Albin Michel, 1951, 1913 p. — Vladimir Brett, Henri Barbusse, sa marche vers la clarté, son mouvement Clarté, Prague, Édit. de l’Académie tchécoslovaque des Sciences, 1963, 376 p. — Jolly, Dictionnaire des parlementaires français 1889-1940, tome Vl, 1970, 2 322 p. — Shaul Ginsburg, Raymond Lefebvre et les origines du communisme francais, Éditions Tête de Feuilles, 1975, 261 p. — Georges Cogniot, Parti pris, cinquante-cinq ans au service de l’humanisme réel, Tome I, D’une guerre mondiale à l’autre, Éditions sociales, 1976, 540 p. — Annie Angremy, Les dossiers préparatoires des « Hommes de bonne volonté « , Flammarion, 1985, 368 p. (Cahiers Jules Romains, n° 6).

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