KERBAUL Eugène, Marie

Par Odette Hardy-Hémery, Georges-Michel Thomas, Marc Giovaninetti

Né le 5 août 1917 à Brest (Finistère), mort le 12 août 2005 à Paris ; apprenti typographe puis facteur auxiliaire aux PTT, puis journaliste, et de nouveau typographe ; militant des Jeunesses communistes puis du Parti communiste dans le Finistère et à Paris ; résistant, membre de l’Organisation spéciale de combat (OSC) en Bretagne, interrégional des JC en région parisienne puis dans le Nord ; historien du mouvement ouvrier breton.

Fils d’un charpentier en bois syndiqué à la CGT avant 1914 et d’une mère paysanne puis couturière à domicile, Eugène Kerbaul, à douze ans, fut employé de mairie à Saint-Marc (Finistère), apprenti typographe, enfin facteur auxiliaire à Brest.

Il adhéra aux Jeunesses communistes en décembre 1935 puis au Parti communiste en janvier 1936 et fut un des fondateurs du cercle Henri Barbusse des Jeunesses communistes de Brest. Il en fut le secrétaire jusqu’en septembre 1939. Secrétaire adjoint de la Région bretonne (Finistère, Morbihan), en fait premier secrétaire, il fut envoyé en novembre 1936 à l’école nationale d’un mois des Jeunesses communistes. L’année suivante, il fit partie de la délégation nationale des Jeunesses présente au IXe congrès national du parti tenu à Arles du 25 au 29 décembre. Membre du comité de section du PCF de Brest dès sa création en mai 1936, il fit partie de son bureau en 1937 ainsi que du comité régional du parti de 1937 à 1939. Il appartenait également au comité de rédaction de l’hebdomadaire régional communiste La Bretagne ouvrière, paysanne et maritime.

En juillet 1939, il fut désigné, à son insu, membre d’un « triangle de direction » de la cellule de Brest, avec Jeanne Goasguen-Cariou, qui en était responsable, et Roger Chaigneau.

Clandestin de septembre au 27 novembre 1939, date de son départ aux armées, il fut militaire jusqu’en août 1940. Fait prisonnier, il réussit à s’échapper et, le 1er septembre 1940, il fut de retour à Brest et aussitôt reprit son activité clandestine au PC. Il participa notamment au premier sabotage d’une locomotive en novembre 1940.

À la demande de Robert Ballanger, l’interrégional du Parti pour la Bretagne, Eugène Kerbaul créa et structura l’organisation spéciale à partir de janvier 1941 pour la région brestoise. Il participa et organisa de nombreux sabotages qui retarderont l’installation de l’état-major de la Luftwaffe pour le nord de la Bretagne. En mars, il organisa une imprimerie clandestine, en avril il rentra dans une société de récupération de métaux non-ferreux opérant à l’arsenal, ce qui permit d’autres sabotages et des opérations de propagande, y compris auprès des soldats allemands, qui ne suivirent pas. Arrêté à Brest le 5 juillet 1941, Eugène Kerbaul fut interné au camp de Choisel à Châteaubriant, où il fit partie des JC clandestins détenus. Ce camp fut transféré en mai 1942 à Voves (Eure-et-Loir), où il fit partie de la direction des JC clandestins et d’où il réussit à s’évader, déguisé en gendarme, le 10 janvier 1943. Muté dans la région parisienne par le PCF, il devint responsable de l’interrégion des Jeunesses communistes (Paris, Seine, Seine-et-Oise, Seine-et-Marne), à nouveau sous la direction de Robert Ballanger. Puis il fut muté dans le Nord à la plus forte interrégion de France de la Jeunesse communiste comme officier FTP. Il réorganisa cette interrégion décimée par les arrestations. À la Libération, l’interrégion Nord des Jeunesses communistes regroupait 2 000 jeunes hommes et jeunes filles essentiellement dans le Nord et le Pas-de-Calais. Il y était connu sous le pseudonyme de « Devos » ou d’ « Arthur Devos ». Eugène Kerbaul participa à des sabotages et à des attentats. Il prit part à la libération de Lille avec deux cents jeunes communistes englobés dans l’ensemble des unités FTP. Pour ses actions de résistant et de combattant, il reçut la médaille de la Résistance et la Croix de Guerre avec palmes.

À la Libération, il devint membre du bureau national des Jeunesses communistes et, après avoir été mobilisé de février à août 1945 avec le grade de sergent dans l’armée, il retourna à Paris en août 1945, pour aussitôt participer comme « instructeur » aux tournées des cadres des jeunes communistes à travers la France, destinées à convaincre les différents groupes à accepter la transformation des Jeunesses communistes en Jeunesses républicaines (UJRF) selon le principe d’ouverture alors en vigueur. En novembre, il épousa Odette Moke, une dirigeante nordiste de l’Union des Jeunes Filles de France, qu’il avait connue quand il dirigeait l’interrégion Nord, et le couple s’installa à Paris. Eugène Kerbaul fut alors membre du bureau national de l’Union de la Jeunesse républicaine de France, bien qu’il fît partie des nombreux militants qui auraient préféré garder l’appellation communiste ; il fut d’abord pendant quelques mois responsable de l’école des Jeunesses à Villejuif, puis rédacteur en chef de l’hebdomadaire L’Avant-Garde (1946-1947) en remplacement d’Henri Kesteman. De février à août 1948, il fut délégué de la Fédération mondiale de la Jeunesse démocratique en Amérique latine : Mexique, Venezuela, Panama, Cuba. Emprisonné en Colombie, il fut finalement libéré sur intervention de l’ambassade de France. Parti pour un mois, ces mésaventures l’avaient coupé de son groupe ; il resta cinq mois Outre-Atlantique et manqua la naissance de son fils aîné.

D’août 1948 à février 1951, il fut muté comme journaliste à l’Humanité, d’abord rédacteur parlementaire, puis en politique étrangère. Il préféra reprendre alors son métier de typographe à l’Humanité, au regret du directeur Étienne Fajon qui aurait préféré garder son « seul journaliste ouvrier » ; mais le salaire de typographe était quasiment double, et un deuxième enfant était né. Il était secrétaire de cellule à l’imprimerie du journal, et, habitant un petit appartement du Faubourg-Saint-Antoine, il fut en 1951-1952 secrétaire de la section du XIe arrondissement du Parti communiste.

De 1953 à 1958, Eugène Kerbaul fut secrétaire puis secrétaire général de l’Association France-Roumanie ; il en démissionna en 1958, quand fut nommé un nouvel ambassadeur dont il ne supportait pas les manières bureaucratiques. Il fut aussi dès leur fondation membre de l’ANACR et de la FNDIRP, avec des responsabilités au Comité fédéral. Resté très attaché à sa culture bretonne natale, bien qu’il n’en parlât pas la langue, il se montra encore actif dans les mouvements bretons de la capitale et devint membre du bureau de l’Union des sociétés bretonnes de l’Île-de-France, orientée à gauche, puis secrétaire et vice-président en 1966. Il participait aussi à la Société d’Archéologie de son département d’origine, en très bons termes avec le prêtre qui la présidait, et à l’Association des Amis de la Commune de Paris.
En 1970, après avoir pris sa retraite de l’imprimerie du journal communiste, il prit la responsabilité du secrétariat d’une commission pour un musée national de la Résistance, celui qui devait voir le jour à Champigny-sur-Marne, puis, en 1971 il devint membre correspondant de l’Institut Maurice Thorez, rédigeant plusieurs articles sur l’histoire du mouvement ouvrier en Bretagne. À parti de 1980, il s’attela à la rédaction d’un Dictionnaire biographique de Militants ouvriers du Finistère, deux fois mis à jour, qui rassemble 1640 notices, et pour lequel il fut en relation avec Jean Maitron. Il publia encore une biographie de la militante communarde d’origine bretonne Nathalie Le Mel.

Habitant dans une HLM à Bagnolet depuis 1967, il s’y montra également actif, contribuant notablement à l’érection du Mur des Souvenirs au nouveau cimetière, en hommage aux victimes de la dernière guerre, lieu des cérémonies municipales du 8 Mai. Il continua jusqu’à un âge très avancé à porter témoignage des luttes du mouvement ouvrier ou de la Résistance, en région parisienne, en Bretagne ou dans le Nord - Pas-de-Calais, toujours apprécié de ses auditeurs pour ses dons d’élocution claire et persuasive. Mais sous la direction de Robert Hue, il fut tellement déçu de l’évolution de son parti qu’il finit par ne plus renouveler son adhésion. À son décès le 12 août 2005, l’Humanité publia une notice nécrologique, tout comme beaucoup d’autres journaux et revues locaux ou régionaux, associatifs ou syndicaux.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article114756, notice KERBAUL Eugène, Marie par Odette Hardy-Hémery, Georges-Michel Thomas, Marc Giovaninetti, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 20 janvier 2016.

Par Odette Hardy-Hémery, Georges-Michel Thomas, Marc Giovaninetti

ŒUVRE : Dans les serres de l’aigle Yanki, Ed. Tallres de Grafica popular, 1948, Mexico (et édition française). — « Pages d’histoire du PC à Brest de 1935 à 1943 », sept articles, Bretagne nouvelle, 1969-1970. — Collaboration aux Cahiers d’histoire de l’Institut Maurice Thorez, notamment sa contribution au colloque des historiens communistes en 1972 : « Évolution des effectifs et des structures d’une section communiste de province (Brest), 1935-1943 ». — « La Jeunesse communiste à Brest et dans le Finistère », 16 p. (manuscrit déposé aux Arch. Mun. de Brest). — 1640 Militants du Finistère, 1918-1945, Bagnolet, 1988 (regroupe sous la même jaquette 1273 Militants..., 1985, son premier cahier de mise à jour, 1485 Militants…, 1986, et son deuxième cahier, 1640 Militants…, 1988 ; y ont été ajoutés une liste de 249 Bretons volontaires des Brigades internationales et des notes biographiques sur ceux-ci). — Chronique d’une section communiste de province, Brest, janvier 1935-janvier 1943, Bagnolet, 1992, 288 p. — Nathalie Le Mel, une communarde bretonne révolutionnaire et féministe, Le Temps des Cerises, Pantin, 2003, 162 p.

SOURCES : Archives du PCF, 283 J 3, « bureau de la fédération dirigeant la JC jusqu’au 11e Congrès, décembre 1944 » ; 283 J 4, rapports d’Eugène Kerbaul sur les fédérations UJRF de la Haute-Garonne et de la Loire, octobre et novembre 1945. — Notre Jeunesse, revue de l’UJRF, en vue du premier congrès national, 1946. — L’Avant-Garde, à partir du n° 94, 12 juin 1946. — Eugène Kerbaul, 1270 Militants du Finistère (1918-1945), op. cit. — Renseignements fournis par l’intéressé. — Le Parisien, 2 novembre 2004. — À Bagnolet, magazine municipal n° 23, septembre 2005. — Guillaume Quashie-Vauclin, L’Union de la jeunesse républicaine de France. 1945-1956. Entre organisation de masse de jeunesse et mouvement d’avant-garde communiste, Paris, L’Harmattan, 2009, 268 p. — Entretiens avec Odette Moke-Kerbaul, mai-juin 2011.