JOLY Charles dit Le Carillonneur

Par Justinien Raymond, Jean Maitron et Claude Pennetier

Né et mort à Varennes-lès-Narcy (Nièvre), 14 mars 1876-29 juin 1951 ; instituteur ; syndicaliste ; militant socialiste, communiste puis socialiste-communiste de la Seine ; conseiller municipal du XVIIIe arr. de Paris de 1919 à 1943.

Charles Joly
Charles Joly

Animateur de l’Association des anciens élèves de l’École normale d’instituteurs de la Seine, Charles Joly enseigna dans le XVIIIe arr. de Paris, à l’école communale de la rue de la Guadeloupe, où il forma, avec ses collègues Émile Glay et Papillot, un noyau militant (les « trois mousquetaires » diront plus tard leurs amis) qui joua un rôle de premier plan dans le syndicalisme enseignant. Membre du Parti socialiste français (PSF) depuis 1902, il signa le 26 novembre 1905 le Manifeste des instituteurs syndicalistes. Le 3 octobre 1912, les militants l’élurent à la dangereuse fonction de secrétaire de la Fédération de l’Enseignement, syndicat sans existence légale. Le gouvernement le fit traduire devant un tribunal correctionnel pour avoir accepté la création du « Sou du soldat » dans son organisation, puis le fit frapper de la peine de la censure pour avoir, dans un ordre du jour, appelé le ministre de l’Instruction publique, Gabriel Guist’hau, « au respect de la vérité ». Il subit la même sanction en janvier 1921 pour infraction à la loi de 1884 sur les syndicats. Au congrès de Bourges (septembre 1919), cédant devant les menaces gouvernementales, et avec l’approbation d’Émile Glay et de l’avocat Pierre Laval, il démissionna de sa responsabilité. André Chalopin prit la relève malgré les menaces de révocation. Les articles de Joly parurent sous la signature du « Carillonneur » dans La Revue de l’Enseignement primaire et primaire supérieur de 1906 à la Première Guerre mondiale.

Mobilisé d’août 1914 à janvier 1919, Joly affirma, en 1926, avoir « dénoncé tout de suite les responsabilités, non seulement lointaines, mais immédiates de tous les belligérants ». (Le Conseil municipal : nos édiles, op. cit. p. 216.) Il envoya aux Semailles (journal syndical de la Seine) de petits articles que la censure coupa souvent. Un texte du 27 janvier 1918 témoigne de sa sympathie pour la Révolution russe et le système soviétique : « Il semble que la vie russe ait créé une institution originale et neuve. On nous affirmait que les Soviets dureraient ce que dure la première effervescence révolutionnaire. Mais les Soviets ont grandi. Et rien ne leur résiste » (cité dans Nos édiles, op. cit.). Dès son retour à la vie civile, le conseil fédéral de l’Enseignement le coopta. Louis Bouët* le prit cependant à partie au congrès fédéral de Tours (août 1919) en rappelant que Glay et Joly avaient voulu, au congrès de Bourges (1913), avec le concours de Pierre Laval, transformer les syndicats en sections d’amicales, et refusé alors, avec Roussel, de siéger au conseil fédéral. Il s’étonnait dès lors de leur retour dans les organismes de direction. Glay et Joly s’engagèrent à quitter les Amicales avant le mois d’octobre. Mais bientôt la vie politique prit le pas sur l’action syndicale.

Le 30 novembre 1919, Charles Joly fut élu conseiller municipal socialiste du quartier de La Chapelle (XVIIIe arr.), par 2 806 voix sur 5 047 votants et 7 794 inscrits. Il garda ce mandat jusqu’en 1943. Signataire de la motion Cachin*-Frossard*, il fut désigné au congrès de Tours, le 30 décembre 1920, membre de la commission de contrôle du Parti adhérant à la IIIe Internationale et réélu au IIe congrès du Parti communiste (Paris, 15-20 octobre 1922). Les incidents sanglants de la rue Damrémont (XVIIIe arr.), entre le service d’ordre communiste et les Jeunesses patriotes, furent utilisés par ses concurrents aux élections municipales de mai 1925. Joly affirma : « La venue dans un quartier prolétarien des centuries fascistes, leur défilé en colonnes par quatre constituent une provocation qui met les ouvriers en état de légitime défense » (Nos édiles, op. cit.) Il recueillit 2 812 voix contre 811 au socialiste SFIO Mouclair, sur 5 348 votants et 6 346 inscrits. À l’Hôtel de Ville, il s’attacha aux questions d’enseignement et fit chaque année la critique du budget de la préfecture de Police. Ses interventions comme ses questions écrites publiées par le Bulletin municipal officiel savaient retenir l’attention par des traits d’esprit. Bon orateur, employé dans de nombreux meetings à Paris et en province (particulièrement dans son département natal, la Nièvre), bon administrateur, Joly fut réélu sans difficulté en mai 1929, dès le 1er tour, avec 2 762 voix. De retour d’URSS en mars 1929, il prononça, salle Bullier à Paris, un discours qui dressait un bilan flatteur des réalisations « formidables » du premier pays communiste ; il condamnait « ceux qui, comme Trotsky, se mettent maintenant en travers de la marche de la révolution » et transmettait le vœu des ouvriers russes : « Que nos camarades français se groupent solidement dans leurs organisations révolutionnaires pour défendre l’URSS et transformer la guerre impérialiste en guerre civile. »

Quelques mois plus tard, Joly et cinq autres conseillers municipaux de Paris (les « six » : Louis Castellaz*, Louis Gélis, Jean Garchery*, Camille Renault, Louis Sellier*) quittèrent le Parti communiste. Inquiets des sanctions qui s’abattirent à partir de septembre 1929 sur des journalistes de l’Humanité, des minoritaires de la CGTU (Gabriel Auclerc, J. Bonamour, Henri Boville*, Fournol, Poussif), des conseillers généraux de la Seine (Louis Duteil, Jules Lauze*, Louis Laporte*), des maires (Charles Auffray*), les « six » envoyèrent, à la conférence des élus réunie le 11 novembre 1929, une lettre qui fut interprétée par le Bureau politique comme un acte de « rébellion ». En fait, le texte très critique sur les méthodes de direction ne manifestait « aucun désaccord avec la politique définie par le VIe congrès » du PCF. Le 20 novembre, ils firent placarder une affiche intitulée : « Les élus communistes de Paris au prolétariat » qui annonçait la rupture avec le Parti communiste et la formation d’un nouveau parti. Le POP (Parti ouvrier-paysan) naquit au congrès de Clichy le 22 décembre 1929, puis fusionna le 21 décembre 1930 avec l’Union socialiste-communiste pour former le PUP (Parti d’unité prolétarienne) qui compta Joly parmi les membres de son Comité central. Pendant le même mois, parut une brochure qui retraçait l’historique du conflit sous le titre Le Réquisitoire des Six.

En juillet 1931, Joly devint président de la 12e commission (transports en commun) du conseil général de la Seine. Aux élections municipales de mai 1935, il arriva en tête des candidats de gauche avec 2 007 voix contre 1 492 au communiste Georges Roux et 195 au socialiste SFIO Auguste Budry, sur 5 816 inscrits et 4 928 votants. Pour la première fois, son élection ne fut assurée qu’au second tour avec 3 055 voix sur 4 365 votants. La Révolution prolétarienne du 10 juillet 1935 annonça son adhésion au Manifeste contre la Guerre, assortie du commentaire suivant : « J’ai fait la guerre pour Nicolas II, je ne veux pas la refaire pour Staline. »

Charles Joly resta représentant du XVIIIe arr. au conseil municipal désigné par le gouvernement de Vichy, jusqu’en 1943.

Charles Joly était marié et sans enfants.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article114641, notice JOLY Charles dit Le Carillonneur par Justinien Raymond, Jean Maitron et Claude Pennetier, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 5 août 2015.

Par Justinien Raymond, Jean Maitron et Claude Pennetier

Charles Joly
Charles Joly

SOURCES : Arch. Nat. F7/13263, F7/13264. — Les Cahiers du Bolchevisme, décembre 1929. — L’Humanité, 24 novembre 1919, 21 octobre 1922, 22 avril 1925, 28 avril 1929, 17 novembre 1929. — La Révolution prolétarienne, n° 202, 10 juillet 1935. — Ça ira, n° 0, 21 janvier 1930 ; n° 35, 27 décembre 1930. — L’École libératrice, 19 septembre 1936. — Le Conseil municipal : Nos édiles, op. cit., 1926. — Le Congrès de Tours : édition critique, op. cit., p. 829. — Le syndicalisme dans l’enseignement, op. cit. — Hubert-Rouger, Les Fédérations socialistes, III, p. 186. — Compère-Morel, Grand Dictionnaire socialiste, p. 447. — Note de Jacques Girault.

ICONOGRAPHIE : Le Conseil municipal : Nos édiles, op. cit., 1926. — Hubert-Rouger, op. cit., p. 228.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément