JOBLIN Auguste, Louis, Marius

Par Antoine Olivesi

Né le 24 octobre 1876 au Muy (Var), mort le 18 juillet 1946 à Marseille ; traminot ; conseiller municipal socialiste de Marseille ; secrétaire général du syndicat CGT des traminots de Marseille pendant trente ans, de 1905 à 1935.

Auguste Joblin fut wattman à Marseille, avant 1914, sur le tramway circulaire des quartiers de la Belle-de-Mai où il résidait. Il milita dès le début du siècle à la CGT et était, en 1905-1906, membre du conseil d’administration de l’Union des chambres syndicales ouvrières des Bouches-du-Rhône, plus réformiste que révolutionnaire et déjà critiqué par les syndicalistes les plus avancés pour ses méthodes conciliantes de négociateur, notamment en juillet 1909.

Joblin, en effet, s’appliqua toujours à établir une nette distinction entre les grèves corporatives et les grèves à caractère politique. Ainsi le 17 novembre 1912, 1 800 traminots se mirent en grève, à son appel, par solidarité avec un de leurs camarades, Capazza, injustement condamné à deux mois de prison et à 50 francs d’amende. Mais, un mois plus tard, il invoqua cette grève récente pour refuser de participer à la journée organisée contre la guerre par la CGT, le 16 décembre ; il déclara qu’une nouvelle grève « indisposerait la population contre les traminots marseillais », lesquels, du reste, le soutinrent en bloc. De même les syndicalistes déplorèrent que les tramways aient circulé à Marseille le 1er Mai 1913. Une minorité de contestataires essaya, en septembre, d’ébranler la position de Joblin à l’intérieur de son syndicat, alors qu’un rapport du commissaire spécial vantait « son action modératrice et conciliante [...] son refus d’associer sa corporation aux manifestations révolutionnaires de la CGT ». C’est pourquoi, au début de l’année 1914, ses relations avec l’UD étaient plutôt tendues, Joblin ayant négligé, malgré de nombreux rappels à l’ordre, de reverser à l’UD les cotisations dues par le syndicat des traminots.

En revanche, à partir du 30 mai 1914, Joblin et son syndicat, à l’unanimité, entamèrent un mouvement de grève qui entraîna un arbitrage le 6 juin, puis la signature d’un accord, le 8, au sujet des salaires, dans des conditions favorables aux traminots. Joblin continua à négocier avec la Compagnie des tramways jusqu’au début juillet.

Sur le plan politique, Joblin avait été candidat aux élections municipales de mai 1908, dans la 3e section de Marseille, sur une liste socialiste indépendante, favorable au Bloc des gauches, conduite par Schurrer et qui affronta, au premier tour, la liste SFIO de Bernard Cadenat*. Après une campagne houleuse, cette liste se désista finalement pour ce dernier, au second tour.

Mobilisé pendant la guerre — il était maréchal de logis au 14e escadron en 1918 — il obtint une permission de huit jours, en avril, à la demande du préfet des Bouches-du-Rhône qui télégraphia le 6 (télégramme chiffré) à son collègue de Lyon, pour que Joblin puisse venir à Marseille calmer les traminots qui menaçaient de se mettre en grève. Cette permission fut accordée le 8. Les traminots marseillais obtinrent une augmentation de 75 centimes, mais se mirent tout de même en grève malgré les consignes de Joblin et du syndicat. Il y eut des incidents et une trentaine d’arrestations.

L’influence modératrice de Joblin se manifesta également en 1919. Il était alors devenu contrôleur des tramways et conseiller prud’homme. Secrétaire général du syndicat des ouvriers et employés des tramways, il se prononça pour la reprise du travail lors des grandes grèves de septembre 1919. Houspillé et bousculé par la base, mécontente, il fut obligé de se réfugier, le 14 septembre, sous la protection de la police, dans une maison proche de la Bourse du Travail. Il négocia et obtint finalement un compromis sur la base de 18 francs par jour que les syndiqués finirent par accepter. Bien entendu, il se rangea du côté des majoritaires de la CGT en 1920, dénonçant, dans un appel, en septembre, avant le congrès d’Orléans, la démagogie des minoritaires, et votant, en 1921, au congrès de Lille, pour la majorité.

Joblin fut, de nouveau, sollicité aux élections législatives de 1919 par la liste de concentration républicaine qui recherchait une caution syndicale, mais la CGT s’y opposa. Ce fut également au titre de syndicaliste qu’il fut candidat et élu quelques semaines plus tard sur la liste Flaissières aux élections municipales à Marseille, et nommé conseiller technique auprès du maire pour la question des tramways. Il fut réélu en 1925, après avoir été mis en ballottage au premier tour et obtenu, au second, 43 470 voix sur 125 404 inscrits. Joblin adhéra à la SFIO à une date que nous ne pouvons déterminer exactement. Il fut l’un des édiles socialistes les plus contestés pendant la période 1919-1929 (cf. Massalia du 1er décembre 1928), mais on lui doit, et c’est l’une des causes de son influence durable, d’avoir obtenu de la municipalité la convention selon laquelle la ville de Marseille prenait à sa charge le déficit de la compagnie des tramways, ce qui était, pour les travailleurs, une garantie concernant leur emploi et leurs salaires.

Joblin n’en demeura pas moins la cible des communistes qui dénoncèrent en lui « l’homme-lige de la compagnie des tramways », comme le fit Barbarroux, par exemple, le 17 janvier 1927 lors d’une réunion des cellules du PC, et qui le combattirent de l’intérieur, dans son syndicat, avec David Peyrot*, à la tête d’une minorité unitaire, mais décidée à rester dans la CGT. Joblin fut ainsi accusé d’avoir fait échouer une grève des traminots de 24 heures, en octobre 1925, contre les guerres du Maroc et de Syrie.

En 1934, Rouge-Midi lui reprocha de s’être enrichi, avec Léon Bon* et son équipe, lors du renouvellement des conventions, et de s’opposer à la construction d’un métro à Marseille, ce qui aurait fourni du travail aux chômeurs. La conjoncture, il est vrai, ne se prêtait guère à cette entreprise. En 1919, Joblin, lors de sa campagne électorale, s’était prononcé pour l’édification d’un métro qui aurait été géré par la compagnie des tramways, et un plan de métro fut effectivement élaboré à cette époque, puis abandonné pour des raisons financières. Le 10 février 1934, Rouge-Midi critiqua cette fois Joblin pour avoir réclamé des lignes d’autobus à Marseille. Bien entendu, les communistes lui reprochèrent aussi, à la même époque, son peu d’ardeur pour l’unité d’action.

Candidat de nouveau en 1935, sur la liste SFIO, il fut élu dans le 2e secteur dont faisait partie le 5e canton — donc la 5e section à laquelle il appartenait — avec 18 607 voix au second tour sur 38 655 inscrits. Il devint 6e adjoint au maire, Tasso, délégué aux tramways et à l’éclairage. Il participa aux grèves et aux négociations de la période, faisant annuler, le 24 janvier 1936, par exemple, une baisse des salaires.

Au début janvier 1936, Joblin démissionna de son poste de secrétaire général du syndicat du personnel des tramways et fut remplacé par Laugier. Pendant trente ans, donc, il avait su conserver la confiance de la majorité des traminots marseillais, 4 500 à 6 000, selon les époques, ce qui représentait, sur le plan syndical ou électoral, une force importante.

Le 10 avril 1938, Joblin signa l’appel des ex-confédérés favorable à la tendance « Syndicats ». En 1940, il figurait toujours sur la liste des conseillers prud’hommes de Marseille (catégorie industrie). Il était déjà membre du conseil en 1914 et l’avait présidé en 1929. Il fit campagne pour les candidats SFIO aux élections municipales partielles de février 1939 à Marseille.

Joblin mourut à Marseille le 18 juillet 1946 et fut inhumé le 20. Il était chevalier de la Légion d’honneur.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article114636, notice JOBLIN Auguste, Louis, Marius par Antoine Olivesi, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 24 novembre 2010.

Par Antoine Olivesi

ŒUVRE : Articles dans des bulletins syndicaux, tels que l’Écho des Tramways, et dans Le Petit Provençal, notamment le 13 décembre 1919 sur un projet de maison de repos pour les traminots.

SOURCES : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône, II M 3/54 (rapport de police du 10 octobre 1919 ; V M 2/218, 224 et 245 (rapport du 26 et 29 novembre 1919) V M 2/254, 255, 256, 282, 283, 289, M 6/3412 (rapport de police du 13 décembre 1912 M 6/8321 (rapport de police du 11 septembre 1920) ; M 6/10802, rapport du 13 octobre 1925, M 6/10805, rapport du 7 novembre 1926 ; M 6/10806 rapport du 18 janvier 1927 ; M 6/10 809, rapport du 8 janvier 1936 ; 10824 (rapport du 17 janvier 1909) 10839 (rapport de police du 25 janvier 1936) et 11379 (rapport préfectoral de 1934) ; XIV M 25/50, rapports des 6, 9 et 25 avril 1918 ; XIV M 24/62, rapport du 22 janvier 1935 (préfet) ; XIV M 25/47, rapport cité du 29 septembre 1913 ; XIV M 25/51 (rapports des 14 et 15 septembre 1919). — Arch. Com. de Marseille, listes électorales de 1937. — Le Petit Provençal, avril-mai 1908, 19 novembre 1912 (photo), 31 mai 1914, 22 avril 1918 ; 1er et 13 décembre 1919 ; avril-mai 1925 ; avril-mai 1935 (photo du 2 mai) 13 avril 1938 ; 25 janvier 1939. — L’Ouvrier Syndiqué, 15 mai 1909, 23 juillet 1912, 15 mai 1913. — Rouge-Midi, 6 janvier, 10 février, 5 mai, 12 mai, 20 octobre 1934. — Massalia, 1er décembre 1928. — Le Provençal (courte nécrologie), 20 juillet 1946. — Indicateur Marseillais, 1905, 1906, 1914, 1919. — P. Barrau, J. Bonnabel et J. Bally, Le Mouvement ouvrier à Marseille... thèse et mémoires cités. — D. Moulinard, Le Parti communiste à Marseille, op. cit. — J. Galanis, Les élections de 1919..., op. cit. — Renseignements communiqués par Henri Peyrot.

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