JULLIEN Henri

Par Jean Maitron

Né le 9 mars 1908 à Hanoï (Tonkin), mort le 22 juillet 2002 à Ollioules (Var) ; avocat ; militant socialiste avant la Seconde Guerre mondiale, militant anarchiste depuis 1944 ; franc-maçon.

Henri Jullien est le petit-fils de Paule Mink* dont une ample biographie figure dans le Dictionnaire et le fils de Henri Jullien, secrétaire du groupe de Boulogne-sur-Seine du Parti ouvrier socialiste révolutionnaire (POSR) et l’un des trois fondateurs du Magasin de Gros des Coopératives de France.

Henri Jullien fit ses études primaires en Angleterre puis à Tours (Indre-et-Loire) ; il poursuivit sa scolarité dans le secondaire chez les Dominicains à Fribourg en Suisse puis quitta le collège en troisième et continua seul ses études à Mayence, en étant employé à la régie des chemins de fer des Territoires occupés. En 1924, âgé de seize ans, il passa le baccalauréat latin-grec et adhéra à la Jeune République de Marc Sangnier*. Il fut alors menacé d’expulsion de Rhénanie pour menées subversives et se rendit à Paris où il suivit normalement son année de Philosophie (1924-1925) au lycée Condorcet où il eut pour professeur Félicien Challaye* avec lequel il restera ensuite en contact et avec qui il tint notamment une série de réunions publiques lors de l’affaire Sacco-Vanzetti. En 1927, Henri Jullien adhéra au Parti socialiste SFIO et appartint au comité socialiste révolutionnaire de Maurice Maurin*, Maigret, Cabrera et autres, de la tendance dite l’Étincelle socialiste. Après avoir, avec Maurin, Maigret et Cabrera, fréquenté toutes les sections de Paris, Seine et Seine-et-Oise et un grand nombre de sections de Seine-et-Marne, il démissionna du Parti socialiste lorsque celui-ci accepta de voter la loi Paul-Boncour sur l’organisation de la nation armée. Il s’affilia alors à la 14e section parisienne de l’Union socialiste-communiste où il retrouva Félicien Challaye*, Paul Quilici, Paul Louis, Georges Pioch*, etc. Au congrès de 1927 de l’USC, il fut élu membre de son Comité central.

En janvier 1928, grâce à l’amitié de Victor Méric*, il entra dans la carrière journalistique. Tout en préparant sa licence de droit, il travailla au Soir (directeurs : Georges Bonnet et Édouard Daladier ; directeur adjoint : L.-O. Frossard ; rédacteur en : Robert Tourly et secrétaire général : Robert Lazurick*).

En 1929, au congrès de Hambourg, il devint secrétaire général du Bureau international des Jeunesses socialistes révolutionnaires qui dépendaient elles-mêmes du Bureau international des Partis socialistes révolutionnaires. L’année suivante, le Soir ayant fait faillite, il vint à Marseille où il arriva le 1er mai. Il travailla à Marseille Matin puis devint rédacteur en chef de Marseille Soir, quotidien d’information.

Le 21 juin 1929, Henri Jullien avait été reçu Compagnon et Maître à la Loge Esperanto, son parrain étant Charles Lussy. Reçu au 4e degré en 1933, il gravit ensuite tous les échelons pour être au 33e à partir de 1949. Il fut appelé à trois reprises : 1949, 1955 et 1956, à présider le Convent de la Grande Loge après avoir été Conseiller Fédéral (1950) et grand maître adjoint de la Grande Loge en 1951. En 1959, après le Convent qui décida de la rupture entre la Grande Loge et le Grand Orient, il publia une plaquette de 24 pages intitulée : Pourquoi j’ai démissionné de la Grande Loge et adhéré au Grand Orient.

En 1932, Henri Jullien épousa la fille ainée de Paul Quilici et quitta l’USC devenu PUP (Parti d’unité prolétarienne) pour retourner au Parti SFIO et appartenir à la tendance Zyromski qu’il quitta bientôt pour rejoindre la tendance qu’il estimait libertaire, de Marceau Pivert*. Il était alors adhérent de la IIe section de Marseille ainsi que du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes (CVIA).

Syndiqué à la CGTU lorsqu’il était salarié, il avait fondé avec Paul Quilici et quelques autres en 1935, après le congrès de réunification syndicale, le premier syndicat confédéré de journalistes qui dura jusqu’en 1940 et dont il fut le secrétaire adjoint. C’est alors que, pour ne pas avoir à s’incliner devant la censure de Vichy, il abandonna le journalisme et se fit inscrire au Barreau.

Pendant les années 1940-1944, il participa à la Résistance et prit contact avec les anarchistes. En 1944, il fut réadmis à l’unanimité à la IIe section marseillaise du Parti socialiste malgré l’opposition de Gaston Defferre. Peu après, il en démissionna et il adhéra, l’année suivante, au groupe Marseille-Centre de la Fédération anarchiste dont il est encore membre en 1988.

Militant coopérateur jusqu’en 1931, Henri Jullien demeura ensuite mutualiste et fit partie du conseil d’administration de l’« Union fait la Force », groupe anarchiste à l’origine mais devenu société mutualiste en 1927 afin d’être autorisé à exister et qui comptait en 1986 quelque 10 000 adhérents. Depuis 1949, Henri Jullien fut président, au plan régional, de la SIA (Solidarité internationale antifasciste) et membre du Comité de patronage du CIRA (Centre international de Recherches sur l’Anarchisme), annexe de Marseille fondé en 1965.
Vers la fin de sa vie, il s’installa avec sa femme à Olioulles. Il y mourut le 22 juillet 2002. Il n’a pas eu d’enfant.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article114605, notice JULLIEN Henri par Jean Maitron, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 15 novembre 2016.

Par Jean Maitron

ŒUVRE : En dehors de l’importante activité journalistique française de H. Jullien, il convient de signaler qu’il fut gérant, vers 1928 et jusqu’en 1931, du journal Morgen Stern, journal du groupe parisien de la Zukunft, organe de la Jeunesse du Bund, Parti socialiste des ouvriers juifs de Pologne dont le secrétaire était Wejsbrod. Il collabora aussi en 1936, à Notre Revue (Nasz Przeglad) qui paraissait à Varsovie en deux langues (hébreu et polonais). Enfin il collabora, du fait de ses origines maternelles polono-slaves, avec Victor Alter, président du Bund, Parti socialiste des ouvriers juifs de Pologne, à la coopération entre Juifs et Polonais slaves.

SOURCE : Cette biographie de H. Jullien doit tout aux notes de René Bianco de Marseille. – Compléments de Pierre Nourissier.

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