GOLDSMITH Maria, Isidorovna, dite CORN Maria ou CORN Isidine

Par Jean Maitron

Militante anarchiste.

D’origine russe, étudiante à Paris, Maria Goldsmith adhéra, en juin 1892, aux ESRI (Étudiants socialistes révolutionnaires internationalistes), association fondée en décembre 1891. Elle participa activement, à partir de 1898, à la rédaction des brochures publiées par les ESRI. En dehors du groupe, M. Goldsmith fréquentait les milieux révolutionnaires russes.

Docteur ès sciences, mais non naturalisée, Maria Goldsmith fut, de 1902 à 1919, secrétaire de l’Année biologique fondée par Yves Delage mais ne put finalement obtenir une situation stable après la disparition, en 1920, de son « patron » qu’elle avait beaucoup aidé dans ses travaux, surtout lorsqu’il fut frappé de cécité presque complète en 1904. Avec lui, elle publia Les Théories de l’évolution et La Parthénogénèse naturelle et expérimentale.

Marie Goldsmith collabora, sous des pseudonymes, à la presse anarchiste et notamment à la revue Plus Loin (n° 1, 15 mars 1925) du docteur Pierrot, un des signataires du « Manifeste des Seize » d’union sacrée, 28 février 1916. C’est dans cette revue que M. Goldsmith fit paraître, en novembre 1928, sous le pseudonyme Isidine, un article qui, au dire de Pierrot, « clôt définitivement le débat » (Plus Loin, n° 95, mars 1933) opposant adversaires et partisans de l’union sacrée, en donnant finalement raison à ces derniers ainsi qu’en témoignent les extraits suivants : « Oui, il y a incontestablement une contradiction dans l’attitude des anarchistes qui, dans la Grande Guerre, se sont rangés du côté d’un des adversaires [...]. On ne peut nier que la participation à une guerre ne soit une violation des principes pacifistes et antimilitaristes, que le fait d’entrer dans une armée et de se soumettre à la discipline ne soit une importante concession. Mais ce manque de logique n’est-il pas inhérent à la vie elle-même ? [...]

« Si la participation à la guerre viole les principes pacifistes et antimilitaristes, la non-résistance aux armées d’invasion constitue une violation au moins aussi grande du principe primordial de la résistance à l’oppression, un abandon au moins aussi grand de l’esprit de révolte [...].

Des deux principes en conflit, quel est le plus général, le plus profond, le plus précieux : le principe pacifiste et antimilitariste ou le principe de la résistance à l’oppression ? Incontestablement ce dernier. L’antimilitarisme n’est qu’une forme particulière de l’opposition à l’État, comme la guerre n’est qu’une manifestation particulière de l’organisation capitaliste et hiérarchique de la société. Au contraire, l’idée de la résistance, de la lutte contre un pouvoir fort, de la défense des droits et des libertés de chaque groupement social, de la lutte contre la réaction sous toutes les formes, est l’idée fondamentale de l’anarchisme. »

Toutefois, en dépit de ces affirmations le débat n’était pas clos sur l’attitude des anarchistes en 1914 et le ralliement de certains d’entre eux à la défense de la France devait jouer un grand rôle dans l’histoire ultérieure du mouvement. « Chaque fois qu’on touche à ce point, écrivait M. Isidine dans le même numéro de Plus Loin, les colères reprennent avec une nouvelle force. »

Maria Goldsmith se suicida, le 11 janvier 1933, deux jours après la mort de sa mère, dans la nuit des 8-9 janvier.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article114445, notice GOLDSMITH Maria, Isidorovna, dite CORN Maria ou CORN Isidine par Jean Maitron, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 4 avril 2018.

Par Jean Maitron

ŒUVRE : Traduction des Lettres historiques de P. Lavrov, Paris, 1903.

SOURCES : Jean Maitron, Le Mouvement anarchiste en France, op. cit. — Jean Maitron, « Le groupe des ESRI de Paris, 1892-1902 », Le Mouvement social, n° 46, janvier-mars 1964. — Plus Loin, n° 95, mars 1933 (article du Dr Pierrot).

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