GLAY Émile

Par Henri Dubief

Né le 2 septembre 1878 à Moyenmoutier (Vosges), mort le 24 février 1936 à Paris ; instituteur ; secrétaire général adjoint de la Fédération des Amicales d’instituteurs, secrétaire général adjoint du syndicat national des instituteurs, secrétaire général de la Ligue de l’Enseignement.

Le père de Glay était charpentier et contremaître dans une scierie, sa mère était couturière. Orphelin de père très tôt, Émile Glay connut la misère puis fut recueilli par son oncle Auguste Charlot, instituteur à Ennery (Seine-et-Oise) et militant républicain. Cet oncle se retira au moment de sa retraite à Montigny-lès-Cormeilles (Seine-et-Oise) et prépara son neveu au concours des Écoles normales. Glay fut admis à seize ans à l’EN d’instituteurs d’Auteuil où il fut marqué par l’enseignement du directeur Devinat (1894-1897). Il fut ensuite instituteur à Bobigny, puis à Clichy. Avec Roussel et Charles Joly* (futur conseiller municipal de Paris), il milita dès sa sortie de l’École normale pour le socialisme et la Libre Pensée dont il dirigea la section d’Herblay. Il accomplit son service militaire à Falaise et éprouva des ennuis après qu’on eut trouvé dans son paquetage des écrits socialistes. Il ne voulut pas suivre le peloton d’élève officier et refusa les galons de caporal. De 1899 à 1925, Glay fut instituteur dans le XVIIIe arr. où il eut pour collègues les militants socialistes et syndicalistes Papillot et Joly. Il mena une action dreyfusarde et, en 1901, adhéra à la Loge maçonnique « L’Étoile polaire » qui aida à son élection comme conseiller départemental en 1905.

En 1902, il était entré à la jeune Amicale des anciens élèves de l’École normale d’Auteuil. Trois ans plus tard, il lançait avec Roussel et Dufrenne le Manifeste des instituteurs syndicalistes. En 1907, au congrès des Amicales d’instituteurs de Clermont-Ferrand, il défendit les thèses syndicalistes et controversa avec son ancien maître Devinat. Cette même année il prit la défense de Nègre, dans la Revue de l’Enseignement primaire à laquelle il collaborait depuis 1904 et dans l’Humanité. Il fut alors l’objet d’une sanction administrative. Nommé secrétaire général de la Fédération des Amicales, il soutint avec Roussel la Fédération des syndicats, notamment après le congrès de Chambéry de 1912. Sa résistance au gouvernement lui valut alors un nouveau blâme et 25 francs d’amende. Au moment de la guerre, Glay refusa de céder au courant d’union sacrée, mais il se battit bravement. Mobilisé au 46e régiment d’infanterie comme soldat de deuxième classe, il termina la guerre comme lieutenant en juillet 1916 après avoir été deux fois cité puis renvoyé dans ses foyers en février 1919.

Après la guerre, il fit partie des leaders qui firent décider au congrès de 1919 la transformation de la Fédération des Amicales en Fédération des syndicats d’instituteurs. En même temps était décidée l’adhésion à la CGT de la Fédération nouvellement créée. Le ministre de l’Instruction publique, Honnorat, ayant ordonné la dissolution de la Fédération et des syndicats départementaux adhérents, les syndicalistes résistèrent et Glay figura parmi les dirigeants inculpés en 1920, l’année même où la Fédération se transformait en Syndicat national. De 1920 à 1922, il assuma les fonctions de secrétaire adjoint avec Deghilage. Quant aux poursuites, le syndicat fit appel et fit durer la procédure jusqu’en 1924, année où la nouvelle majorité parlementaire fit suspendre l’action judiciaire les syndicats de fonctionnaires étant désormais tolérés.

Glay, devenu secrétaire général adjoint, fut plus spécialement chargé des rapports avec les autres organisations syndicales, surtout la Fédération des Fonctionnaires et la CGT. Il entra à la CA de la Fédération générale de l’Enseignement de la CGT et assura les liaisons du syndicat avec l’extérieur (partis politiques, etc.). Au congrès de 1923 du SNI, Glay critiqua vivement Millerand alors président de la République et fut à nouveau l’objet de sanctions administratives. Lors des élections de 1924, il recommanda de s’adresser à la CGT, à la Ligue des droits de l’Homme, aux Loges dans l’action que le SNI menait contre le Bloc National.

De 1925 à 1933, il fut membre suppléant du Conseil national économique au titre du Travail-enseignement.

Secrétaire de rédaction du Bulletin mensuel du SNI de 1920 à 1929, il collabora en outre au Manuel général de l’Instruction publique, au Peuple, à la Tribune des Fonctionnaires, remplit une année les fonctions de rédacteur en chef de la Revue de l’Enseignement primaire et écrivit avec Champeau L’Instituteur et l’école primaire en France ainsi que des manuels scolaires.

En 1932, Glay prit sa retraite. En août, au congrès de Clermont-Ferrand Delmas, qui lui succédait au secrétariat général, le salua en ces termes : « Quand ils [les instituteurs] ont vu des leurs se lever en face des puissants, traiter avec eux par la parole, sur les tribunes publiques et dans la presse, d’égal à égal, ils ont éprouvé une profonde fierté, et par le fait qu’ils ont éprouvé cette fierté, ils se sont eux-mêmes élevés. »

Glay demeura à la Commission permanente jusqu’en 1933, fut secrétaire général de la Ligue de l’Enseignement et siégea au Comité Central de la Ligue des droits de l’Homme dont il fut un temps vice-président (1909-1921). Il mourut en 1936 alors qu’il venait d’être nommé chargé de mission au cabinet du ministre de l’Instruction Publique.

Disciple de Ferdinand Buisson (il prononça un discours à ses obsèques), Glay a représenté la tendance d’un socialisme proche du radicalisme, d’un syndicalisme réformiste collaborant avec l’État démocratique.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article114438, notice GLAY Émile par Henri Dubief, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 7 novembre 2018.

Par Henri Dubief

ŒUVRE : Glay a écrit dans de nombreux journaux et bulletins corporatifs. Il a collaboré également à des journaux politiques : L’Humanité, L’œuvre, L’Ère nouvelle, La Lumière.

SOURCES : La Vague, 17 juillet 1919. — F. Bernard, Le Syndicalisme dans l’Enseignement, Avignon, s.d. — Ferré, Histoire du Mouvement syndicaliste révolutionnaire chez les instituteurs, Paris, 1955. — A. Bianconi, Le SNI, 1920-1939, thèse, Paris, 1964, 385 pp. dactylographiées. — Notes d’Henri Dubief.

ICONOGRAPHIE : La CGT, op. cit., p. 383.

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