FRÉCON

Par G. Raffaëlli

Typographe, syndicaliste (CGT).

Ouvrier typographe de Saint-Étienne (Loire), Frécon accéda aux responsabilités syndicales à la suite du mouvement de mai 1918 qui désorganisa les groupements de la Loire. Il fut, le 25 mai 1918, désigné provisoirement comme remplaçant de Flageollet* alors arrêté. D’opinions minoritaires, mais soucieux du respect du cadre organisationnel, il s’opposa d’emblée, au Comité de Défense syndicaliste, dont il refusa de recevoir « les ordres », car « il n’appartient pas au syndicat ». Archiviste de l’UD puis délégué au comité national confédéral de la CGT, ses opinions évoluèrent très rapidement vers les thèses de la majorité. En mars 1919, le commissaire spécial de Saint-Étienne présentait ainsi celui qui était devenu secrétaire de l’Union départementale : « D’une intelligence moyenne, peu expérimenté, trop nouveau venu, incapable de s’imposer, n’est pas de taille à dominer ses adversaires révolutionnaires. » Néanmoins, Frécon parvint un moment à s’imposer : en février 1919, il fit décider par le comité exécutif de l’UD « que le délégué du comité intercorporatif ne serait plus admis aux délibérations » car ledit comité était antistatutaire ; en juin 1919, en accord avec la direction confédérale, il refusa de se solidariser avec la grève des mineurs et métallurgistes de Firminy. Celui que le préfet présentait en mars comme un « minoritaire non intransigeant » était devenu en juillet, aux dires du commissaire spécial, « un majoritaire à tous crins [...] partisan du programme minimum de la CGT ».

À plusieurs reprises, il vota dans les instances confédérales en sens contraire du mandat donné par le comité général de l’UD (ainsi en décembre 1918, février et mai 1919). En mai 1920, il considéra la grève comme une erreur et tenta de s’opposer à toute initiative qui n’aurait pas le consentement de la CGT. Devant les travailleurs en grève réunis au Jardin des plantes, il prononça une allocution quelque peu démoralisatrice, qui lui valut quelques huées et le qualificatif de « traître ».

En fait, sa position devenait de plus en plus intenable, la pression des minoritaires s’étant faite, depuis mars 1919, progressivement très forte. Devant l’opposition d’une grande partie des syndicats, il démissionna du comité général et de l’UD le 20 juin 1920 et quitta la Loire le mois suivant, en emportant une partie des archives de l’UD.

Début 1920, Frécon fut délégué pour créer l’UD de la Haute-Loire au Puy. Il représentait alors, selon la police, « les tendances minoritaires bien édulcorées » ce qui confirme les autres rapports concernant ce militant.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article114184, notice FRÉCON par G. Raffaëlli, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 12 novembre 2016.

Par G. Raffaëlli

SOURCES : Arch. Nat. F7/12 994, F7/12 998, Saint-Étienne, 24 février 1920, F7/13 274, F7/13 570. — Arch. Dép. Loire, 19 M 39, 92 M 257, 92 M 258. — Le Peuple de la Loire, octobre 1919. — M. et G. Raffaëlli, Le Mouvement syndical contre la guerre dans la Loire, 1914-1920 (Mémoire de Maîtrise, Nanterre, 1969).

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