FRANCE Eugène, Albert, Alexandre

Par Michel Thébault

Né le 28 décembre 1906 à Vichy (Allier), tué le 19 juillet 1944 au lieu-dit La Chaize de Morterolles, commune de Saint-Pardoux-Lavaud (aujourd’hui Saint-Pardoux-Morterolles, Creuse) ; militant communiste ; résistant et responsable politique FTPF.

Né dans le département voisin de l’Allier, Eugène France était le fils de Victor Jean-Baptiste France, tailleur de pierres et de Annette Ernestine Randonnaud sans profession. Ils vinrent s’installer à Sainte-Feyre (Creuse), domiciliés au sanatorium où naquit leur fille Raymonde en janvier 1910.
Christophe Moreigne, historien (La Creuse pendant la seconde guerre mondiale. op. cit.) a pu retrouver dans les archives départementales de la Creuse (105 W 24) un rapport des renseignements généraux d’octobre 1942, établi à la demande du préfet de la Creuse, contenant des éléments professionnels et politiques précis sur Eugène France, qui permettent de compléter les renseignements fournis par l’état civil et son registre matricule. Après sa scolarité, il fit chez un avoué de Guéret un apprentissage de clerc. Il y travailla jusqu’en novembre 1926, date de son départ au service militaire. Incorporé le 13 novembre 1926 à Limoges, caserne des Bénédictins, il rejoignit dès le 15 novembre le 42è régiment du génie comme sapeur, dans les pays rhénans où il servit jusqu’au 9 avril 1928. Il fut démobilisé à Limoges le 17 avril 1928. Il travailla ensuite en région parisienne entre 1928 et 1933, dans le secteur du commerce, employé de commerce, emballeur ou livreur dans diverses entreprises, dont en 1931 la maison Heudebert à Nanterre (Seine). Domicilié successivement à Paris XIIe arr. (Seine), puis à Chatou (Seine-et-Oise) et enfin à Nanterre (Seine), il épousa dans cette ville le 4 mars 1933 Aline Louise Bizzini dont il divorça quelques années plus tard (le 6 avril 1938 à Guéret). Ils eurent ensemble une fille Ginette.
Il revint en Creuse courant 1933 et travailla d’abord dans le même type d’emploi de commerce qu’à Paris, magasinier-livreur chez un épicier en gros de Guéret. Il adhéra au parti communiste fin 1936 (cellule de Sainte-Feyre) où il reçut rapidement des responsabilités : membre du comité départemental en 1937 puis délégué du Parti communiste de la Creuse auprès du comité régional limousin. Il fut l’un des plus actifs militants communistes de Guéret (Creuse) lors du Front populaire, collaborant au journal Le Travailleur de la Creuse et organisateur auprès des syndicats et des œuvres sociales du soutien aux républicains espagnols (il hébergea même chez lui quelque mois un jeune réfugié). Le 1er mai 1938 il fut employé à la Préfecture de la Creuse, au service des étrangers, et détaché au camp de Clocher (commune de Saint-Sulpice-le-Guérétois), camp de regroupement de tous les républicains espagnols de la Creuse. Chargé de l’économat du camp, il y exerça la fonction de vaguemestre jusqu’à la fin septembre 1939 y nouant des liens étroits qui lui permirent en 1943 de favoriser l’entrée des républicains espagnols dans les maquis FTPF creusois. Il devint alors l’un des principaux responsables communistes creusois. Il refusa le pacte germano-soviétique du 23 août 1939 et cessa toute activité politique au sein du parti.
Réformé en 1934, réforme confirmée en janvier 1940, il ne fut pas mobilisé lors de la campagne de 1940. Il exerça, sans doute à partir de la fin 1940, le métier de chauffeur-livreur au sanatorium de Sainte-Feyre, devenant secrétaire CGT du personnel. Ce sanatorium créé en 1906 par Alfred Leune, inspecteur d’académie inquiet de l’importance de la tuberculose chez les instituteurs, fut alors organisé grâce au soutien de la société de secours mutuels des instituteurs. Gérée par la mutuelle des instituteurs, il fut pendant la guerre un actif foyer de résistance où Eugène France trouva un appui considérable et constant.
Son activité paraît logiquement reprendre à l’été 1941, après l’entrée en guerre de l’URSS. Grâce justement au matériel du sanatorium de Sainte-Feyre, il fit reparaître en juillet-août 1941 puis en septembre, une édition clandestine du Travailleur de la Creuse dont les exemplaires étaient cachés dans l’épicerie tenue par sa mère Mme. Randonnaud à Guéret, rue de l’Etang. Il participa à la reconstitution du parti communiste dans la clandestinité et au printemps 1943 à la mise en place des FTP creusois dont il devint responsable politique. Menacé par les forces d’occupation et la police de Vichy, il entra dans la clandestinité sous le pseudonyme de Randonneau et rejoignit un maquis FTP dans le secteur de Sardent (Creuse). Le 7 juin 1944, il participa à la première libération de Guéret et siégea le jour même au directoire du Comité départemental de Libération (CDL) au titre du Front National. Lors de la reprise de la ville le 9 juin par les troupes allemandes il fut l’un des derniers à quitter Guéret et se replia dans un maquis au sud de la Creuse, sans doute à nouveau dans le secteur de Sardent. À la mi-juillet 1944, des éléments de la brigade Jesser, une formation militaire allemande, composée d’éléments disparates de la Wehrmacht, des SS et de divers services de police, entra en Creuse pour organiser la répression contre les forces de la Résistance. L’une des colonnes (colonne rapide du commandant Coqui, régiment de sécurité motorisé n°1000) entra dans le département le 14 juillet en venant de Murat (Cantal) et se dirigea vers le secteur d’Aubusson. Le 1er bataillon du régiment 1000 (commandant Vonalt) installa à Bourganeuf (Creuse) son PC opérationnel. À partir du 16 juillet en particulier, le commandement fit rayonner ses compagnies à partir de la ville avec l’objectif d’accrocher les groupes de maquisards présents dans le sud de la Creuse pour les éliminer. Le 19 juillet 1944 alors qu’il tentait d’échapper à un ratissage d’une unité de la brigade Jesser, Eugène France fut tué vers 13 heures, près du hameau de La Chaize, commune de Saint-Pardoux-Lavaud (aujourd’hui Saint-Pardoux-Morterolles, Creuse).
Les causes de sa mort sont restées longtemps mal élucidées. Les documents officiels (dossier DAVCC et titre Mort pour la France, Mémoire des Hommes) le présentent comme mort au combat. Cette version est infirmée par l’historien Marc Parrotin (Le temps du maquis, op. cit.) qui précise (page 440) : « A la libération, on l’a présentée comme le fait des Allemands ; cela permettait d’obtenir plus facilement la mention Mort pour la France et d’assurer une aide matérielle à sa petite Ginette et à sa pauvre maman ». Il donne ensuite une autre version de la mort d’Eugène France : « Un petit groupe de maquisards FTP … bat en retraite au sud de Morterolles pour échapper aux ratissages impitoyables de la colonne Jesser. Avec eux, Eugène France … Les maquisards en file indienne longent au fond d’un vallon, un bosquet bordé d’un immense pacage à quelques 500 mètres de La Chaize. Comme ils vont aborder un sentier tortueux, menant au village, un coup de feu retentit, et Eugène France s’affaisse, abattu par derrière d’une balle dans la tête, tirée à bout portant alors qu’il allait franchir une haie ». Le maquisard qui le suivait indiqua que le coup était parti accidentellement. Cette version est confirmée par le discours prononcée le 24 septembre 1944 par le préfet de la Creuse aux obsèques d’Eugène France : « Le 19 juillet, au moment où le boche tentait contre nous ses dernières opérations, il tomba les armes à la main, victime d’un déplorable accident » (archives départementales de la Creuse 21 W 81).
Les dirigeants communistes et FTP ne crurent pas à cette théorie de l’accident. Marc Parrotin, lui-même ancien responsable FTP, indique ainsi en titre du récit : « L’assassinat d’Eugène France » et présente plus loin l’hypothèse d’un règlement de comptes politique interne aux forces de la Résistance, accusant implicitement les chefs de l’Armée Secrète de l’avoir fait éliminer. Il s’appuie pour cela sur le récit d’une violente altercation (sans donner sa source mais manifestement un témoin oculaire) entre Albert Fossey chef des FFI de la Creuse et responsable AS et Eugène France quelques jours auparavant, altercation qui aurait porté sur les conditions de l’évacuation de Guéret le 9 juin et sur la stratégie à tenir face aux forces allemandes. Faute d’enquête après la Libération aucune preuve décisive n’a jamais été apportée à cette hypothèse.
Eugène France fut inhumé à Sainte-Feyre et déclaré Mort pour la France par décision du 3 janvier 1946. Il fut homologué capitaine FFI à titre posthume (décision du 8 août 1945). Son nom figure sur le monument aux morts de Guéret et sur le mémorial de la Résistance creusoise à Guéret. Une rue de Guéret porte son nom et une stèle a été dressée à La Chaize sur le lieu de sa mort portant l’inscription : « A la mémoire d’Eugène France capitaine FFI-FTP organisateur de la résistance creusoise tombé au maquis dans la lutte contre l’occupant allemand le 19 juillet 1944 ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article114066, notice FRANCE Eugène, Albert, Alexandre par Michel Thébault, version mise en ligne le 16 février 2016, dernière modification le 21 août 2018.

Par Michel Thébault

SOURCES : Dossier DAVCC Caen. — Marc Parrotin, Le temps du maquis, histoire de la Résistance en Creuse, Éd. Verso, 1984 et Mémorial de la Résistance creusoise, Éd. Verso 2000. — Christophe Moreigne, in « La Creuse pendant la seconde guerre mondiale », Éd. Le Puy Fraud, 2012 — Eva Léger, « L’exil républicain espagnol en Limousin, cartographie des mémoires, des imaginaires et des appartenances », thèse de doctorat Paris Ouest Nanterre, 2014. — site Wikipedia — Mémoire des Hommes. — Mémorial genweb. — Témoignage de Mme. Ginette Legay, fille d’Eugène France La Montagne, 30 juin 2015. — État civil.