FOURMENT Gustave [FOURMENT Marie, Gustave]

Par Justinien Raymond, Jacques Girault

Né le 4 mai 1869 à Montpellier (Hérault), mort à Draguignan (Var), le 21 novembre 1940 ; professeur ; militant socialiste ; maire de Draguignan (1910-1919) ; conseiller général du canton de Callas (Var 1904-1940) ; président du conseil général du Var (1922-1936) ; député socialiste SFIO (1912-1919) ; sénateur SFIO, puis PSDF (1920-1940).

Son père était horloger, devenu opticien. G. Fourment fut élevé aussi par son oncle maternel curé de Jonquières, près de Martigues (Bouches-du-Rhône) où il rencontra souvent Maurras qui habitait cette région. Il fit ses études au lycée de Montpellier et, à partir de 1885, se lia d’amitié avec Paul Valéry. Ils restèrent ensemble, de la classe de troisième à celle de philosophie en juillet 1888. Il entretint une correspondance régulière avec le futur poète entre 1887 et 1933, depuis publiée. Le préfacier de l’ouvrage O. Nadal s’interroge notamment ; « Homosexualité sublimée ou qui s’ignore ? » (p. 20) écrit-il. Cette correspondance nous apprend peu sur la vie publique de Fourment, homme de grande culture et de profonde sensibilité. Jusque vers 1892, il fut le confident de Valéry qui lui dédia plusieurs sonnets.

Fourment prépara une licence ès lettres à la Faculté de Montpellier, tout en remplissant les fonctions de maître-répétiteur à Béziers, à Montpellier et à Nîmes. Il entra dans l’enseignement en 1899. Après avoir exercé, d’octobre 1899 à juillet 1902, au collège de La Rochefoucauld (Charente), il fut nommé à la chaire de philosophie du collège municipal de Draguignan.

En 1903, Fourment fut chargé de prononcer le discours de distribution des prix. Il choisit de traiter de la tolérance ce qui lui valut les critiques de la presse conservatrice locale et nationale. Le Gaulois l’attaqua vivement.

Mêlé activement au mouvement socialiste, dans le sillage de Maurice Allard, Fourment, en 1909, devint le rédacteur en chef du Cri du Var « organe de la démocratie socialiste », puis « journal du Parti socialiste » qui parut du 10 juillet 1904 à août 1914.

Au congrès constitutif de Toulon, le 3 septembre 1905, la Fédération socialiste SFIO du Var en fit son secrétaire général provisoire. Il remplit cette fonction jusqu’en 1921. La Fédération varoise était alors une des plus solides organisations de la SFIO. À la fin de 1908, la CAP de la SFIO le chargea de réorganiser la section de Toulon après la défection d’Escartefigue. Il participa à des congrès nationaux du Parti (mais son nom n’apparaît pas parmi les délégués) et devait être délégué au congrès international prévu à Vienne en août 1914 (Arch. Dép. Var, 4 M 41).

Son autorité s’affirma dans le Var et reposait tout d’abord sur son mandat de conseiller général. Pour succéder à un clémenciste notoire, il se présenta en 1904 dans le canton de Callas comme candidat « républicain socialiste ». Le 31 juillet, il fut élu avec 659 voix sur 1 874 inscrits, précédant son adversaire qui se réclamait aussi du socialisme, de 34 voix. Trois ans plus tard, le préfet le qualifiait de « politicien dangereux » (Arch. Dép. Var, 2 M 5 212). Il fut réélu sans adversaire :

— le 24 juillet 1910, avec 698 voix sur 1 718 inscrits,

— le 14 décembre 1919, avec 559 voix sur 1 376 inscrits (avec, cette fois, deux adversaires),

— le 14 mai 1922, avec 697 voix sur 1 262 inscrits,

— le 14 octobre 1928 avec 561 voix sur 961 inscrits.

Passé au Parti socialiste de France, le 7 octobre 1934, il battait nettement ses adversaires socialistes SFIO et communistes avec 586 voix sur 1 044 inscrits.

Dans un premier temps, Fourment était minoritaire au conseil général. Il s’y imposa par sa compétence et son labeur. Il rapporta sur de nombreuses questions délicates avant 1914, fut rapporteur du budget départemental et présida la commission départementale en 1906-1907. Son hostilité à Clemenceau se marqua à diverses reprises. Notamment, il ne figurait pas parmi les invités du préfet, le 13 octobre 1908, au dîner offert aux conseillers généraux. Par la suite, cette attitude se modifia. Ses prises de position furent très modérées lors de la loi de trois ans.

D’autre part, Fourment, toujours enseignant, fut élu conseiller municipal de Draguignan en 1908, lors de l’élection complémentaire du 10 mai. Onze radicaux-socialistes étaient élus avec deux socialistes SFIO, Collomp* et Fourment qui obtenait 1 037 voix sur 2 484 inscrits au deuxième tour. Les deux socialistes refusaient, le 18 mai, de voter la motion politique présentée par la majorité radicale du conseil municipal. Le 5 mai 1912, Fourment conduisait une « liste d’union socialiste » et fut élu, dès le premier tour, avec 1 016 voix sur 1 290 inscrits. Au deuxième tour, la plupart de ses colistiers furent élus. Ils battaient l’équipe municipale sortante qui avait pris des positions favorables à Clemenceau. Le 19 mai, Fourment devenait maire de la ville. Il assuma ainsi la direction des affaires municipales pendant la guerre et devait notamment permettre la constitution d’ouvroirs et de magasins d’alimentation. Les Coulisses, le 22 novembre 1919, indiquaient que les commerçants de la ville ne lui avaient pas pardonné d’avoir en 1914 organisé le ravitaillement municipal. Il ne se représenta pas en 1919 et ses camarades furent battus par la liste du Bloc républicain varois composée, pour l’essentiel, d’adversaires de 1912. Le 3 mai 1925, Fourment conduisait une liste dite du « Cartel des Gauches », comprenant une majorité de militants socialistes. La profession de foi de cette liste insistait principalement sur le choix politique nécessaire :

« Nous approuvons la politique du Cartel des gauches qui a triomphé aux élections du 11 mai de l’an dernier ; et c’est cette politique de paix internationale, de démocratie, de laïcité et d’équité fiscale, telle qu’elle a été défendue par le ministère Herriot, telle qu’elle sera sans doute défendue par le ministère Painlevé que nous vous demandons d’approuver à nouveau [...] »

Il arrivait nettement en tête avec 1 325 voix sur 2 372 inscrits. Élu maire, le 10 mai 1925, il refusa ce poste et demanda que Joseph Collomp* , son ancien adjoint, fût choisi. Au renouvellement de mai 1929, il ne fut pas candidat mais présida le comité de la liste de l’« Union des gauches ».

Fourment fut élu député socialiste SFIO de la circonscription de Draguignan, en 1910, en remplacement du député socialiste Maurice Allard qui se présentait dans la première circonscription de Toulon. Le 8 mai 1910, il était élu par 8 443 électeurs sur 23 885 inscrits alors qu’au premier tour, il était arrivé en tête avec 6 759 voix. Ce choix fut confirmé, dès le premier tour en 1914, où il recueillait 6 989 voix sur 22 657 inscrits. Il fit notamment partie des commissions de la législation fiscale, des pensions civiles, des travaux publics, des chemins de fer et des voies de communication. Ses interventions portèrent surtout sur les questions ferroviaires de la France du Sud-Est. Il rapporta trois projets de lois sur les chemins de fer secondaires.

Valéry, dans une lettre, ironisait un peu sur cette situation de « député compliqué d’un professeur » (lettre du 3 février 1911).

Fourment siégea au Palais-Bourbon pendant toute la guerre. Il se signala par ses positions favorables à l’Union sacrée. Par la suite, il afficha toujours des positions modérées et fut un des quarante députés socialistes, avec l’autre député varois Vigne* , à voter le message de sympathie à Branting.

À la fin de la guerre, le préfet du Var, le 1er février 1918, notait : « sera combattu. Ses adversaires le considèrent toujours comme socialiste. Ses amis lui reprochent de faire trop de concessions à ses adversaires. Les candidatures qui pourront lui être opposées rendront son élection difficile » (Arch. Nat. FIC III/1133).

En novembre 1919, Fourment figurait sur la liste socialiste pour les élections législatives. Elle fut battue, mais il obtenait le plus de voix (18 463 sur 83 068 inscrits). Lors de la campagne électorale, il eut l’occasion de s’adresser à divers auditoires dans tout le département. À la suite d’un meeting à Toulon, le 29 octobre 1919, où il parlait pour la première fois, Le Petit Var notait qu’il était « le type même de l’orateur sympathique ».

Pourtant, Fourment, comme tous les observateurs le notaient, s’efforçait d’oublier son anti-clemencisme de naguère. Avec Vigne, qui lui allait jusqu’à se mettre en marge de la SFIO, il se montrait partisan au conseil général de placer un buste du sénateur du Var à la fin de la guerre. Il avait voté l’adresse au président du Conseil. Comme maire de Draguignan, il avait fait donner le nom de Clemenceau à un boulevard. Cette modération devait lui valoir des voix de partisans de Clemenceau lors de l’élection sénatoriale suivante. Le congrès fédéral de la SFIO, le 12 décembre 1919, le désigna comme candidat. Sa profession de foi comme candidat du « Bloc des Gauches », était à la fois une réflexion personnelle et une esquisse de programme.

« J’avais le désir de me tenir à l’écart des luttes politiques et je caressais le projet de reprendre ma place dans l’enseignement public », mais « les sollicitations » de mes amis « sont devenues plus pressantes ». Ses « connaissances » et son « expérience », le fait d’avoir « servi le Parti socialiste avec dévouements et avec dignité », la « rectitude de sa vie publique » étaient autant d’arguments permettant « au suffrage restreint de corriger les erreurs accidentelles du suffrage universel ». Il lui fallait pour être élu, battre l’autre candidat Vigne, qui venait de quitter la SFIO, pour briguer des voix d’électeurs favorables à Clemenceau qui ne se représentait pas. À cet effet, ses amis choisirent de ne pas présenter de liste et, avec plusieurs candidatures, projetèrent de disperser les voix afin de ne pas accentuer les clivages dès le premier tour. Fourment, le 11 janvier 1920, arrivait en troisième position au premier tour avec 215 voix sur 486 électeurs. Tous les candidats du Bloc des Gauches se désistèrent en sa faveur. Au deuxième tour, il l’emportait avec onze voix d’avance sur Vigne, obtenant 246 voix.

Avec Bouveri, de la Saône-et-Loire, Fourment fut le seul sénateur socialiste SFIO. Ils s’affilièrent au groupe de la Gauche démocratique. Le Petit Provençal s’en étonna. Le Parti socialiste en débattit avant le congrès national de novembre 1921, qui, après bien des réticences, entérina cette démarche insolite.

Fourment avait montré, à maintes reprises, son hostilité au bolchevisme. Toujours secrétaire de la Fédération socialiste SFIO du Var, il participa aux discussions internes et publiques en 1920. À la fin de l’été, il signa notamment la déclaration parue dans la presse, d’hostilité à la révolution bolchevique et surtout de maintien dans la IIe Internationale. Il se prononça pour la motion du Comité de Résistance socialiste.

Fourment présida le congrès fédéral de Toulon, le 19 décembre 1920. Mais, ce fut le secrétaire adjoint, Herpe* qui fut délégué au congrès de Tours. Dans son intervention, il fit allusion à Fourment.

Au congrès fédéral de Toulon, le 10 avril 1921, Fourment demanda à être relevé du poste de secrétaire fédéral mais resta membre du comité fédéral. Accaparé par ses diverses tâches électives, il délaissa quelque peu la vie interne de l’organisation. Toutefois, il fut délégué à divers congrès nationaux, notamment à celui de 1924. Il fut au cœur de l’importante opération de rassemblement des forces de gauches varoises qui devait éliminer la droite varoise de la représentation parlementaire en 1924. Il prit la parole au banquet du cercle de la Concorde républicaine et socialiste de Carqueiranne, le 19 juin 1921, première initiative allant dans ce sens.

Tout naturellement désigné comme président de la commission exécutive du « Comité général varois pour l’élection rouge », il participa activement à la campagne électorale. Dans le même temps, il prit la parole dans divers rassemblements des fonctionnaires en 1924-1925.

Fourment avait accédé à la Présidence du conseil général du Var, le 3 octobre 1922. Il fut constamment réélu par la suite, sans adversaire, jusqu’en mai 1936. Il conserva son siège de sénateur, le 9 janvier 1927. Élu dès le premier tour, il arrivait en tête avec 310 voix sur 490 électeurs.

Cette élection montre bien l’ambiguïté de ses positions. En effet, par discipline, les socialistes varois avaient accepté de constituer une liste homogène dont Fourment avait pris la tête, « liste de façade » selon le préfet. Les sénateurs radicaux sortants, René Renoult et Louis Martin, laissaient une place vide sur leur liste et appelaient indirectement à voter pour Fourment. Au Sénat, il participa aux commissions des chemins de fer, des transports, de l’outillage national, des travaux publics et des affaires étrangères.

Fourment ne résidait plus en permanence à Draguignan. Il habitait principalement dans le Ve arr. de Paris, rue Thouin avec sa sœur cadette Mademoiselle Clémentine, handicapée. Selon O. Nadal, il y possédait une riche bibliothèque d’ouvrages bien reliés.

Son beau-frère, Sales, était rédacteur au Petit Provençal en région languedocienne, sous le pseudonyme de Jean Valmont.

Quel homme était-il ? La correspondance avec Valéry apporte peu sur lui. D’autres sources permettent une approche. Le journal de droite, La République du Var en avril 1921, dresse de lui un portrait très suggestif : « prodigieux et aimable, roué », « souple et évolutif ». Il aimait la musique ; ses rapports au conseil général étaient marqués par le « souci de la précision » ; célibataire, il désirait avant tout « rendre des services ». On le vit intervenir plusieurs fois auprès de Valéry pour soutenir un candidat varois au prix Cognac-Jay. Les témoignages oraux convergent ; surnommé la « souris blanche » par ses amis, « le renard » par ses adversaires, « son socialisme d’élu butinait les fleurs de tous les jardins » a pu écrire J. Toesca* , dans son autobiographie, Un militant de province. Mais c’est surtout son attitude, en tant que président du conseil général, qui doit retenir ; « toujours souriant, disert et volontiers sceptique », il s’en remettait pour la gestion des affaires à deux autres conseillers généraux, Lemoyne* et Lamarque*.

Fourment suivit la majorité des autres élus varois dans la dissidence de 1933, participa à l’organisation de la Fédération varoise du Parti socialiste de France et présida le congrès fédéral de Toulon, le 18 février 1934. À la veille des élections municipales de mai 1935, il publia une déclaration dans Le Petit Provençal en tant que président d’honneur du Comité d’action socialiste et républicaine.

Aussi, cette attitude pouvait-elle rendre difficile sa réélection au siège sénatorial. Les socialistes SFIO avaient en effet annoncé leur intention de lutter contre les anciens amis de Renaudel. Le 20 octobre 1935, sur 510 inscrits, Fourment arrivait en tête au premier tour avec 185 voix, puis en troisième position au deuxième tour avec 213 voix et dut attendre le tour suivant pour l’emporter avec 281 voix. Le 4 novembre 1935, il fut réélu président du conseil général par la majorité favorable au Rassemblement populaire. L’année précédente, le seul conseiller général communiste Gaou* n’avait pas voté pour lui.

Fourment présenta sa démission de président du conseil général à la séance du 11 mai 1936. Une délégation, comprenant le conseiller général communiste et deux socialistes SFIO, essaya en vain de le faire revenir sur sa décision. Le 13 mai, Sénès* , nouveau sénateur SFIO, était élu à la présidence du conseil général.

Y eut-il des raisons politiques à cette démission ? Ses réticences à l’égard du Front populaire étaient certaines. Mais selon des témoignages, il aspirait à une vie plus tranquille. L’état de sa vue notamment lui donnait des soucis depuis quelques années. Il devait s’occuper davantage de sa sœur impotente. Ses nombreuses absences au conseil général attestaient ces distances avec la vie politique varoise.

Le 10 juillet 1940, à la différence des autres sénateurs varois, il vota à Vichy, les pleins pouvoirs demandés par le maréchal Pétain.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article113891, notice FOURMENT Gustave [FOURMENT Marie, Gustave] par Justinien Raymond, Jacques Girault, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 1er février 2019.

Par Justinien Raymond, Jacques Girault

SOURCES : Arch. Nat. F7/13021 et 13085, F 1C III/1133. — Arch. Dép. Var, 2 M 3.44, 2 M 3.52, 2 M 4.11, 2 M 4.12, 2 M 4.13, 2 M 5.211, 2 M 5.212, 2 M 5.231, 2 M 5.242, 2 M 5.250, 2 M 5.278, 2 M 5.286, 2 M 7.24.1, 2 M 7.30.1, 2 M 7.31.1, 2 M 7.33.1, 4 M 41, 4 M 41.4, 4 M 44, 4 M 45, 4 M 53, 3 Z 2.15, 3 Z 4.4, 3 Z 4.5, 3 Z 4.21. — Arch. Assemblée nationale. — Arch. Com. Draguignan. — Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français (1871-1914). — Dictionnaire des parlementaires. — Presse nationale et locale. — P. Valéry, G. Fourment, Correspondance 1887-1933, Paris, Gallimard, 1957. — Hubert-Rouger, La France socialiste, op. cit., pp. 356-357 et Les Fédérations socialistes III, op. cit., pp. 35 à 47, passim. — Statistique des élections au Sénat de 1876 à 1937, Paris, 1937, p. 67. — L’Humanité, 10 juillet 1910. — Parti socialiste SFIO, fédération du Var : Historique de la fédération (...), Toulon, 1925, p. 18. — A. Lemonnier, Historique du Conseil général et des Conseils d’arrondissement du Var (...), Draguignan, 1933, pp. 46-48. — Sources orales.

ICONOGRAPHIE : La France socialiste, op. cit., p. 357.

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