ESBÉRARD Gabriel, Onésippe

Par Jacques Girault

Né le 6 septembre 1869 à Salernes (Var), mort le 20 avril 1954 à Salernes (Var) ; propriétaire d’une petite usine de céramiques, juge de paix suppléant ; militant socialiste du Var, maire de Salernes, conseiller général.

Esbérard, fils d’un fabricant de tomettes, était propriétaire d’une petite usine de produits céramiques (tomettes). Il avait reçu tous les sacrements catholiques, s’était marié à Salernes et avait un enfant. Il avait fait son service militaire à Marseille dans les Dragons.

Nommé en 1907 juge de paix suppléant, après la mort du conseiller général radical-socialiste, Esbérard fut candidat en 1910. Le 30 janvier, il obtenait 118 voix sur 1 160 voix et se désistait pour Franc qui était élu contre le maire radical-socialiste. Le conseil municipal démissionna après cette défaite. Esbérard prit la tête d’une liste socialiste qui fut élue. Le 20 mars 1910, il obtenait 338 voix sur 736 inscrits et devenait maire six jours plus tard. Au renouvellement du 5 mai 1912, il arrivait en tête avec 480 voix sur 756 inscrits. Secrétaire de la section socialiste SFIO son conseil municipal comprenait une minorité de membres de la section. Candidat au conseil général, le 3 octobre 1913, il battait cette fois Franc avec 448 voix sur 1 199 inscrits.

Président de la commission de Ravitaillement pendant la guerre, Esbérard fut décoré en signe de reconnaissance pour son dévouement. Il avait en outre installé un hôpital pour les blessés et pour les réfugiés dans sa commune. Il fut réélu comme maire après être arrivé premier sur la liste « d’union républicaine, socialiste et poilutarienne », le 30 novembre 1919 avec 265 voix sur 699 inscrits.

Devenu président de la commission départementale du conseil général, Esbérard put enfin transformer l’hôpital en établissement de cure d’air pour les enfants des écoles publiques du département. Dès lors, il s’occupa de l’administration de cet établissement.

Esbérard avait fait partie du comité électoral départemental qui soutenait la liste socialiste SFIO en 1919. En 1924, il faisait partie de la commission exécutive du Comité général varois pour l’élection rouge.

Au conseil général, Esbérard faisait partie de la troisième commission (Instruction publique, agriculture, vœux divers). À partir du 30 août 1926, il fit partie de la nouvelle commission des transports. À ce titre, il rapportait régulièrement certains dossiers (avis de concours pour le recrutement du personnel de la Préfecture, matériel des Écoles normales, jury d’expropriation, École pratique d’horticulture d’Hyères, etc.). Il prenait rarement la parole ; le 5 mai 1930, il émit deux vœux pour l’extension du dégrèvement de l’impôt sur le revenu touchant aux emprunts des communes et pour le relèvement de l’indemnité versée par les autorités militaires pour l’hébergement des troupes.

Le 21 mai 1925, Esbérard arriva en dernière position aux élections municipales sur une liste comprenant une majorité de socialistes SFIO avec 305 voix sur 660 inscrits. Cet échec personnel fut, pour lui, un avertissement. Il préféra quitter la section socialiste dont il ne partageait plus les options qui étaient de plus en plus différentes de celles de la majorité du socialisme varois. Il se présenta au conseil général avec l’étiquette « socialiste indépendant » et publia des articles dans Le Petit Marseillais contre le candidat socialiste SFIO, secrétaire de la section SFIO. Son adversaire fut le secrétaire de la section SFIO de Salernes ; Esbérard fut réélu avec 435 voix sur 976 inscrits. Six conseillers municipaux donnèrent leur démission. Esbérard leur trouva six remplaçants qui partageaient ses analyses. Dans l’été 1925, il eut à combattre en tant que patron les revendications des ouvriers céramistes en grève dont plusieurs socialistes SFIO qui faisaient partie du comité de grève. Selon une lettre de Charles Sandro, il ne donna sa démission de la section qu’à la fin de 1925 entraînant une vingtaine de militants.

Un des termes de cette évolution fut la Légion d’honneur obtenue à la demande du sénateur radical Renoult dont il avait soutenu la candidature. La presse de droite railla fort ces « combines ».

Au conseil général, Esbérard fut élu secrétaire, le 29 août 1927, par 21 voix sur 27 votants et membre de la commission départementale le 24 octobre 1928. Lors de la réorganisation des commissions en 1930, Esbérard, le 1er septembre, fut désigné pour les commissions de l’Agriculture et des transports. Redevenu président de la commission départementale, le même jour, soutenu par Fourment, Esbérard semblait bien en position. Aux élections municipales de 1929, il fut encore élu en dernière position de sa liste qui ne comprenait plus que six socialistes SFIO en désaccord avec la section et qui faisait une place à un représentant avoué de la droite (URD) et à quelques républicains de gauche, fort modérés. Le 5 mai, il obtenait personnellement 292 voix sur 669 inscrits.

Pour le renouvellement du conseil général, Esbérard « candidat républicain socialiste » obtenait 272 voix sur 983 inscrits. Tous ses adversaires (socialistes SFIO et communistes) se liguèrent contre lui et firent voter pour son adversaire radical-socialiste qui l’emportait le 25 octobre 1931 alors qu’Esbérard ne progressait que de 33 voix.

Esbérard abandonna ses fonctions de maire, puis, entraîné par son conseil municipal, démissionna le 17 novembre, avec les autres élus. Il refusa de se représenter.

Esbérard fut alors nommé juge consulaire auprès du Tribunal de commerce de Draguignan. Après le décès de son successeur, Esbérard tenta de reconquérir son siège de conseiller général comme « candidat socialiste ». Le 26 septembre 1936 il n’obtenait que 52 voix sur 993 inscrits. Il mourut à Salernes le 20 avril 1954 et fut enterré civilement.

Esbérard, « notable socialiste » avait contribué dans un premier temps à éliminer les radicaux socialistes fortement implantés à Salernes. Dans un deuxième temps, son attitude jeta des germes de profonde division parmi les forces socialistes.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article112161, notice ESBÉRARD Gabriel, Onésippe par Jacques Girault, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 24 novembre 2010.

Par Jacques Girault

SOURCES : Arch. Dép. Var, 2 M 3.52 ; 2 M 5.2.26 ; 2 M 5.236 ; 2 M 5.267 ; 2 M 5.289 ; 2 M 7.24.3 ; 2 M 7.28.4 ; 2 M 7.30.3 ; 2 M 7.31.1 ; 2 M 7.32.3. — Arch. F. Alziary. — Presse locale. — Sources orales. — A. Lemonnier, Historique du conseil général et des conseils d’arrondissements, Draguignan, 1933. — Renseignements transmis par la famille de l’intéressé.

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