BOISJOLY Eugène, Ferdinand, Émilien

Par Gabriel Désert

Né en 1867 à Saint-Martin-de-Mieux (Calvados) ; conducteur de locomotive ; syndicaliste et socialiste du Calvados.

Boisjoly militant sincère, enthousiaste et honnête, avait un souci dominant : la sauvegarde de l’unité ouvrière. Les divisions que connurent syndicalisme et socialisme, le déroutèrent, ce qui explique ses hésitations en 1920 et 1921, même si, par discipline, il sembla se rallier aux tendances dominantes dans le mouvement ouvrier et socialiste du département. domicilié à Caen.

Dès avant la Première Guerre mondiale, Eugène Boisjoly, marié - son épouse était née à Caen en 1868 - et père de trois enfants nés entre 1893 et 1900, militait. Il fut révoqué après la grève de 1910, puis réintégré. Membre du Parti socialiste, il se présenta avec cette étiquette lors des élections municipales de 1912, mais fut battu, et soutint, à l’occasion des élections législatives de 1914, le socialiste Lévy-Darras. Il était aussi membre de la Ligue des Droits de l’Homme et de l’Union rationaliste.

Pendant la guerre il fut le leader du mouvement ouvrier à Caen et dans le Calvados. Secrétaire du syndicat des cheminots affilié à la CGT, il le resta jusqu’en juillet 1917, date à laquelle il abandonna cette responsabilité du fait de son élection comme délégué du personnel à la gare de Caen. Secrétaire général de l’UD-CGT en 1914, il fut constamment réélu jusqu’en 1919. Ces fonctions lui valurent d’être délégué au congrès de Nantes en 1917, à la conférence de Clermont-Ferrand en décembre 1917 puis au congrès confédéral de Lyon, en 1919. C’est en tant que principal responsable du mouvement ouvrier qu’il fut gérant, en 1917, de l’Union syndicale, organe des syndicats du Calvados, et qu’il assura en juillet 1918, pour trois mois, l’administration et la gérance du Réveil des Travailleurs, en attendant l’organisation de la société coopérative de gestion prévue par le congrès de l’UD.

Rallié aux majoritaires pendant le conflit, Boisjoly n’hésitait pas, cependant, à prendre la défense des minoritaires car, pour lui, l’unité du mouvement ouvrier était la préoccupation prioritaire. Il le prouva, au début de février 1918, lors d’une réunion syndicale regroupant environ 300 ouvriers. Il y prit la défense des militants syndicalistes arrêtés pour avoir fait une propagande hostile à la guerre. Cette prise de position lui valut d’être hué par ses camarades et la motion qu’il défendit ne put recueillir que cinq voix.

Au cours du second semestre de 1918 il fut l’un des animateurs de plusieurs réunions intercorporatives, dont une avec la participation de Jouhaux* et une autre en l’honneur de Wilson et pour une « paix durable ».

En 1919 il tint à se tenir à l’écart des querelles qui agitaient la CGT, mais n’en resta pas moins très actif. En mars, lors d’une réunion syndicale marquée par un discours de Merrheim*, il prit la parole pour insister sur deux revendications : la journée de 8 heures et l’adoption d’un salaire minimum adapté au coût de la vie. Le mois suivant, il se rendit à Lisieux pour aider les militants locaux à créer un syndicat du textile. C’est lui qui présida, le 1er Mai, la réunion organisée par l’UD. Il demanda que le défilé qui devait suivre se passe dans le calme. La manifestation se fit, en effet, dans l’ordre, ce qui n’empêcha pas les participants d’exprimer leurs opinions à l’aide de pancartes portant des inscriptions comme « Nationalisation des services publics », « Vive l’Internationale ouvrière ! » ou « À bas l’expédition en Russie ! ». Il préparé activement la grève prévue pour le mois de juillet et, après la reculade des dirigeants nationaux, il tenta de les excuser. Ainsi, en août, lors d’une réunion du Comité de l’UD, il défendit Jouhaux* et la direction confédérale. Cette prise de position, qui lui valut des inimitiés parmi ses camarades, était dictée par son souci de maintenir l’unité et ne l’empêchait pas de se montrer toujours aussi ardent dans la lutte ouvrière. Il accepta d’être le gérant du Populaire Normand, organe « socialiste et syndicaliste ». Dans le premier numéro, 14 juin 1919, il précisait : « ce journal est un organe de combat contre les forces capitalistes ».

Son refus de s’engager dans un camp ou dans l’autre lui fit perdre ses fonctions au sein du bureau de l’UD. Il ne fut élu à la commission administrative qu’en neuvième position (mars 1920). Cette perte d’influence et de prestige n’altéra en rien son ardeur combative. Il prit une part très active aux grèves de mars et mai 1920. Le 12 mai il déclarait : « il faudra se souvenir, aux prochaines élections, de l’attitude de la municipalité qui ne fait rien pour nous ». Sentant s’effriter l’ardeur des grévistes, il leur affirmait, pour les rassurer, que les révocations ne seraient pas définitives. Cependant, constatant la croissance des défections, il dut, le 24 mai, les larmes dans les yeux d’après certains témoins, proposer la reprise du travail et il fut suivi par la majorité de ses camarades.

Bien que révoqué, il continua la lutte avec les militants de la tendance minoritaire qu’il avait rejoints, non sans hésitations. En juin 1920, il participa à la campagne de propagande organisée par la CGT et anima, notamment, une réunion syndicale à Vire. Malgré tout il ne fut désormais qu’un militant, sans plus. Lors des luttes qui marquèrent la vie de l’UD en 1921, il se tint à l’écart. D’ailleurs, sa révocation l’obligea à rechercher du travail. Il fut employé, comme livreur, dans un commerce de café en gros, et quitta Caen en 1924.

Depuis la fin de la guerre, il militait à nouveau au sein du Parti socialiste et il devint, en 1919, trésorier de la Fédération du Calvados. À la fin de l’année 1920 il soutint la motion Cachin. Il adhéra à la SFIC dont il fut élu trésorier fédéral en janvier 1921. En décembre de la même année il aurait été nommé membre de la commission exécutive fédérale. Cela paraît difficile à admettre car en avril 1921, avec des socialistes restés fidèles à la « vieille maison » et des syndicalistes qui seront d’actifs confédérés, il participa à la création du Pays Normand, journal d’éducation sociale.

Un de ses fils, Robert Boisjoly ntravailla dans les PTT dans le Calvados. Résistant, il aurait été arrêté par la Gestapo et aurait réussi a s’échapper le 6 juin 1944 lors des bombardements de la ville de Caen. Il aurait reçu la Légion d’honneur en 1945 ou 1946 au titre de sa résistance.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article1121, notice BOISJOLY Eugène, Ferdinand, Émilien par Gabriel Désert, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 31 octobre 2015.

Par Gabriel Désert

SOURCES : Arch. Nat. F7/13583. — Arch. Dép. Calvados, M, 480, 486, 9125 et 9133 bis. — Le Réveil des Travailleurs. — Le Populaire Normand. — Ch. Billy et J. Quinette, Le Mouvement ouvrier dans le Calvados, 1884-1922, Mémoire de Maîtrise, Caen, 1971. — J. Roquebert, Les Cheminots du Calvados, 1891-1939, Mémoire de Maîtrise, Caen, 1973. — Jérôme Letournel, Socialisme et socialistes dans le Calvados des origines à la fin du XXe siècle (1864-1998, Université de Caen, 2013. — Renseignements communiqués par Gérard Desmoulins..

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