DURBECQ André, Julien

Par Daniel Grason, Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 24 décembre 1897 à Reims (Marne) ; garçon de café, pêcheur, contrebandier d’alcool, métallurgiste, permanent communiste, doriotiste ; volontaire en Espagne républicaine.

Fils d’Arthur, caviste chez Pommery, et d’Isa, née Epechetenne, soigneuse, André Durbecq fut orphelin de père à l’âge de vingt-huit mois, son père mourut après un refroidissement. Sa mère travailla dans une usine de tissage appartenant à des anglais, elle se remaria quatre ans plus tard. Il fut confié à ses grands-parents, alla à l’école primaire, obtint son CEP, poursuivit une année l’école secondaire. Il fréquenta les scouts à partir de 1911, deux ans, il fut apprenti papetier au journal L’Indépendant Rémois. Sa mère ne voulait plus subvenir à ses besoins, il s’engagea dans l’armée en 1915, fut libéré en 1919. Il eut une marraine de guerre, antiquaire, propriétaire d’un magasin 6 quai Voltaire, à Paris VIIe, elle l’aida matériellement pendant la durée des hostilités et à son retour à la vie civile. Il fut courtier en antiquité jusqu’en 1921.

Il partit aux États-Unis une dizaine d’année, se maria en Louisiane avec Élise Herquet, boulangère. Ses beaux-parents originaires de Normandie s’étaient expatriés aux Etats Unis en 1899 après leur mariage, il ne connut pas Arsène son beau-père, boulanger, mort en 1924 à la Nouvelle Orléans. Sa belle-mère Marguerite ne parlait pas un mot d’anglais resta seule avec huit enfants. Il écrivit qu’il rencontra des communistes aux Etats Unis au sein de Marine Workers Hall (Union des travailleurs de la construction navale), il aurait formé une section de l’International Défense, dépendant du Secours rouge international, il participa à la rédaction de journaux d’usines. Il parlait couramment l’anglais, fut garçon d’hôtel, serveur dans un café, pêcheur dans le golfe du Mexique, André Durbecq se fit bootlegger (contrebandier d’alcool), cela constitua selon sa femme sa principale activité. Le couple et leurs deux enfants, une fille née en 1924 et un fils né en 1927, revinrent en France en 1931, ils habitèrent 6 rue Adélaïde à Courbevoie (Seine, Hauts-de-Seine).

Il travailla comme caviste, puis sa marraine le fit embaucher chez Hotchkiss à Levallois-Perret dont l’un des directeurs était américain. Il y resta plus de deux ans, menant une activité discrète jusqu’en septembre 1935 où il adhéra à la CGTU et au parti communiste. Il était rattaché à la cellule 705 de la société d’automobiles La Licorne à Courbevoie. Grève, occupation de l’entreprise Hotchkiss, il la quitta ou fut licencié en novembre 1934. Il débuta le 8 mars 1935 une formation de soudeur à l’arc à raison d’une heure par jour chez l’architecte Charles Sarazin installé sur l’île de la Jatte à Neuilly.

Il consacra beaucoup de temps à sa formation théorique lisant écrivit-il six volumes du Capital de Karl Marx, La maladie infantile, L’État et la révolution de Lénine, L’Anti Dühring et la Dialectique de la Nature de Friedrich Engels. Il lisait la presse, La Vie ouvrière, Le populaire et la revue théorique du parti communiste les Cahiers du bolchévisme. Il fréquenta deux mois et demi l’Université ouvrière, écouta des cours de Georges Cogniot, Paul Bouthonnier et Georges Politizer. Il suivit une école régionale dirigée par Étienne Fajon, il eut la mention bien et fut classé troisième. Il déborda d’activité militante : secrétaire adjoint de l’ARAC, secrétaire du comité de chômeurs de Courbevoie, membre du SRI et de la Fédération des locataires, membre du bureau du Rayon en 1935. Lors des grèves de juin 1936, il fut délégué du syndicat des métaux CGT dans plusieurs usines de Courbevoie, secrétaire du comité local du Front populaire.

Il mena une action vigoureuse pour expulser un groupe de cinq trotskistes de la cellule Saint-Chamond. « Je pense que ce sont des provocateurs, alliés du fascisme et je les catalogue parmi les pires ennemis de la classe ouvrière. […] J’ai adopté la même ligne de conduite envers les Doriotistes qu’envers les Trotskistes. J’en ai expulsé tout un groupe du Comité des Chômeurs de Courbevoie au début de 1936 à l’usine Peugeot à La Garenne ».

Élise sa femme adhéra au parti communiste en 1934, milita au Comité mondial des femmes contre la guerre et le fascisme, devint membre du comité de section de Courbevoie, en 1937 elle était femme de ménage au journal communiste La Marseillaise.

En cette période ascendante de l’influence communiste, l’organisation manquait de cadres. André Durbecq accéda rapidement, en 1936, au poste de secrétaire permanent de la section de Courbevoie, La-Garenne-Colombes. Il fut délégué lors des conférences régionales. En janvier 1937, il était membre du comité régional de la région Paris-Ouest. Il arriva en Espagne le 24 février 1937, il fut incorporé dans la XVe Brigade internationale, nommé aussitôt commissaire adjoint de la brigade, il exerça cette fonction cinq mois. Durant cette période la brigade participa à la bataille de Brunete. En juillet 1937, François Billoux chargé par l’Internationale communiste du contrôle politique des Brigades le nomma capitaine à la base d’Albacete. Son rapatriement eut lieu fin août ou début septembre 1937. La Voix populaire du 9 septembre annonça une réception en l’honneur des volontaires de retour en une avec la photo d’André Durbecq sur « le front de la liberté ».

Il quitta sa femme et ses enfants quelques mois après son retour. Malade, il s’absentait du domicile conjugal, entretenait une liaison avec Marthe, femme d’Hassenforder*, secrétaire de la cellule du Bas-Bécon à Courbevoie, là où était organisé André Durbecq. La nouvelle fit scandale à l’intérieur de l’organisation. André Durbecq adressa le 25 décembre 1937 au « Cher camarade Maurice » certainement Thorez, une lettre de trois pages. Il faisait part de la force de leurs sentiments réciproques. Il battait sa coulpe : « J’ai là, des faiblesses indignes d’un militant responsable », il demandait « à la commission des cadres, les sanctions qui s’imposent ». Il s’engageait à assurer matériellement la situation de ses enfants, de leur rendre visite. Le mari trompé accepta d’abord la situation, menaça ensuite physiquement le couple, enfin il évoqua l’éventualité de son suicide. Durbecq écrivait : « J’attends votre décision avec impatience. […] Je crois plus juste de ne pas continuer à remplir mes fonctions rétribuées. […] J’en serai d’ailleurs incapable dans l’état physique où je suis actuellement.
Conscient de ma déchéance […] Je vous assure de ma parfaite loyauté à l’idéal révolutionnaire pour lequel j’aurai dû combattre jusqu’au bout sans défaillance ».

Au cours de l’année 1938, il envoya de la poste de Clichy plusieurs mandats lettre à Élise pour les enfants, il s’excusait souvent de ne pouvoir tenir complètement ses engagements. Le 3 mars 1938, la cellule du Bas-Bécon se réunissait, quatorze adhérents étaient présents. À l’ordre du jour, l’affaire Durbecq, Étienne Fajon député de la circonscription et René Arrachard membre du comité central présentèrent chacun un exposé, ils proposèrent de le suspendre de toutes ses tâches. Tous furent d’accord moins une abstention. Un second vote eut lieu sur son appartenance à l’organisation, huit votèrent pour « l’expulsion définitive », cinq étaient contre, l’un s’abstint. Il fut question aussi du médecin communiste qui ausculta André Durbecq. Les huit partisans de l’exclusion « ne doutaient pas de sa bonne foi ». Mais ils faisaient remarquer que Durbecq en avait « profité pour bâtir son idylle ».

Au lendemain des accords de Munich qui furent signés le 30 septembre. André Durbecq adressa le 1er octobre 1938, une longue lettre à « Messieurs et ex-Camarades », il retraçait son itinéraire militant, expliquait que ses désaccords avec la politique du parti communiste dataient de sa participation à la guerre d’Espagne dans les rangs des brigades. « J’ai vu trop d’appétits grossiers se déployer au grand jour. J’ai vu fleurir là-bas, chez les responsables dans leur grande majorité, l’amour du confort et du luxe, la soif des honneurs et des décorations ». Après son retour dans la courte période où il fut permanent chargé du recrutement, en province, il entendit « les plaintes des Mères sans secours et des enfants sans pain. J’ai vu des ex-volontaires sans travail, brimés et livrés à eux-mêmes, sans secours moral ou matériel ». Il dénonçait les « grèves de vingt-quatre heures pour désorganiser la production ».

Il accusait le Parti communiste et la IIIe Internationale de souhaiter « la guerre totale et mondiale ». Il était pour la partition de la Tchécoslovaquie et un état pour la minorité allemande des Sudètes. Il annonçait son adhésion au parti populaire français et la publication d’une brochure sur les Brigades internationales. Il concluait : « Vous n’aurez pas à l’avenir, d’ennemi plus acharné que je le serai pour vous. En foi de quoi, je signe ».

La cellule du Bas Bécon se réunit le 11 octobre, les présents exprimèrent leur stupéfaction « devant la trahison de l’ex-camarade Durbecq ». Le même jour, la cellule communiste de l’Omnium central des fours électriques (ou SURC) à Clichy où André Durbecq était organisé en dernier lieu prenait acte de la trahison de Durbecq « au profit d’un parti de renégats […] de Doriot […] agent d’Hitler en France ». Les communistes relevaient qu’étant trésorier intérimaire de la section syndicale, il était parti avec le montant de la caisse, trois cents francs. La cellule votait son exclusion à l’unanimité, moins trois abstentions, le nombre des participants n’était pas précisé sur le procès-verbal. La 7e Conférence de la région Paris Ouest, réunie les 19 et 20 novembre 1938, annonça son exclusion du Parti communiste sans préciser la date exacte de la sanction ni les raisons.

Le Parti populaire français fonda l’Association des miliciens retour de d’Espagne (AMRE), Jacques Doriot concentra ses attaques sur André Marty, accusé de crimes en Espagne le quotidien réactionnaire L’Action Française s’en fit l’écho. La Voix populaire du 7 mai 1939 titra « Bas les pattes devant Marty ! » René Larchevêque dit Roy Six, journaliste à l’Humanité dénonçait les « mensonges d’aventuriers, de condamnés de droit commun. Des gens comme cet André Durbec [Durbecq] qui a volé la Caisse du Syndicat des Métaux, que la justice américaine a condamné trois fois pour contrebande et fabrication clandestine d’alcool ». À aucun moment sa femme Élise évoqua une condamnation.

Sous l’Occupation, il fut employé au bureau de placement allemand, bd Saint-Denis à Courbevoie, bureau chargé de recruter des ouvriers pour aller travailler en Allemagne. Selon une fiche de la police, il fut arrêté le 7 août 1944 pour « collaboration » par les policiers du commissariat de Neuilly qui le livrèrent à leurs collègues d’Asnières, André Durbecq habitait cette ville au 98 av. des Grésillons. La date était certainement erronée, son arrestation eut lieu probablement le 27 du même mois. Fut-il condamné ? Le 15 mai 1948, il se maria avec Marthe Gemberlé.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article111752, notice DURBECQ André, Julien par Daniel Grason, Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 19 mai 2012, dernière modification le 27 octobre 2015.

Par Daniel Grason, Jean Maitron, Claude Pennetier

SOURCES : RGASPI 545.6.1041, BDIC mfm 880/1 ; RGASPI 545.1.31, BDIC mfm 880/1 bis. – Arch. PPo., BA 1666, GA D4 (autobiographies 1935 et 1937, lettres de Durbecq, PV réunions de cellules etc.) Arch. Dép. Seine, listes électorales. – Arch. J. Maitron. – 6e et 7e Conférences régionales Paris Ouest, 4-5 décembre 1937 et 19-20 novembre 1938. – Note de L. Bonnel. – L’Action Française, 13 mars 1939. – La Voix populaire, 9 septembre 1937, 7 mai 1939, Éd. Colombes, Courbevoie. Castells Andreu, Las Brigadas internacionales de la guerra de España, Ariel, 1974. – Skoutelsky Rémi, L’espoir guidait leurs pas, Grasset, 1998. – État civil de Reims, mars 2012.

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