DUMAS Antonin, Claude

Par Maurice Moissonnier

Né le 8 mai 1899 à Rive-de-Gier (Loire), mort le 8 novembre 1944 au camp de concentration de Flossenburg (Allemagne) ; tourneur-outilleur ; militant de la CGT unitaire dès la fin de la première moitié des années 1920, secrétaire régional du syndicat unitaire des métaux, voiture et aviation (région lyonnaise) puis, après l’unité syndicale de 1936, secrétaire général du syndicat lyonnais des métaux CGT ; organisateur de la CGT clandestine à Lyon dès 1940 ; arrêté à Marseille en 1941, condamné à la peine de mort (peine commuée en travaux forcés à perpétuité), déporté.

Fils de Francis, boulanger à Rive-de-Gier et de Marguerite Antoinette Guichard, domestique, le jeune Antonin Dumas fréquenta l’école libre de Rive-de-Gier et reçut l’éducation religieuse que souhaitaient ses parents. Sur les quatre enfants du ménage (deux filles et deux garçons) un garçon fut tué en 1918 sur le front et une fille mourut à sept ans. Antonin put parfaire ses études à l’école pratique de Rive-de-Gier et, en tant que tourneur-outilleur, il travailla dans cette ville à l’usine Arbed, puis aux Acieries de la marine.

Après son service militaire qu’il fit à Grenoble dans l’artillerie, il s’intéressa vivement aux luttes sociales, au grand désespoir de son père qui ne pouvait admettre les idées de son fils. En 1927, lorsque le boulanger liquida son fonds et s’installa à Lyon (où il s’embaucha à la brasserie Winckler), la rupture intervint, presque totale. Antonin Dumas, membre de la CGTU et membre du Parti communiste devint secrétaire du syndicat unitaire régional des métaux-voiture et aviation. Il changea très souvent d’emplois, victime de la répression patronale ; entre autres entreprises de la région lyonnaise il travailla à l’usine Florence dans le quartier de la Villette.

Son activité militante obligea Ant. Dumas à quitter la région lyonnaise et il s’installa à Paris en 1928. Il habitait 23, rue de la Huchette (Ve arr.) dans une chambre meublée au loyer de 120 F. Après avoir travaillé comme tourneur à l’usine Citroën de la rue Balard, il abandonna son activité professionnelle et se consacra à ses fonctions syndicales. Permanent à la CGTU, délégué à la propagande de l’Union syndicale des travailleurs de la Métallurgie-Voiture-Aviation-Maréchalerie et parties similaires de la région parisienne, il était membre de la commission exécutive de cette organisation en 1931 (voir Alf. Costes*). Par ailleurs, il militait au 6e rayon communiste de la région parisienne et faisait partie de la section d’organisation.

En raison de l’activité qu’il déploya en faveur de la réunification syndicale, il fut délégué au congrès de Toulouse (2-5 mars 1936) et assista à la fusion de la CGT confédérale et de la CGT unitaire. Il vota, lors de ce congrès historique contre les statuts, contre la motion d’incompatibilité des mandats syndicaux et politiques, contre la motion sur l’affiliation internationale présentés par la majorité des congrès. À Lyon, en raison d’un rapport de forces favorables aux unitaires, il devint, dès 1936, secrétaire général du syndicat CGT des travailleurs de la Métallurgie lyonnaise et, le 24 décembre de cette même année, il fut désigné comme représentant CGT à la commission paritaire professionnelle de la Métallurgie à l’Office départementale du Rhône et municipal de Lyon de placement de la main-d’œuvre. Lors du congrès d’unité de la Fédération des Métaux, il avait été élu membre de la CE fédérale ; il y fut réélu lors du XIVe congrès en 1938.

Mobilisé en 1939, il participa, dès son retour à la vie civile à l’action syndicale clandestine et il fit partie avec Jean Cagne* et Marius Tardivier* du premier « triangle » de la CGT illégale lyonnaise. Envoyé à Marseille pour y poursuivre le travail d’organisation qu’il avait ébauché à Lyon, Antoine Dumas alias Émile Peyre fut arrêté le 24 juillet 1941 par la police de Vichy. Un tribunal militaire le jugea les 26, 27 et 28 novembre de cette même année pour « activités communistes » avec d’autres militants : Berardo Pierre, Demanrizi Philippe, Serra André, Moscatelli Aldon, Pécout Jean, Padovani Paul, Roussel Joséphine, Perez Jean, Ramaciotti Augustin, d’Andréa Louis. Seul Lyonnais parmi tous les inculpés qui étaient originaires de Marseille, il fut — comme Bérardo — condamné à la peine de mort, peine commuée en travaux forcés à perpétuité et dégradation civique. Pendant sa détention, il fit preuve d’un optimisme étonnant. Le 14 août 1941, il écrivait à sa sœur : « Si nous voyons de notre cellule très peu de soleil à l’extérieur, il brille et brillera encore pour nous dans quelque temps... La confiance est en nous et la liberté se rapproche chaque jour. » « Je prends mon mal en patience, ajoutait-il le 26 août, certain que la juste cause que je défends depuis si longtemps ne tardera pas à triompher. » Le 1er mai 1942, il proclamait encore : « Si cette année nous sommes solitaires, privés de liberté, notre foi et notre espoir n’ont en rien diminué pour cet avenir meilleur que nous sentons proche et où ce jour de 1er Mai représentera véritablement la fête et la joie du travail accompli pour le bonheur de l’humanité. »

Il fut successivement détenu à la prison Chave à Marseille, puis à la Centrale de Nice et à la Centrale d’Eysse. Il participa, en 1944, à la révolte de cette prison en compagnie des autres Lyonnais qu’il y avait retrouvés, en particulier de Louis Aulagne*, Antoine Dutrievoz* et Édouard Aubert*.

Déporté à Dachau, puis transféré à Flossenburg, il mourut d’épuisement le 8 novembre 1944.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article111273, notice DUMAS Antonin, Claude par Maurice Moissonnier, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 24 novembre 2010.

Par Maurice Moissonnier

SOURCES : Arch. PPo. 321. — Documents communiqués par sa sœur Madame Pocobello. — Presse locale : en particulier, en 1936, Lyon Républicain, La Voix du Peuple, organe régional du PCF 2-3 février 1946 et La République de Lyon 31 août 1949. — C. rendus des congrès fédéraux de 1936 et 1938 (notes de J.-L. Pinol).

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