DEHERME Georges

Par Jean Maitron

Né en 1870 à Marseille (Bouches-du-Rhône), mort le 25 janvier 1937 à Bruxelles ; ouvrier sculpteur sur bois ; typographe ; fondateur des Universités populaires ; coopérateur.

Georges Deherme vint se fixer tout jeune à Paris et s’installa dans le quartier du meuble, faubourg Saint-Antoine. Attiré tout d’abord par le mouvement libertaire, il collabora à la Revue antipatriote et révolutionnaire (1884-1885) et à l’Autonomie individuelle (1887-1888). Deherme avait adhéré au syndicat des sculpteurs sur bois et à la coopérative « La Moissonneuse ». Autodidacte, il lisait beaucoup, en particulier les œuvres de Proudhon, mais aussi celles d’autres sociologues, de moralistes et des ouvrages scientifiques. Il s’éloigna de l’anarchisme vers 1894.

Deherme fut cofondateur en 1892, avec Paul Desjardins, Buisson, Charles Gide, G. Séailles, de l’Union pour l’Action morale qui deviendra l’Union pour la Vérité. Mais Georges Deherme fut avant tout le fondateur et le propagandiste des Universités populaires. Le 20 juillet 1899, il écrivait à Eugène Fournière :

« ... Je suis bien revenu de mon parti pris d’autrefois. Et je crois, quoique décidé à n’y prendre part ni directement ni indirectement, que l’action parlementaire n’est pas tout à fait inutile. Mais elle est, certes, la moins importante. Il y a l’action syndicale, l’action coopérative, et surtout l’action éducatrice à mener de front. Jusqu’à présent, le socialisme français les a négligées. C’est là sa grande faute. Si vous le voulez bien, il la faut réparer. Le voudrez-vous ? Tout est là... » (Archives Fournière, IFHS).

Avec quelques amis de tendances diverses, et des adhérents d’un groupe de Montreuil, Deherme ouvrit en avril 1898 un local situé, 17-19, rue Paul-Bert (XIe arr.) où, après avoir créé une petite société coopérative, il installa la première Université populaire. L’objet de l’université était, en faisant appel aux travailleurs libres, non enrôlés dans un parti ou dans un groupement, de former des administrateurs de coopératives et de syndicats, une élite prolétarienne « noyau vivant de la future société ».

Transférée faubourg Saint-Antoine, cette université prit le nom du journal qu’avait fondé en 1894 Georges Deherme, La Coopération des Idées, journal qui deviendra revue hebdomadaire, puis, en 1902, brochure mensuelle. Peu après la fondation de la première université, Deherme créait une Société des universités populaires, dont le catholique Mazel fut le premier secrétaire et que dirigèrent par la suite Gabriel Séailles, professeur à la Sorbonne, en tant que président, et Charles Guieysse, officier d’artillerie démissionnaire et administrateur de l’École des Hautes études sociales, en tant que secrétaire général. Plusieurs coopérateurs se formèrent ou se perfectionnèrent dans ces universités. Proudhonienne avec Deherme, la Société des UP allait devenir marxiste-syndicaliste avec Guieysse. Deherme rompit avec elle et créa en 1901, une fédération des UP qui avait pour but de réaliser l’idée reprise plus tard par Albert Thomas sous la forme de Comité national des loisirs.

À partir de 1900, Deherme mena une active propagande dans sa revue, dans l’Almanach de la coopération, et dans d’autres publications en faveur du Palais du Peuple. Une coopérative fut constituée dont Raphaël Barré, membre de la Chambre consultative des Associations ouvrières de production et directeur de sa banque, fut le président et Deherme le directeur. Un Comité de patronage fut constitué, mais, en 1907, l’œuvre échoua ; elle sera reprise plus tard sous une forme non coopérative.

Cependant Deherme avait ouvert sa revue aux coopérateurs. Plusieurs jeunes disciples de Gide y collaborèrent, en particulier Daudé-Bancel. En 1899, il avait été élu au Comité central de l’Union coopérative. Succédant à Soria démissionnaire, il accepta en 1902 le secrétariat général qu’il conserva jusqu’au 1er février 1903, date à laquelle il fut remplacé à ce poste par son ami Daudé-Bancel. Deherme prit énergiquement parti contre la Bourse des coopératives socialistes et défendit l’indépendance de la coopération contre les ingérences politiques.

Le rôle coopératif de Deherme s’arrêta là ; il resta quelques années encore attaché au mouvement, mais il devait consacrer le reste de sa vie à l’étude du positivisme. Devenu le représentant de l’aile droite de ce mouvement, il renia toutes ses idées d’antan sous prétexte d’ordre et de progrès. C’est ainsi qu’il écrivait dans La Coopération des Idées de janvier-mars 1936 : « Ce ne sont pas les Boches, c’est l’obstination diabolique ou britannique de notre sottise, ce sont les désordres issus de notre veulerie implorante et quémandeuse, de notre cupidité bourgeoise, trop bien exploités par les partis, la racaille maçonnique et l’étranger, qui nous ont poussés au seuil d’une guerre inutile. »

Il effectua une grande enquête en AOF qui fut publiée en 1908

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article108756, notice DEHERME Georges par Jean Maitron, version mise en ligne le 24 novembre 2010, dernière modification le 27 juillet 2012.

Par Jean Maitron

Parmi ses œuvres (cotes de la Bibl. Nat.) :
Auguste Comte et son œuvre, le positivisme, 1909, Paris, 128 p., 8° Ln 27/54 052. — Croître ou disparaître. La loi de Malthus (...) La solution positive, Paris, 1910, VII-270 p., 8° R 23 934. — La Crise sociale, Paris, 1910, 375 p., 8° Lb 57/14 645. — Les Classes moyennes, étude sur le parasitisme social, Paris, 1912, II, 321 p., 8° Ll 4/52. — Le Pouvoir social des femmes, Paris, 1914, VIII, 280 p., 8° R 27 174. — Aux civils. Le devoir de servir et de militer, Tours, 1916, 64 p., 8° Lb 57/18 016. — Les Directions positives (...) Paris, 1919, XVI, 319 p., 8° R 28 956. — Un prolétaire, Jules Ravaté, Moulins, 1920, 39 p., 8° Z 17 487 (55). — Un maître : Auguste Comte. Une direction : le positivisme, Tours, 1921, IV, 154 p., 8° R 30 160.

SOURCES : Jean Gaumont, Histoire de la coopération, op. cit. — J. Peyroulx, La Pensée de Georges Deherme, 1937. — L’En-Dehors, n° 305, avril 1937 (article d’E. Armand).

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