Né le 1er mars 1878 à Richelieu (Indre-et-Loire) ; mort le 14 avril 1963 à Mirebeau-en-Poitou (Vienne). Horloger. Écrivain.

Fils de Désiré David, aubergiste à Richelieu, et de Marie-Augustine Brocheton, Georges David manifesta un goût très précoce pour la lecture et la musique (à six ans, il entra à l’Harmonie municipale). Après des études primaires chez les Frères de la Doctrine chrétienne, il fut, à l’âge de treize ans, mis en apprentissage chez un horloger. Pendant ses loisirs, il s’adonna au dessin, joua de la musique (bugle solo) et, surtout, continua à lire. Ce furent, la plupart du temps, des lectures insipides, feuilletons et livraisons bon marché. Mais par la suite, et particulièrement à l’époque de son service militaire, où il fréquenta les bibliothèques, il lut les prosateurs et poètes classiques, découvrit Flaubert, Balzac, Stendhal, Georges Rodenbach, Francis Jammes, et commença à écrire des vers dont l’éditeur Rouff publia les meilleurs dans Mon Dimanche. En 1904, il épousa Georgette Chauvin, originaire de Richelieu et vint s’établir horloger dans la Vienne, à Mirebeau. En 1912, Léon Bocquet, directeur de la revue Le Beffroi, édita son premier recueil de poèmes, le Toit qui fume. Georges David collaborait déjà à plusieurs publications : Les Facettes, Les Tablettes, La Revue Littéraire. Mobilisé en 1914, il fit toute la guerre dans l’Infanterie, et il rapportera une haine féroce de ce qu’il appellera plus tard « la grande cochonnerie, la sacrée cochonnerie ». Il publia, en 1919, son recueil de poèmes écrit pendant les hostilités : Ébauches à la sanguine, préfacé par Philéas Lebesgue, puis, en 1920, Du Pain dans la huche, croquis poitevins, et, en 1921, un petit roman, Bérangère. En 1923 paraît son roman, L’Humble tourment, avec ces quelques lignes de préface : « En dehors des psychologies de « bon aloi », des études sociales sur l’ouvrier d’usine ou du roman exclusivement terrien, j’ai essayé, dans ces courtes pages, de dire un peu la vie de l’artisan, du petit commerçant de chef-lieu de canton, le citoyen modeste qu’on appelle — administrativement — un petit patenté. J’ai essayé. Et je serai payé de ma peine si quelque lecteur veut bien convenir avec moi qu’il peut être intéressant aussi celui dont l’humble horizon se borne, ordinairement, au clocher d’ardoises gratté par les pigeons et à la terrasse du « Café du Commerce ».. » En 1925, sur la recommandation de J. R. Bloch, les Éditions Rieder publient Ritcourt, un caractère de chien, et, en l’espace de dix ans — de 1925 à 1936 — Georges David fera paraître onze romans et un recueil de contes. La lecture de ces livres fait comprendre quelles étaient les préoccupations de l’écrivain. Il s’en était ouvert dans la préface de L’Humble Tourment, mais il est revenu sur cette question à diverses reprises. Parlant par le truchement de son héros Ritcourt, intrépide, esprit railleur et caustique qui ne mâche pas ses mots, il déclare : Mes personnages « sont des gens qui vivent sans chambard, sans gesticulations... Ils n’ont pas, eux, comme celui qui turbine en ville, l’ambiance de la lutte sociale, ou, plus simplement, de la coopération... Ils ne sont ni organisés, ni conscients... ». C’est de cette classe émergeant à peine du prolétariat — petits artisans, petits boutiquiers des villages et des bourgs, absente, dans sa réalité profonde, aussi bien de la littérature révolutionnaire, de la littérature prolétarienne, que de la littérature bourgeoise et populiste, que Georges David a voulu parler. « Parler des humbles qui puisent en eux seuls la force nécessaire à leur ascension vers une destinée plus clémente, écrivait Tristan Rémy, exalter des sentiments de solidarité qu’ils n’ont encore, par méfiance originelle, qu’à l’état embryonnaire, exprimer leurs petitesses comme leurs rancœurs, c’est à quoi Georges David n’a cessé de se conformer. » — Et c’est en quoi, dans la littérature, Georges David fait figure de novateur et d’isolé. Rémy indiquait qu’il ne fallait pas voir en David « un écrivain paysan » parce qu’il habitait Mirebeau-en-Poitou et qu’il savait aussi parler des paysans, car « il y a dans cette appellation, disait-il, une sous-estimation du rôle social que joue, volontairement ou non, l’écrivain... La conception qu’à Georges David du roman serait à l’étroit dans un naturalisme à la reportage. » David, styliste souvent acerbe, observateur attentif et sans complaisance des travers des hommes, n’est pas un humoriste ou un ironiste, mais un satirique et un révolté. « S’il parle des paysans [et pas seulement des paysans, ajouterons-nous] avec beaucoup de joie toujours, note justement Rémy, une joie grinçante, avec des cailloux dedans, qu’il leur jette à l’occasion, c’est qu’il se refuse d’adhérer d’enthousiasme à une classe qu’il aime parce qu’il en sort, mais qu’il voudrait meilleure. » — Georges David ne s’est pas borné à raconter des histoires avec une verve qui stigmatise la bêtise et la lâcheté, il a voulu aussi, témoin de l’injustice sociale, exalter le courage et la dignité des purs, d’une « aristocratie du peuple » qui, par ses luttes, aspire à un monde meilleur.
En 1932, Georges David donna son adhésion au Groupe des écrivains prolétariens de Langue française, puis à l’AEAR. Ses idées sur la littérature prolétarienne mériteraient d’être mieux connues. Il a donné sur la question, dans le n° d’avril-mai 1934 de la revue Prolétariat, des appréciations auxquelles il faudra porter attention lorsqu’on voudra un jour l’étudier d’une manière exhaustive. Bornons-nous, ici, à citer ces quelques lignes : « Elle est ce qu’elle est, cette sacrée littérature, mais elle existe. Nous connaissons ses mérites, qui sont grands. Nous connaissons les mérites des ouvriers qui écrivent contre vents et marées. C’est souvent, pour eux, un dur coup de rein. Mais là où ça ne colle plus, c’est quand il est question de son efficacité, à cette littérature, de son utilité sociale, et aussi de son utilité tout court. Nous tournons autour du pot, sans oser plonger la cuillère dedans. Nous n’osons pas nous avouer, nous n’osons pas dire cette indiscutable vérité : l’œuvre prolétarienne n’est pas lue par le prolétariat. L’ouvrier ne lit pas le livre sorti de la pensée du copain. C’est regrettable, mais c’est comme ça... » Et ailleurs : « Depuis vingt ans, nous avons fait cette grave erreur de croire que nous, les ouvriers qui « pensons ouvrier et prolétaire », nous devions nous contenter de copier la vie, notre vie, sans plus. Nous ne devions pas nous permettre surtout la moindre poétique, le moindre lyrisme. Quelle blague !. » Et justement, par son lyrisme, Georges David, en ce qui le concerne, a su, tout au long de son œuvre, éviter soigneusement ce qu’il considérait comme des obstacles à la pénétration et à la diffusion de la littérature prolétarienne dans les classes populaires.
Après 1936, Georges David demeura quinze ans sans rien publier. Pour lui, qui haïssait la guerre, on avait dénoncé l’horreur et l’imbécillité, compatissant pour les victimes, mais impitoyable pour les responsables, les inconscients et les satisfaits, les événements qui ensanglantèrent une nouvelle fois l’Europe et le monde lui imposèrent ce long silence. Ce n’est qu’en 1952 que parut son roman : La Pivoine de Tivoli, et son dernier livre, Le Bazar à trois sous, fut publié en 1960, trois ans avant sa mort.
Il était marié, sans enfants.

ŒUVRE : Le Toit qui fume, poèmes (Éd. du Beffroi, 1912). — Ébauches à la sanguine, poèmes (Éd. des Tablettes, 1919) — Du Pain dans la Huche, croquis poitevins (Éd. des Tablettes, 1920) — Bérangère, roman (Éd. des Humbles, 1921) — L’Humble tourment, roman (Éd. des Belles-Lettres, Paris, 1923) — Ritcourt, un caractère de chien, roman (Éd. Rieder, Paris, 1925) — La Parade, roman (d° — 1929) — 2000 habitants, roman (ESI, Paris, 1930) — Curre-Bissac, roman (Rieder, 1930) — La Carne, roman (Rieder, 1931) — Le Tambour de Mercure, roman (Éd. G. Valois, Paris, 1932) — L’Aristocrate, roman (Éd. Rieder, 1933) — Madeluche, contes poitevins (d° — 1934) — Le Triomphe de Rateau-Baron, roman (Les Feuillets bleus, Paris, 1935) — Passage à niveau, roman (ESI, 1935) — La remise des cailles, roman (ESI, 1936) — Pascaline, roman (d° — 1936) — Sept officiers, roman (d° — 1936) — La Pivoine de Tivoli, roman (L’Amitié par le livre, Blainville-sur-Mer, 1952) — La Ville aux Eaux mortes, roman (d° — 1956) — Le Bazar à trois sous, roman (Éd. du Scorpion, Paris, 1960).
_ Inédits : plusieurs manuscrits (romans, contes et nouvelles, théâtre).

SOURCE : Correspondance de René Chauvin, neveu de Georges David, Richelieu (Indre-et-Loire). — Michel Ragon, Histoire de la littérature ouvrière, 1951.

Jean Prugnot

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