LEFRANC Georges

Par Jean Maitron

Né le 25 octobre 1904 au Mesnil Rouxelin (Manche), mort le 30 avril 1985 à La Verrière (Seine-et-Oise) ; marié à Émilie Lamare (voir Émilie Lefranc)  ; professeur  ; historien du mouvement ouvrier  ; militant syndicaliste et socialiste.

Georges Lefranc était le petit-fils d’un douanier de Barfleur (Manche), son grand-père paternel, et d’un agent technique à l’Arsenal de Cherbourg, son grand-père maternel. Son grand-père paternel devint petit cultivateur quand il fut retraité des douanes et fit de ses quatre fils, quatre instituteurs. Un des quatre, le père de Georges Lefranc, prépara le professorat des Écoles normales puis le CA à l’inspection de l’enseignement primaire qu’il obtint en 1908 en devenant le plus jeune inspecteur de l’enseignement primaire en France. La mère de Georges Lefranc était, elle aussi, institutrice. Directrice d’école à vingt-deux ans, elle se mit en congé pour suivre son mari dans ses postes successifs et élever ses enfants (un garçon et une fille). La famille professait des opinions “de gauche” et un profond attachement à la laïcité. Son père lisait le Radical et, inspecteur à Mamers (1911-1914), admirait Caillaux pour son action pacifiste dans la crise d’Agadir. Mais il n’admirait pas moins Jean Jaurès dont le meurtre le toucha beaucoup.

Suivant les mutations de son père, Georges Lefranc fréquenta les écoles primaires de Saint-Yrieix (Haute-Vienne), de Mamers (Sarthe), d’Alençon (Orne) et de Barfleur (Manche). Il commença ses études secondaires en 1912, au lycée d’Alençon où il demeura sept ans. Au cours de ces années de formation intellectuelle, Georges Lefranc fut marqué par la guerre. Son père, mobilisé comme ses trois oncles, fut au front dès le début de 1915. En 1917-1918, en allant au lycée ou en regagnant la maison, il cherchait à lire dans les devantures des marchands de journaux, les articles ou proclamations des minoritaires socialistes. Cette initiation à la politique se poursuivit à l’école de son père démobilisé qui conversait avec son fils, l’emmenait dans des réunions, mais aussi par des lectures. Deux professeurs marquèrent fortement Lefranc, le professeur d’histoire Arthur Calmette (1919-1922) qui fit mûrir sa vocation d’historien et le professeur de philosophie, René Lafon (1921-1922) qui lui donna le goût des débats d’idées. Poussé par ses parents, son proviseur et des professeurs, Georges Lefranc décida de tenter l’École normale supérieure de la rue d’Ulm.

À son arrivée en hypokhâgne à Louis-le-Grand en octobre 1922, Lefranc était déjà socialiste. Tout en préparant l’ENS, il poursuivait aussi sa maturation politique par la lecture de la presse. Au concours d’entrée à l’École normale supérieure (lettres) de 1924, Georges Lefranc fut admis d’emblée et avec le numéro 2 dans une promotion qui comptait J. P. Sartre, Raymond Aron et Jean Le Bail qui partageait ses idées. Suivirent quatre années fructueuses d’études, de contacts et d’échanges. En 1928, Lefranc fut reçu à l’agrégation d’histoire et géographie. Lors de son entrée rue d’Ulm, Georges Lefranc avait créé un “Groupe d’études socialistes” des Écoles normales supérieures (rue d’Ulm, Sèvres, Fontenay, Saint-Cloud, plus tard l’ENSET). Les khâgneux participèrent à la vie du groupe, ainsi Claude Lévi-Strauss. Georges Lefranc en fut l’animateur et le secrétaire général. Les réunions étaient hebdomadaires et le groupe, sans liens avec le Parti socialiste, était ouvert aux diverses tendances de gauche et d’extrême gauche, notamment aux adeptes de la “Jeune République”, tel Henri Guillemin. À ces réunions, Lefranc fit la connaissance de la secrétaire de la section de Fontenay de ce Groupe d’études socialistes, Émilie Lamare, qu’il épousa en 1927 et dont il eut un fils, Pierre.

Georges Lefranc avait déjà poussé plus loin son engagement politique. En 1925, il participa à la mise sur pied à l’échelle nationale du mouvement des étudiants socialistes, formation rattachée au Parti socialiste SFIO. Ce mouvement suscité et présidé par [ Marcel Déat qui venait d’être élu (1926), député de la Marne, avait deux vice-présidents, Jean Zyromski et Marceau Pivert. À la suite du congrès d’Amsterdam (1926), Georges Lefranc participa à la fondation de l’Internationale des étudiants socialistes après avoir dirigé la délégation française. Le groupement étudiant du POB (Parti ouvrier belge) avait mis à la disposition du groupement français, sa revue l’Étudiant socialiste à laquelle il collabora. En 1925, il avait adhéré à la 5e section de la Seine du Parti socialiste SFIO, section du quartier latin où il retrouva Jean Zyromski, Max Bonnafous, Léo Lagrange, Suzanne Gibault (qui deviendra Suzanne Buisson), Georges Bourgin, Marcel Mauss, Marcel Bonnet, futur secrétaire de la Fédération confédérée de l’Habillement. Un adhérent, qui n’assistait jamais aux réunions et payait ses cotisations par l’intermédiaire de Georges Lefranc, l’avait beaucoup influencé : Lucien Herr, bibliothécaire de l’ENS. Georges Lefranc dut à son rang d’entrée à l’École d’être choisi comme élève-bibliothécaire. Il voyait Lucien Herr tous les jours, il avait avec lui de longues conversations sur ses études, sur la vie du “groupe”, sur les événements politiques. Dans toute cette période, Georges Lefranc participa activement à la vie de la Fédération socialiste de la Seine, écrivit dans son organe le Combat social que dirigeait Alexandre Bracke et participa comme délégué de la 5e section aux congrès fédéraux de la Seine en 1927, 1932 et 1939. Il adhéra à la section de l’ENS du syndicat de l’enseignement secondaire et supérieur ; elle le délégua à la commission exécutive de la Fédération de l’enseignement où il connut Ludovic Zoretti , professeur à la faculté de Caen, et où on le chargea de la revue de presse de l’Université syndicaliste. En 1925, désigné comme boursier de la Coopération par Célestin Bouglé, sous-directeur de l’ENS, Lefranc participa à un voyage d’études auprès des coopératives de Lorraine et d’Alsace. Le rapport qu’il rédigea lui valut en 1926 un second voyage auprès des coopératives du Nord, du Pas-de-Calais et de la Somme, qui le mit en contact avec Gaston Prache, un des dirigeants de la FNCC (Fédération nationale des Coopératives de consommation). Devenu président de l’Amicale des Boursiers de la Coopération, Lefranc dirigea lui-même deux voyages, l’un en 1928 auprès des coopératives jurassiennes de France et de Suisse, à Saint-Claude et à La Chaux-de-Fond, l’autre en 1929, du Limousin au Bordelais et au Pays basque. Lefranc assuma alors la rédaction du Bulletin de l’Amicale l’Arc-en-ciel : il y renonça lorsque Ernest Poisson , secrétaire général de la FNCC eut mis son veto à la parution de quelques articles critiques.

Pendant son séjour à la rue d’Ulm, Georges Lefranc fit une rencontre importante pour l’orientation de sa pensée et de son comportement : en septembre 1927, à Paris, il eut une longue conversation avec le socialiste belge Henri de Man dont il lut, dès sa parution, l’ouvrage Au-delà du marxisme. Sa conception d’un socialisme qui ne soit pas exclusivement parlementaire plut au jeune normalien militant que les structures et les activités de la SFIO ne satisfaisaient pas pleinement. Sous cette influence et sous l’influence du Parti ouvrier belge que Lefranc connaissait bien, se précisa l’idée d’une rénovation socialiste qui devait inspirer, à partir de 1930, le mouvement “Révolution constructive”.

Agrégé, Georges Lefranc fit son service militaire, six mois comme élève officier à l’École d’administration de Vincennes, six mois comme sous-lieutenant au bureau des entrées à l’hôpital Villemin à Paris, avant de connaître une expérience, insolite et enrichissante, à l’étranger.

En 1929, Fernand Maurette, naguère surveillant général à l’ENS, alors haut fonctionnaire du BIT, offrit à Célestin Bouglé, directeur adjoint de l’École, pour un normalien sortant de la rue d’Ulm, un poste à l’École internationale de Genève. Bouglé choisit Georges Lefranc qui accepta quand il fut assuré qu’Émilie Lefranc aurait également un enseignement. Confiant dans l’esprit de Genève, dans l’action du BIT, de la SDN, heureux de sortir de l’hexagone et d’élargir son horizon, Georges Lefranc enseigna pendant deux ans dans cette école installée à la Grande-Boissière. Internationale, l’école l’était par son recrutement et par son administration, mais elle offrait aussi l’intérêt des “méthodes d’éducation nouvelles” inspirées de Rousseau et des pédagogues suisses et anglo-saxons pour lesquelles E. et G. Lefranc avaient une sympathie de principe mais sur la technique desquelles, il leur restait à se former. Ils devinrent membres assidus du Foyer socialiste international qu’animaient alors André Oltramare, professeur de latin à l’université de Genève et Henri Fuss du BIT. Pendant ces deux années d’expérience genevoise, Georges Lefranc, ainsi que son épouse, militèrent au sein de la Fédération socialiste de la Haute-Savoie comme membre de la section socialiste d’Annemasse. Il collaborait à son organe le Socialiste savoyard et il fut pendant deux ans (1929-1931), délégué fédéral à la propagande. Enfin, il apportait son appui, ses conseils au groupe d’étudiants socialistes formé en 1928 à l’École normale d’instituteurs de Bonneville. Et surtout, il lui donnait le concours de son savoir et de sa culture. Ce groupe devint l’un des plus importants de la Fédération nationale des ES et le premier dans les Écoles normales d’instituteurs. Georges Lefranc, qui avait adhéré au “Comité des 22” pour l’unité syndicale fit, sur ce problème, une réunion publique à Thonon-les-Bains avec Albert Lapraz qui venait de la Fédération unitaire de l’enseignement. Le maire socialiste d’Évian, Paul Léger, offrit à Georges Lefranc de devenir secrétaire général de la mairie, avec comme perspective sa succession. Georges Lefranc n’avait pas trente ans. Il déclina l’offre car il ne voulait pas abandonner l’enseignement. Aux élections cantonales, la campagne qu’il mena avec Paul Léger, permit à celui-ci de devenir conseiller général du canton.

Georges Lefranc quitta l’École internationale de Genève en 1931 et fut d’abord nommé au lycée de Béziers. Il milita dans la section socialiste locale, fut comme en Haute-Savoie, délégué fédéral à la propagande et, à ce titre, il parcourut les “villages” de viticulteurs des régions de Béziers et de Montpellier. Il collabora au Languedoc socialiste et participa aux congrès fédéraux. C’est pendant ce séjour à Béziers que Georges Lefranc mûrit avec quelques camarades et collègues l’ouvrage conçu en avril 1930 au congrès des ES de Strasbourg, Révolution constructive paru en 1932 qui donna son nom à un mouvement de rénovation du Parti socialiste.

Depuis qu’en janvier 1925, Georges Lefranc et quelques-uns de ses amis avaient adhéré à la SFIO, ils avaient été déçus par ce qu’ils appelaient l’envoûtement du parlementarisme, l’âpreté des luttes de tendances et des affrontements personnels, le peu d’intérêt porté par la SFIO aux institutions ouvrières, sa méconnaissance du monde extérieur. Au début de 1932, à vingt-huit ans, Georges Lefranc se vit offrir trois candidatures à la députation : Bonneville (Haute-Savoie) ; Chambéry (Savoie) ; Lodève (Hérault). Il déclina les trois offres. Ce n’était pas dans le cadre du Palais-Bourbon qu’il voulait situer son action. Révolution constructive devait, dans la pensée de Lefranc et de ses amis, être un livre manifeste qui montrerait “le vrai combat” et l’élargirait à l’ensemble des problèmes de civilisation comme avait tenté de le faire Charles Andler avant la guerre de 1914. Une série de brochures devaient suivre le volume. Dispersés à travers le monde, les onze (E. et G. Lefranc, Pierre Boivin, Suzanne Deixonne et Maurice Deixonne, Jacques Godard, Max Grignon, Jean Itard, Ignace Kohen, Claude Lévi-Strauss, Robert Marjolin) ne purent mener à bien cette seconde partie de leur projet. Mais le livre eut un grand retentissement. À l’automne 1933, ils donnèrent une adhésion enthousiaste aux thèses planistes d’Henri De Man, dont ils publièrent les “Commentaires par un plan d’action”. Ralliant autour d’eux nombre de déçus du socialisme, ils paraissaient, en janvier 1934, en mesure d’influencer le congrès national de Lille. Georges Lefranc avait été désigné comme rapporteur de la Fédération de la Seine. Mais les événements de février 1934, utilisés par Léon Blum et Paul Faure qui condamnaient le planisme, firent ajourner le congrès. À celui de Toulouse (juin 1934) où, pris par ses obligations syndicales, Georges Lefranc ne put se rendre, la motion de Révolution constructive, malgré l’appui de militants influents et la résistance obstinée de quelques fidèles, dut se rallier à la motion majoritaire. Au Parti socialiste, l’heure de Révolution constructive était passée. Mais Georges Lefranc n’en continuait pas moins son effort sur le plan international en participant à la seconde conférence des Plans (Genève 1936) et à la troisième, (Pontigny 1938). Il représentait les planistes français à la commission internationale des Plans.

Depuis décembre 1932, Georges Lefranc consacrait avec Émilie, le meilleur de son temps à l’éducation ouvrière. L’action principale de Georges Lefranc se déroula dans le cadre de l’Institut supérieur ouvrier. Cet institut fut créé par Ludovic Zoretti, l’un des secrétaires de la Fédération de l’enseignement qui avait fait offrir la direction à Georges Lefranc qui accepta sous la réserve qu’il y aurait un poste pour Émilie Lefranc. Il avait quitté Béziers pour être secrétaire général de l’Institut supérieur ouvrier, des collèges du travail qui allaient naître à travers le pays et du Centre confédéral d’éducation ouvrière qui les coiffa à partir de 1933. Un enseignement oral et par correspondance fut prodigué pendant sept ans à un nombre croissant d’auditeurs. Le nombre en fut encore accru par la radiodiffusion. Les grands sujets traités furent : les origines de la guerre de 1914, la Révolution russe, le fascisme italien, vingt ans d’histoire allemande, le New Deal de Roosevelt. Les cours par correspondance et les collèges du travail avaient à leur disposition une Histoire économique, une Histoire du mouvement ouvrier, une Histoire des doctrines sociales rédigées par Georges Lefranc qui, en 1933, siégea comme représentant de la CGT à la Commission internationale des loisirs, et en devint vice-président. À la demande d’Albert Delmas, il rédigea pour les éditions SUDEL une Histoire du Travail et de la Civilisation pour laquelle il obtint la collaboration de Célestin Bouglé qui en rédigea deux chapitres. Ce livre devait être interdit par Vichy à la fin de 1940. Dans le même temps, il assurait une collaboration étendue à la presse socialiste, il parlait deux fois par semaine à la radio dans le cadre de la demi-heure accordée au CCEO et, souvent, le samedi, au nom de la CGT, en 1934. Il fut successivement rapporteur du texte sur la réforme de l’État, puis rédacteur du texte définitif du Plan que lui avait confié Léon Jouhaux en 1935. Battus à la SFIO, les planistes avaient conquis la CGT. À partir d’octobre 1936, pour ne pas être prisonnier de l’unité, Georges Lefranc assura son enseignement au lycée d’Amiens où il avait repris un service en 1936 et au Conservatoire national des Arts et Métiers (Histoire du travail). Il fut nommé au lycée Rollin à Paris en septembre 1937.

La guerre emporta tout et ses conséquences bouleversèrent la vie de Georges Lefranc. L’Institut supérieur ouvrier ayant mis fin à son activité, Lefranc continua son enseignement au lycée Rollin et assura, bénévolement, à la demande de Jouhaux, le service de l’information ouvrière au Commissariat à l’Information de Jean Giraudoux, sous la direction du professeur à la Sorbonne Paul Hazard mais refusa d’entrer au cabinet d’André Février, député socialiste du Rhône, devenu sous-secrétaire d’État. Il assura dans Syndicats, sous le pseudonyme de Jéhel, la chronique de politique extérieure, souvent malmenée par la censure.

La débâcle venue, Georges Lefranc s’installa à Nantes où avait été nommée sa femme, Nantes où il avait trouvé un sujet de thèse, le médecin saint-simonien Guépin. Mais, pour raisons familiales, il revint à Paris. Il écrivit lui-même avoir approuvé l’armistice, fidèle à son pacifisme de toujours et avoir approuvé, par volonté de pratiquer la politique de présence, l’entrée de René Belin au gouvernement de Vichy. Il collabora, sous l’Occupation, à des périodiques tel le Rouge et le Bleu, tribune éphémère de Charles Spinasse et donna des chroniques pédagogiques à l’œuvre. La Libération venue, Georges Lefranc subit l’épuration. Arrêté avec les siens le 20 août 1944 au lycée Henri-IV, détenu près de six mois, il fut alors exclu de l’université. Il lui fallait vivre. Il rédigea nombre d’études documentées sur la vie politique notamment un fascicule sur “Les comités d’entreprises”. Quand Jean Gemahling fonda une revue Bilans hebdomadaires, Georges Lefranc en devint l’un des principaux rédacteurs. Puis Bilans passa sous le contrôle de la “Société générale de presse”, que dirigeait Georges Bérard-Quelin, pendant un temps trésorier du Parti radical. C’est là que Georges Lefranc déploya une partie de son activité de 1946 à 1951. Il fut successivement rédacteur à Bilans, directeur du service de documentation de la SGP, rédacteur en chef. Parallèlement, il donna des cours hebdomadaires sur l’histoire ouvrière dans plusieurs écoles d’assistantes sociales. Il collabora, sous des noms d’emprunt, à divers périodiques où il traita des questions syndicales (Revue de l’Action populaire, Informations économiques sociales et politiques de Jean Bernier, Maurice Coquet, Lucien Marzet, la Revue syndicale de Raymond Froideval). À la même époque, paraissait, sous la signature de Jean Montreuil, une Histoire du mouvement ouvrier écrite sous l’Occupation. En mai 1951, conformément à la jurisprudence intervenue, Georges Lefranc se vit offrir une réintégration au lycée Voltaire. La Société générale de presse lui demanda de demeurer avec elle. Georges Lefranc, en 1951, comme en 1931, préféra l’enseignement et la recherche historique.

Réintégré en mai 1951 avec un emploi du temps qui comportait des sixième et cinquième, il accéda aux classes de premières et de philosophie, puis dans la classe préparatoire à l’Institut des hautes études cinématographiques et en lettres supérieures où il prépara à l’École normale supérieure de l’Enseignement technique, à Fontenay et à Saint-Cloud et à la propédeutique. À la veille de sa retraite, la croix de chevalier de la Légion d’honneur lui fut remise au ministère de l’Éducation nationale.

Son activité se réduisit peu à peu à une collaboration hebdomadaire à la République libre, organe du Parti socialiste démocratique de Paul Faure : il y tint la chronique des livres à la mort de Jean-Baptiste Séverac et à Chantiers coopératifs, organe de la Fédération artisanale des Sociétés coopératives du bâtiment où il tint une rubrique d’histoire de l’art (itinéraires archéologiques).

Persuadé qu’en ne parvenant pas à barrer la route à la guerre, la SFIO avait fait faillite, Georges Lefranc n’avait pas repris sa carte en janvier 1940. Il n’était plus socialiste de fait et il ne le redevint pas malgré l’insistance de certains de ses amis de la SFIO. Mais ceux-ci continuèrent à le considérer comme l’un des leurs à cause de son activité d’avant-guerre et de l’œuvre historique importante qu’il avait entreprise et menée à bien. Considéré comme l’un des meilleurs spécialistes du mouvement ouvrier français, il fut invité par des universités ou des groupements d’historiens à des colloques. Enfin c’est l’OURS qui publia ses souvenirs intitulés Rétrospectives. I. Comment, dans les années 1920, on devient socialiste. II. Militant socialiste et syndicaliste. III. De l’action collective à l’action solitaire.

Admis à la retraite en octobre 1970, il décida de continuer à enseigner dans divers établissements d’enseignement supérieur privé : la faculté autonome et cogérée de droit (où il enseigna l’histoire du travail), l’Institut d’études des relations internationales contemporaines etl’Institut supérieur du travail animé par Guy Lemonnier.

Remarié à une de ses cousines par alliance, Rosanna Curtis, professeur certifié d’anglais, il vécut désormais à Antony.

Hospitalisé à La Verrière (Seine-et-Oise), Georges Lefranc y mourut le 30 avril 1985 et fut enterré civilement à Barfleur (Manche) “dans la plus stricte intimité”. À la demande de Mme Rosanna Lefranc, son épouse, une messe de huitaine fut dite à la mémoire de Georges Lefranc le 11 mai 1985 en l’église Saint-Saturnin d’Antony.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article107802, notice LEFRANC Georges par Jean Maitron, version mise en ligne le 14 novembre 2010, dernière modification le 9 octobre 2018.

Par Jean Maitron

ŒUVRE : On se reportera à l’annexe de Rétrospectives, Cahier III de l’OURS, n° 119, avril 1981, pp. 47-55 Nous ne citons ici que les ouvrages.
En collaboration, Révolution constructive, Valois, 1932. — Histoire du commerce, PUF, coll. “Que sais-je ?”, n° 55, 1re éd., 1941. — Histoire du mouvement ouvrier en France des origines à nos jours, Éditions Montaigne, 1946. — Les expériences syndicales en France de 1939 à 1950, Éditions Montaigne, 1950. — Les expériences syndicales et internationales, Éditions Montaigne, 1952. — Le syndicalisme en France, PUF, coll. “Que sais-je ?”, n° 585, 1re éd., 1953. — Histoire du travail et des travailleurs, Flammarion, 1957. — Histoire des doctrines sociales dans l’Europe contemporaine, Éditions Montaigne, 1960. — Le mouvement socialiste sous la Troisième République (1875-1940), Payot, 1963. — Dix siècles de labeur humain, Éditions Diderot, 1964. — Histoire du Front populaire (1934-1938), Payot, 1965, nouvelle éd. 1974. — Le Front populaire, PUF, coll. “Que sais-je ?”, n° 1209 ; 1re éd., 1965. — Juin 1936 : l’explosion sociale, Julliard, 1re éd. 1966. — Le mouvement syndical sous la Troisième République, Payot, 1967. — Jaurès et le socialisme des intellectuels, Aubier, 1968. — Le mouvement syndical de la Libération aux événements de mai-juin 1968, Payot, 1969. — Grèves d’hier et d’aujourd’hui, Aubier, 1970. — Essais sur les problèmes socialistes et syndicaux, Payot, 1970. — Le mouvement social et les sciences humaines, 1970. — Le socialisme réformiste, 1971, PUF. — L’expérience du Front populaire, PUF, 1972. — Les gauches de France (1789-1973), Payot, 1973. — “Socialistes et communistes en France 1919-1939”, dans Histoire générale du socialisme de Jacques Droz, PUF. — Les organisations patronales en France, Payot. — Visages du mouvement ouvrier français jadis, naguère, aujourd’hui, PUF, 1982.

SOURCES : Ouvrages et journaux cités dans la biographie et à l’œuvre. — Émilie Lefranc, 1903-1970, brochure de 99 pages, hors commerce, Cahors, 1971. — Jean-François Sirinelli, Génération intellectuelle. Khâgneux et normaliens dans l’entre-deux-guerres, Fayard, 1988. — Notes de Stéphane Clouet et de Justinien Raymond. — Correspondance Georges Lefranc. — Documents remis à Jean Maitron. — Vincent Chambarlhac, « Georges Lefranc ou la construction d’une position historiographique », L’OURS, hors-série n° 38, mars 2007

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