LEDRU Henri, Louis

Par Gérard Boëldieu

Né le 14 novembre 1901 à Mamers (Sarthe), mort le 6 juillet 1975 au Mans (Sarthe) ; ouvrier puis technicien à la société de distribution électrique Maine-Anjou, ensuite cadre à EDF ; adhérent de la SFIO ; militant et responsable départemental de la CGT ; résistant actif ; président du Comité départemental de libération (CDL) de la Sarthe ; député socialiste SFIO aux deux assemblées constituantes (1945 et 1946) ; rejoint le Parti socialiste unitaire puis la Nouvelle Gauche.

Henri Ledru
Henri Ledru

Fils d’un ferblantier, Henri Ledru fréquenta l’École primaire supérieure de Mamers, sa ville natale, jusqu’en 1915, puis l’École pratique du Mans (section électricité) jusqu’en 1919. À l’issue de ce cursus scolaire, il s’engagea dans la marine nationale. En 1925, il débuta comme ouvrier à la Société d’Énergie électrique Maine-Anjou où il fit carrière : technicien puis ingénieur, enfin cadre après son rattachement à EDF. Le 7 août 1926, à Chérisay (Sarthe), Ledru épousa Madeleine Marie Agnès Gallou. Le couple eut trois enfants. Au début des années 1930 Ledru adhéra à la SFIO mais, jusqu’en 1940, son engagement le plus intense fut d’ordre syndical, à la Fédération de l’Éclairage CGT. Membre, à compter de 1936, du secrétariat du syndicat du personnel du Gaz et de l’Électricité CGT, il intervint au XVe congrès de cette fédération tenu à Lyon en juin 1937. Quand, en 1938, Ledru entra au bureau du Groupement national des cadres (GNC) des industries du Gaz et de l’Électricité CGT, il était aussi administrateur de la Caisse de prévoyance de ces industries et trésorier adjoint de l’Union départementale des syndicats ouvriers de la Sarthe, dont le secrétaire était Jules Pottier*.

Mis en disponibilité en 1939 comme père de trois enfants, Ledru ne fut pas mobilisé. En novembre 1940 il reproduisit et diffusa des portraits du général de Gaulle. Résistant actif de la première heure, il fut de ceux qui maintinrent l’activité clandestine de la CGT dans la Sarthe tout en l’engageant, à partir de 1942-1943, dans des activités de résistance au sein du mouvement Libération-Nord (tracts, impression de faux papiers, aide à des réfractaires du STO, à des familles de déportés). Après l’arrestation de Jules Pottier, en novembre 1943, Ledru assuma les fonctions administratives et de résistance exercées par ce dernier : secrétaire de l’UD-CGT et président de la caisse d’Assurances sociales « Le Travail », d’une part, délégué régional de la CGT pour la région Nord-Ouest (Sarthe, Mayenne, Orne, Calvados, Manche), d’autre part.

Membre, au titre de la CGT et de Libération-Nord, du second Comité départemental de Libération clandestin constitué au printemps 1943 après l’arrestation puis la déportation des principaux membres du précédent, Ledru en devint le président à la Libération, assisté de l’abbé Livergnage et du socialiste Jean Cureau*. Ancré à gauche (avec une plus forte représentation socialiste et radicale que communiste), attaché à la mise en œuvre du programme du CNR, le CDL de la Sarthe établit les meilleures relations possibles avec le préfet Costa : « le CDL n’épouse pas les positions les plus critiques et apporte toujours son appui au préfet dont il ne conteste jamais le pouvoir. Nous sommes donc en présence d’un CDL “obéissant” » a écrit Jacques Termeau. Ledru, qui, avec cinq autres délégués du CDL de la Sarthe (le socialiste Jean Cureau et les représentants de Libération-Nord, du MRP, de L’OCM et du Front national) participa aux États-généraux de la Renaissance française à Paris du 10 au 14 juillet 1945, souhaitait que la tâche des CDL soit des plus limitées dans le temps . Lui-même reprit très vite ses activités professionnelles et selon un rapport du préfet daté du 3 novembre 1945, lors d’une réunion des présidents de CDL à Paris, à une date non indiquée, il fut le seul à voter pour la suppression des comités.

Lors des cantonales de septembre 1945, le projet de candidature de Ledru à La Flèche fut rejeté par la section locale de la SFIO qui lui préféra le président du Comité local de libération (CDL), le socialiste indépendant Fernand Guillot, qui, sans concurrence à gauche, l’emporta au premier tour.

Les socialistes sarthois eurent trois élus (sur 5 sièges de députés) à chacune des assemblées constituantes (21 octobre 1945 et 2 juin 1946) dont Ledru, placé en seconde position sur leur liste de candidats, entre Christian Pineau et Marie Oyon. Au cours de son deuxième mandat, le Groupe socialiste le désigna pour siéger à la Haute-cour de justice, le 21 juin 1946. Parmi les revendications locales dont le député Ledru souhaita l’aide de l’État : la création d’un aérodrome à Arnage, près du Mans, l’établissement d’une ligne de trolleybus au Mans.

Ledru ne figurait plus sur la liste des candidats socialistes aux élections législatives du 10 novembre 1946, François Dornic*, la “coqueluche” du moment de la section sarthoise, lui ayant été préféré. Aigri d’avoir été écarté au profit d’un homme adhérent depuis moins de cinq ans et qui n’avait aucun fait de Résistance à son actif (et qui fut battu), surtout opposé à la Troisième Force, Ledru s’éloigna de la SFIO et se rapprocha du PCF. Exclu de ce fait de la SFIO, il devint en octobre 1948 le responsable du Parti socialiste unitaire dans la Sarthe, formation qui resta à l’état de groupuscule.

De 1947 à 1953, aux côtés des communistes, Ledru mena localement une intense activité politique. En mai 1947, il s’employa à contrer la montée du RPF en présidant le Comité de vigilance et de défense républicaine de la Sarthe dont le bureau comprenait les secrétaires de l’UD-CGT, du Front national et de l’Union des Femmes Françaises (UFF). En octobre 1947, porté dixième sur la liste d’Union Républicaine et de la Résistance (URR) constituée par le PCF, mais septième élu sur les neuf qu’elle compta, grâce au vote préférentiel, il entra au conseil municipal du Mans comme opposant au nouveau maire gaulliste Jean-Yves Chapalain, un de ses anciens camarades socialistes. Au second tour de l’élection du 7 novembre 1948 pour le Conseil de la République, dans la Sarthe, le Parti socialiste unitaire et le PCF fusionnèrent leurs listes (aucun élu). Aux cantonales de 1949, dans le troisième canton du Mans, largement distancé au premier tour, il se désista pour le candidat communiste, qui fut battu par celui du RPF.
Ledru rallia les Combattants de la Paix et de la Liberté : membre du bureau provisoire sarthois de la fin 1948 au 4 avril 1950 puis membre du bureau définitif. Il signa des pétitions réclamant la paix en Indochine. En avril 1950, il présida un meeting de soutien à Maurice Lefebvre, communiste et ancien du CDL, poursuivi dans le cadre de son militantisme pour la Paix. Ledru s’exprimait publiquement lors de rassemblements unitaires de Résistants mais aussi pour protester lorsque la Résistance et le programme du CNR lui semblaient bafoués.

Très attaché à l’unité de la CGT, Ledru combattit la scission de 1947, demandant, par exemple, mais en vain, à ses collègues conseillers municipaux du Mans de ne pas accorder de subventions à l’UD-FO de la Sarthe. Du 24 avril 1947 à 1955, élu syndical, il accomplit trois mandats d’administrateur de la Caisse primaire de Sécurité Sociale de la Sarthe. En mai 1949 il accepta la fonction de délégué cantonal auprès d’une école du Mans (fonction qu’il exerçait toujours en 1970).

Aux municipales de 1953, la non-candidature de Ledru, de plus en plus engagé dans la Nouvelle Gauche, signifiait-elle son éloignement du PCF ? À celles de 1959, avec l’étiquette Socialiste autonome, il conduisit au Mans la liste de l’Union des Forces démocratiques (UFD), qui, avec une moyenne de liste de 5,7 %, arriva bonne dernière, loin du score des listes UNR (34,5 %), communiste (29,2 %), SFIO (14,8 %), MRP (14 %). Les pourparlers en vue d’une fusion des listes de gauche au second tour échouèrent et l’UNR l’emporta. Ce fut la dernière intervention de Ledru sur la scène politique sarthoise, précédée, le 27 février 1959, lors des assises annuelles du Conseil départemental du Mouvement de la Paix, d’un appel, au nom de l’UFD, pour une paix négociée en Algérie.

En plein putsch des généraux à Alger (22-25 avril 1961), discrètement, il envoya sa carte de visite au préfet l’informant qu’il se tenait « à la disposition du chef de l’État pour toute mission que celui-ci pourrait éventuellement lui confier pour aider à la défense effective de notre Patrie contre les factieux d’Alger ». Dans une courte note de police à l’intention du préfet et accompagnant sa carte on lit que Ledru, ancien président du CDL, ancien député, retraité EDF, était « ancien lieutenant-colonel des FFI, grade qu’il n’a pas fait homologué à la Libération ». Il resta disponible pour toute initiative émanant de groupes d’anciens Résistants telle l’Association nationale des anciens combattants de la Résistance (ANACR) qui lui confia la présidence d’honneur d’une conférence sur le Problème allemand qu’elle organisa au Mans le 19 mai 1961 avec le concours de Georges Jouneau, Compagnon de la Libération.

Médaillé de la Résistance, Ledru avait reçu en 1956 la Croix du Combattant volontaire de la Résistance en 1956. Officier d’académie, il était aussi chevalier du Mérite social.

Il fut inhumé le 8 juillet 1975 au Mans, dans la plus stricte intimité.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article107782, notice LEDRU Henri, Louis par Gérard Boëldieu, version mise en ligne le 14 novembre 2010, dernière modification le 13 février 2015.

Par Gérard Boëldieu

Henri Ledru
Henri Ledru
Carte de l’Assemblée nationale constituante
Carte de l’Assemblée nationale constituante

SOURCES : La République sociale (organe de la SFIO de la Sarthe) du 2 juin 1946 : notice biographique. — Archives de l’OURS, d’après des notes remises par Gilles Morin. — Arch. dép. de la Sarthe : 1134 W 561 (cantonales de 1945) ; 1134 W 533 (élection du 21 octobre 1945) ; 1278 W 352 (sur le Parti socialiste unitaire) ; 1278 W 336 (débuts du Mouvement de la paix) ; 1359 W 124 (le Mouvement de la paix pendant la guerre d’Algérie) ; 1359 w 121 (soulèvement militaire d’Alger, 22-25 avril 1961). -– Archives de Henry Lelièvre, ancien secrétaire du Conseil départemental du Mouvement de la Paix (déposées aux Arch.dép. de la Sarthe). — Arch. mun. du Mans : délibérations du conseil municipal du Mans entre 1947 et 1953. — Centre régional d’Archives historiques (CRAH) de la Sécurité Sociale au Mans : procès-verbaux des séances de la Caisse primaire de la Sarthe. — Bulletin de l’Enseignement primaire du département de la Sarthe. – Robert Jarry, Les communistes au cœur des luttes des travailleurs sarthois (2 tomes), Le Mans, 1970. – Jacques Termeau, « Le Comité départemental de la Libération de la Sarthe 1944-1945 », Bulletin de la Société d’Agriculture, Sciences et Arts de la Sarthe, 1989 (paru en 1990), p. 123 à 135. — Jacques Termeau, La Sarthe, in Les pouvoirs en France à la Libération, sous la direction de P. Buton et J-M Guillon, Paris, Belin, 1994. — Joseph Estevès, 200 figures de la Résistance et de la Déportation, 2009, (sans nom d’éditeur), p. 144. — Le Travailleur sarthois, 1937-1939. — Le Monde, 11 juillet 1975. — R. Gaudy, Les porteurs d’énergie, Paris, Temps actuels, 1982. — B. Weiss, La Fédération légale de l’Éclairage CGT (1936-1944), mémoire de maîtrise, Paris VII, 1995. — Le Monde, 11 juillet 1975 (Nécrologie). — État civil de Mamers.

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