LE CHANOIS Jean-Paul [né DREYFUS Jean-Paul, Étienne]

Par Nicole Racine

Né et mort à Paris, 25 octobre 1909-8 juillet 1985 ; attaché aux services techniques de Pathé-Cinéma (1932-1935), assistant-metteur en scène (1935-1939), auteur et metteur en scène depuis 1945 ; membre du groupe « Octobre » (1932-1936), secrétaire général de la Fédération du Théâtre ouvrier français (FTOF), puis de l’Union des Théâtres indépendants de France (UTIF) ; membre du PCF en 1933 ; résistant.

Jean-Paul Dreyfus adopta le nom de Le Chanois pendant l’occupation allemande. Le Chanois est la forme francisée d’O’Chonois, nom des ancêtres irlandais de sa mère, venus en France au XVIIIe siècle ; Le Chanois devint son nom légal par décret en 1961. Fils d’Henri Dreyfus, d’origine alsacienne, docteur en médecine et de Lucie Lelion-Le Chanois, il passa sa licence en droit et sa licence de philosophie. À la Sorbonne, il avait fondé un groupe « psychologique » pour pouvoir parler de Freud, ignoré à ce moment dans l’Université. Puis il pratiqua de nombreux métiers (électricien, ouvrier agricole, plongeur dans un restaurant, garçon de restaurant, barman). Passionné de cinéma, il fit connaissance de Jean-Georges Auriol qui lui proposa d’entrer comme secrétaire de rédaction à la Revue du Cinéma éditée par Gallimard. Il y rencontra Jacques Prévert qui eut sur lui une grande influence sur le plan intellectuel. Le Chanois fit partie du petit groupe constitué autour de Prévert, avec Louis Bonin (qui se faisait appeler Lou Tchimoukow). Ce fut J. Prévert qui conduisit Le Chanois des idées plutôt « anarchisantes » à une activité militante communiste à travers l’expérience théâtrale du groupe Octobre. Celle-ci commença en avril 1932 par la rencontre de Prévert, L. Bonin, Le Chanois avec un groupe théâtral militant, le « groupe de choc Prémices » qui était venu demander conseil à Prévert. De cette rencontre devait sortir le groupe Octobre que Prévert accepta d’aider. Le premier texte fut d’ailleurs écrit par Le Chanois lui-même (« Vive la presse ») dont Prévert fit le chœur parlé ; mis en scène par L. Bonin, joué par Le Chanois, Prévert et Duhamel, il fut porté au « groupe de choc Prémices ». Prévert fit adopter le nom de « groupe Octobre » et donna une impulsion décisive au nouveau groupe en écrivant les textes destinés à être joués (« La Bataille de Fontenoy »). Le sketch « Vive la presse » fut joué lors de nombreuses fêtes ouvrières ainsi que « La Bataille de Fontenoy », notamment en janvier 1933 au IIe congrès de la Fédération du Théâtre ouvrier français (Le Chanois y interprétait à la fois le rôle du déserteur et celui de Poincaré). Le groupe Octobre qui se produisit dans de nombreuses fêtes syndicales, aux fêtes de l’Humanité, y présentait, outre les textes déjà cités, d’autres textes militants comme « Les Nègres de Scottsborough », « Citroën ». Le groupe participa pour la première fois en mai 1932 à la manifestation au Mur des Fédérés. L’esprit militant du groupe Octobre a été rappelé par de nombreux témoins, « nous jouions comme nous aurions vendu l’Humanité » rappelle Marcel Duhamel. En juin 1933, Jean-Paul Le Chanois participa avec une délégation du groupe Octobre au festival du Théâtre ouvrier à Moscou ; le groupe Octobre reçut le premier prix avec « La Bataille de Fontenoy ». À son retour, Jean-Paul Le Chanois exprima son enthousiasme pour ce qu’il avait vu en URSS et il adhéra au Parti communiste en 1933 ; il donna également son adhésion à l’AEAR. Le Chanois, qui était entré comme chef de plateau à Pathé-Cinéma en 1932, devint par la suite assistant-metteur en scène de J. Duvivier, M. Tourneur, J. Renoir, A. Litvak (1935-1939), Max Ophüls.

Délégué du groupe Octobre à la Fédération du Théâtre ouvrier français (FTOF), il devint secrétaire général de cette organisation qu’il conduisit à rechercher l’appui des dramaturges professionnels ; il fonda l’Union des Théâtres indépendants de France (UTIF) qui se substitua en avril 1936 à la FTOF. Le Chanois fut secrétaire général de l’UTIF à laquelle adhérèrent les théâtres du « Cartel », G. Pitoëff, Ch. Dullin, G. Baty, L. Jouvet, « Le Rideau gris de Marseille » d’A. Roussin et « Le Rideau de Paris » de M. Herrand et J. Marchat.

En 1936, Le Chanois fut chargé de la production du film La Vie est à nous commandé par le PC à Renoir en vue des élections législatives et fut coscénariste du film. Après le succès du Front populaire, Le Chanois monta Le Quatorze Juillet de Romain Rolland à l’Alhambra. Il fut l’un des fondateurs de la Société La Marseillaise qui produisit le film de Jean Renoir. Participant enthousiaste des grandes manifestations du Front populaire, Le Chanois a souvent rappelé par la suite l’atmosphère et l’esprit de cette période. En 1937, il réalisa Le Temps des Cerises, sur la misère des vieux. Désireux d’être un témoin de son temps par le cinéma, il tourna plusieurs documentaires, sur l’Exposition de 1937, sur la Commune (Le Souvenir), sur Paul Vaillant-Couturier (La Vie d’un homme), sur la guerre d’Espagne (Espagne 36, SOS Espagne, L’ABC de la liberté, Au secours du peuple catholique basque).

Il nous dit avoir constitué pendant l’Occupation allemande, dès novembre 1940, un réseau de Résistance du Cinéma, bientôt rattaché à la CGT clandestine, qui, le premier, fit parvenir à Londres des photos prises dans la clandestinité. En 1943, il entra en contact avec les maquis du Vercors pour tourner sur place un film sur les combattants ; ainsi vit le jour Au cœur de l’orage commencé en 1943, seul film tourné pendant l’Occupation sur les maquis et la lutte armée. L’œuvre fut terminée en mars 1945 avec des séquences reconstituées, mais jouées avec la collaboration des survivants afin de remplacer les plans qui avaient été détruits. Après la guerre, le cinéaste poursuivit son activité de metteur en scène et de dialoguiste. Citons L’École buissonnière qui s’inspirait de l’histoire de l’instituteur Célestin Freinet à Saint-Paul-de-Vence, des films qui connurent un grand succès comme Sans laisser d’adresse (1950), Papa, Maman, la bonne et moi (1945), Les Évadés (1955), premier film sérieux sur les prisonniers de guerre 1939-1945, Le cas du Docteur Laurent (1956) sur l’accouchement sans douleur ; Jean-Paul Le Chanois mit également en scène Les Misérables de Victor Hugo (deux films, 1957-1958). Citons également des réalisations pour la télévision, notamment La Paroi, sur la montagne et l’écologie (1972). Il présidait l’Association des auteurs de films depuis 1975 et l’association « L’Image et la mémoire » qui, en liaison avec la branche audiovisuelle du CNRS, enregistra en vidéo les témoignages des personnalités vivantes qui ont compté dans l’histoire du cinéma. S’il était proche du PCF après la Libération, il n’eut pas véritablement d’activité militante durant la période postérieure à la Seconde Guerre mondiale.

Jean-Paul Le Chanois avait épousé Micheline Fontaine le 10 mai 1969.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article107759, notice LE CHANOIS Jean-Paul [né DREYFUS Jean-Paul, Étienne] par Nicole Racine, version mise en ligne le 12 novembre 2010, dernière modification le 15 avril 2013.

Par Nicole Racine

SOURCES : Textes de Jean-Paul Le Chanois : « De la rue Dauphine au Studio », Ciné-Club, janvier 1949. — Témoignages sur le Front populaire in La Nouvelle Critique, décembre 1955, p. 17-21. — Intervention au colloque « Le Front populaire de 1936 et l’action de Maurice Thorez », Cahiers de l’Institut Maurice Thorez, 3-4 mars 1967. — La Revue du Cinéma. 1928-1931, 1946-1949. Édition du Cinquantenaire en fac-similé. Préfacée par J.-P. Le Chanois et J. Doniol-Valcroze, P. Lherminier, 1979. — On peut consulter les ouvrages et articles suivants : Bernard Chardère, « J. Prévert et le groupe Octobre », Premier Plan, novembre 1960, n° 14. — Marcel Duhamel, Raconte pas ta vie..., Mercure de France, 1972, 620 (16) p. — Michel Fauré, Le Groupe Octobre, C. Bourgois, 1977, 402 p. — Roger Boussinot, L’Encyclopédie du Cinéma, Bordas, 1980, 2 vol., XXI-1332 p. — Maryse Poch, Le groupe Octobre. Expérience de théâtre politique, Mémoire de Maîtrise (Lettres modernes), 1970, Paris I. — Who’s who in France ? Laffitte. — Entretiens avec J.-P. Le Chanois, avril-mai 1982. — Encyclopédia Universalis, 1986. — Le Monde, 11 juillet 1985.

ICONOGRAPHIE : Bernard Chardère, art. cité. — Michel Fauré, op. cit.

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