SOUFFRIN Paul

Par Jean-François Lassagne

Né le 16 mai 1932 à Courbevoie (Hauts-de-Seine) ; médecin anesthésiste à l’hôpital de Bordeaux (Gironde) de 1961 à 1966, puis au CHR de Thionville (Moselle) ; militant communiste ; maire de Thionville durant trois mandats de 1977 à 1995 ; membre du bureau fédéral communiste de Moselle ; conseiller régional de Lorraine de 1986 à 1989 ; sénateur communiste de Moselle de 1983 à 1992 ; docteur ès Lettres (1998), spécialiste de Raymond Queneau.

Paul Souffrin en 1987
Paul Souffrin en 1987

Paul Souffrin naquit à Courbevoie (Hauts-de-Seine), d’un couple immigré roumain d’origine juive, tous deux athées comme leurs parents. Né à Ivesti (Roumanie) en février 1901, son père Emmanuel Bergman fit ses études d’ingénieur en France, à Toulouse d’abord, puis à Nancy. Licencié de l’entreprise Philips pour son soutien aux travailleurs au moment du Front populaire, il s’installa à son compte, et construisit des postes TSF à domicile. Engagé volontaire en 1939, il fut arrêté en 1941, puis déporté à Auschwitz en 1942 où il mourut un mois plus tard, le 26 juillet. En 1931 à Paris il avait épousé Cornélia Suffrin (Souffrin par la suite), qui était née à Bucarest (Roumanie) le 21 mars 1910, et qui mena des études aux Beaux Arts, ainsi qu’en philologie allemande à la Sorbonne. À l’arrestation de son mari, elle demeura seule avec ses deux fils, Paul Souffrin et son frère Pierre Souffrin, né en 1935, qui devint astrophysicien et historien des sciences de renom, collaborateur d’Evry Schatzmann, et qui mourut en 2002. À la Libération, Cornélia Souffrin dut faire face avec courage à cette période de « vaches maigres » dans les difficiles conditions d’existence de l’époque, et devint interprète au Groupement de Contrôle Radiophonique du Ministère de la Guerre, puis à partir de 1950, elle s’engagea dans des études de chirurgie dentaire et ouvrit un cabinet à Colombes en 1953. Elle mourut à Nice en 1996.

Avec la guerre, Paul Souffrin vécut une scolarité mouvementée, ne restant jamais plus de deux ans dans le même établissement. Il connut à Paris les XIe et VIIe arrondissements, ensuite Nice, La Colle-Sur Loup (Alpes-Maritimes), puis Le Raincy après la Libération. Il fréquenta ensuite le lycée Buffon, puis, pupille de la Nation, il obtint une bourse qui lui permit d’étudier au lycée Français de Londres en classes de troisième et seconde (de 1947 à 1949) ; il revint à Paris au lycée Condorcet où il passa avec succès le baccalauréat. Dès dors il s’engagea dans les études de médecine à Paris en 1952, puis à Tours à partir de 1954, où en octobre de la même année, il adhéra au Parti communiste.

En 1956, à Paris où elle était née en 1936, il épousa Annie Jouannault, une tourangelle militante de l’UJFF (Union des jeunes filles de France), dont le père était un cheminot militant de la CGT. Ils eurent trois enfants.

Paul Souffrin effectua son service militaire de 1959 à 1961 à Bordeaux, où par la suite il occupa un poste d’assistant anesthésiste à l’hôpital, de 1961 à 1966. Membre de la cellule communiste de l’établissement, il militait à la base. Il partit ensuite pour Thionville à l’hôpital Beauregard (Bel-Air par la suite) à la suite d’un concours et malgré quelques réticences préfectorales. Responsable successivement du service d’anesthésie qu’il venait de créer, du service de réanimation qu’il mit également en route, il assura également la responsabilité du poste de transfusion sanguine. Continuant de militer, il créa la cellule communiste de l’hôpital, et fut élu membre du comité fédéral de Moselle.

En 1976 il fut alors choisi pour être le candidat communiste dans le canton de Thionville Ouest, à une élection où il ne fut battu que de cinquante voix par le candidat de la droite. Dès 1977 à la tête d’une liste d’union de la gauche qui gagna les élections municipales, il se retrouva maire de Thionville. Réélu en 1983, l’élection fut annulée, et c’est au premier tour qu’il gagna les élections de 1984. Reconduit une nouvelle fois en 1989, la ville bascula ensuite à droite en 1995. Durant ces trois mandats, la majorité municipale de gauche conduite par Paul Souffrin s’attacha à développer une forte politique sociale dans un secteur frappé par les fermetures d’usines sidérurgiques et de mines de fer, ainsi qu’une politique culturelle marquée en particulier par l’installation à Thionville du TPL (Théâtre Populaire de Lorraine), ou la construction de salles, et la mise en place d’ animations de quartiers.

Ne souhaitant pas être élu national, il déclina d’abord une candidature à la députation, mais contre toute attente, Paul Souffrin fut le premier communiste de Moselle élu sénateur en 1983, dans le seul groupe parlementaire présidé alors par une femme, Hélène Luc. C’est chez lui d’ailleurs qu’il apprit son élection, persuadé que cela ne se produirait pas, et cela l’amena à composer avec l’hôpital et à prendre sa retraite pour assumer son mandat. Très soucieux des particularismes mosellans, il s’attacha entre autre à défendre au Sénat le régime local de sécurité sociale des travailleurs, hérité de l’annexion de l’Alsace-Lorraine au Reich allemand de 1870 à 1918. Élu conseiller régional de Lorraine en mars 1986, il fut remplacé en 1989, pour cause de cumul de mandats, par Raymond Schwenke*.

À l’issue de son mandat sénatorial en 1992, il reprit son poste à mi-temps à l’hôpital, jusqu’à son départ à la retraite en mai 1997, et s’inscrivit à la faculté des Lettres de Metz où il obtint une maitrise puis un DEA (Diplôme d’Etudes Approfondies) des sciences du langage. Il poursuivit alors ses études à Paris, par une thèse de doctorat consacrée à Raymond Queneau en 1998. Durant son mandat de maire, il avait accueilli plusieurs colloques de littérature consacrés à cet auteur, ainsi qu’à Victor Hugo, dans le courant les années quatre-vingt-dix. Membre de la FNDIRP, il installa le Musée de la Résistance à Thionville qui fut inauguré par le ministre Jean Laurain* le 18 novembre 1984, et dont il devint le trésorier de l’association de gestion. Opposé à la démarche majoritaire du Parti communiste de Lorraine qui fit liste commune avec le Parti Socialiste dès le premier tour des élections régionales de mars 2010, il figura parmi les candidats du Front Lorrain de Gauche. Attaché à son parti et à son journal, il demeura un fidèle diffuseur de l’Humanité à Thionville.

Paul Souffrin était également membre du Secours populaire et des Amis de la Commune de Paris 1871 à la section du Luxembourg. Il était chevalier de la Légion d’Honneur et chevalier des Palmes Académiques.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article107690, notice SOUFFRIN Paul par Jean-François Lassagne, version mise en ligne le 6 novembre 2010, dernière modification le 6 novembre 2010.

Par Jean-François Lassagne

Paul Souffrin en 1987
Paul Souffrin en 1987
Paul Souffrin et Anicet Le Pors, Ministre de la Fonction Publique (1983,) et Paul Souffrin au Sénat (1987).
Paul Souffrin et Anicet Le Pors, Ministre de la Fonction Publique (1983,) et Paul Souffrin au Sénat (1987).
Collection Paul Souffrin

SOURCES : Entretiens avec Paul Souffrin en octobre et novembre 2009.

ICONOGRAPHIE : photographies : Paul Souffrin et Anicet Le Pors, Ministre de la Fonction Publique (1983,) et Paul Souffrin au Sénat (1987). Collection Paul Souffrin.