CRÉMIEUX Albert [CRÉMIEUX Rubens, Albert, dit « Jean-Pierre »]

Par Michel Dreyfus, Claude Pennetier

Né le 10 novembre 1899 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; mort le 15 février 1967 à Paris (IVe arr.) ; militant communiste jusqu’en 1925 ; journaliste à l’Humanité puis à La Victoire ; secrétaire général de la Confédération générale ouvrière créée le 15 juin 1936.

C’est au lendemain des grèves de mai 1920 qu’Albert Crémieux adhéra au Parti socialiste. Il était selon son propre témoignage « fils de parents divorcés et tous deux remariés » et avait dû « dès l’âge de quinze ans se débrouiller seul ». De 1916 à sa mobilisation, il fut successivement « employé, chauffeur de locomotive, manœuvre, portefaix, camionneur, plongeur ». Il se maria le 28 février 1922, à Alger, avec Mazeltob Zemirou. Militant du Parti communiste après le congrès de Tours (décembre 1920), il fut secrétaire de section à Pavillons-sous-Bois (Seine) puis délégué à la propagande, rédacteur puis chef de service à l’Humanité. En 1925 il était gérant du journal L’Ouvrier et directeur — gérant du journal Le Travail et les travailleurs.

Ce fut cette année-là qu’il participa à l’affaire de la rue Danrémont où pendant la campagne électorale des élections municipales qui eurent lieu en mai, les communistes tentèrent de s’opposer par la force à la tenue d’un meeting des Jeunesses patriotes, organisation d’extrême droite. Le heurt fut des plus violents et, sous la direction de François Chasseigne, responsable du service d’ordre, les militants du Parti communiste intervinrent physiquement. Il y eut des morts et des blessés. Albert Crémieux a raconté cet épisode, bien que de façon romancée, dans Cellule 93. C’est fin 1929, semble-t-il, qu’Albert Crémieux quitta le Parti communiste. Dans les années qui suivirent il s’orienta vers le métier d’économiste et d’écrivain. Une brochure éditée par le Parti communiste en 1931 (Brochette d’agents provocateurs, op. cit.) le signalait comme collaborateur du journal La Victoire et militant des syndicats unionistes. Au cours des années 1929-1931 Albert Crémieux publia plusieurs romans (Cf. œuvre) témoignant de son expérience antérieure. Bien qu’ayant rompu avec le Parti communiste, il n’en parlait pas alors avec agressivité, mais plutôt de façon ironique et désabusée et avec une certaine sympathie pour ses militants. Dans sa préface à Cellule 93 tout en précisant bien qu’il considérait le communisme comme un « mirage », il ajoutait aussitôt qu’il se tiendrait « pour déshonoré si une seule ligne de ces courts souvenirs ou de ceux du même genre publiés par ailleurs pouvait apparaître comme écrite dans le dessein de nuire à ceux qui ont été mes camarades ».

Cependant Albert Crémieux évolua puisqu’en 1934, il adhéra au Parti socialiste national de Gustave Hervé. Il collaborait à La Victoire et à l’Intransigeant.

Albert Crémieux fut secrétaire général de la Confédération générale ouvrière fondée le 15 juin 1936. Selon un rapport de police en juillet 1936, cette organisation ne groupait alors « qu’un petit nombre de personnes » et les ressources dont elle disposait étaient « à peu près nulles ». Selon ses statuts et son journal Le Travailleur français, elle paraissait se tenir exclusivement sur le plan syndical. Toujours selon ce rapport de police, il n’apparaissait pas « qu’elle soit à la remorque d’un parti politique quelconque... Il est à noter que La Victoire, organe du Parti socialiste national n’a jamais jusqu’à ce jour mentionné la Confédération générale ouvrière ». Selon ses statuts, cette Confédération avait pour but de grouper en dehors de toute préoccupation professionnelle ou politique les salariés de l’un ou l’autre sexe : ouvriers, employés ou techniciens soucieux de défendre, dans le cadre des lois en vigueur leurs droits professionnels. Le siège de la Confédération était déclaré 37 rue Joubert à Paris (IXe arr.), au domicile parisien de Crémieux qui possédait un autre logement 37 boulevard Thiers à Argenteuil (Seine-et-Oise). L’association était dirigée, en 1936, outre par son secrétaire général, par son secrétaire Edmond Biedermann et son trésorier René Jehanno, et, en 1939, par Robert Lespagnol, Gervais Le Lanno, Léopold Peltier (secrétaires adjoints), Émile Martin (trésorier).

L’on retrouve Albert Crémieux pendant la Seconde Guerre mondiale où, « bien que dégagé par son âge de toute obligation militaire » il fit la guerre en première ligne, « autant par patriotisme que par haine du nazisme ». De septembre à décembre 1940, il fut à l’hôpital militaire de Clermont-Ferrand. Il devint ensuite secrétaire d’un bureau de garnison puis secrétaire de mairie à Massiac dans le Cantal pendant dix-huit mois, où il utilisa ses fonctions pour faire de nombreux faux-papiers et aider la Résistance. Sous le coup d’une dénonciation, il dut s’enfuir et travailla ensuite pour le service de renseignements, jusqu’à la fin de la guerre, comme il le raconta dans Trois étapes.

Marié, il était père de deux enfants nés vers 1924 et 1930.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article107397, notice CRÉMIEUX Albert [CRÉMIEUX Rubens, Albert, dit « Jean-Pierre »] par Michel Dreyfus, Claude Pennetier, version mise en ligne le 4 novembre 2010, dernière modification le 25 juillet 2013.

Par Michel Dreyfus, Claude Pennetier

ŒUVRE : Collaboration aux journaux cités dans la biographie. — Cellule 93, Paris, Nouvelle société d’édition, 1929, 256 p. — Le grand soir, Paris, Nouvelle société d’édition, 1929. — Jours sans pain, Paris, Nouvelle société d’édition, 1930, 254 p. — Fosse 15, Paris, Nouvelle société d’édition, 1930, 254 p. — Forçats, Paris, Nouvelle société d’édition, 1931, 282 p. — Trois étapes, Paris, Nouvelle société d’édition, 1946, 302 p. — L’homme qui parlait aux bêtes, Paris, Éditions Gœlettes, 1946, 198 p. — Chute libre, Paris, Éditions Metal, 1954, 222 p. — La parole perdue, roman d’anticipation scientifique, Paris, Éditions Metal, 1956, 192 p. — Jaurès tel qu’il fut (?). — Banlieue rouge (?).

SOURCES : Arch. PPo. 300, rapport du 24 juillet 1936 et de 1939. — Brochette d’agents provocateurs (Liste noire), op. cit., 1931, p. 22. — Ouvrages cités à œUVRE. — État civil de Marseille.

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