BLOT Henri

Par Odette Hardy-Hémery

Né le 23 décembre 1908 à Somain (Nord), mort le 12 juillet 1945 à Strasbourg (Bas-Rhin) des conséquences de sa déportation ; mineur puis cheminot ; militant communiste et résistant.

Henri Blot était fils de Jean-Baptiste Blot (né le 9 janvier 1882 à Loos-en Gohelle et de Virginie Dufour née à Haveluy. Son père mourut en juin 1916 à Verdun à la côte 304 à trente-quatre ans. Henri Blot eut une scolarité studieuse et s’inscrivit très jeune aux Jeunesses communistes. Le 5 avril 1929, il épousa Marie Parent, née le 11 avril 1912 à Haveluy ; le couple eut trois enfants : Jean, Jeannine et Henri. Dès 1921, à treize ans, Henri Blot fut embauché à la mine comme mineur de fond ; il effectua son service militaire du 22 octobre 1929 au 15 octobre 1930.

Le 21 octobre 1930, Henri Blot reprit son métier de mineur puis entra, en 1931, aux chemins de fer de la compagnie des Mines d’Anzin. Très vite, il devint un dirigeant d’une section syndicale CGTU, puis, conjointement, membre du comité de section du Parti communiste de Denain. En 1936, il fut un des dirigeants de la grande grève aux chemins de fer d’Anzin et devint le premier secrétaire de la section de Denain du Parti communiste. Par mesure de représailles, il fut trois mois au chômage, puis licencié en 1937 des chemins de fer d’Anzin, il resta un an sans retrouver du travail.

En 1938, Henri Blot fut embauché aux Ateliers centraux des Forges et Aciéries de Denain-Anzin. Mobilisé le 3 septembre 1939, il participa à la bataille d’Abbeville où il obtint la croix de guerre avec étoile de bronze. Le 7 septembre 1940, il fut démobilisé à Pithiviers. À peine avait-il réintégré son foyer qu’il entra dans la résistance, l’Organisation spéciale communiste, à la demande de son ami Ernest Fiévet. Il prit une part très active aux grèves des mineurs, aux sabotages aux Forges et Aciéries de Denain-Anzin et à ceux des Anciens établissements Cail, aux sabotages des voies ferrées et de lignes téléphoniques. Avec son ami Ernest Fiévet et quelques autres, ils incendièrent des camions de l’armée allemande casernée provisoirement à l’école Voltaire de Denain, établirent des liaisons nouvelles, aidé par sa femme Marie qui était agent de liaison FTP et par la suite membre de l’Union des femmes françaises. Tous deux cachèrent des illégaux dans une cave secrète et les nourrirent malgré les pires difficultés du moment.

Henri Blot était au sommet du triangle de direction de la résistance communiste du canton de Denain et environs, sous l’égide d’Émile Gary, responsable départemental. Dans ce triangle le politique était Henri Blot, chargé des liaisons entre secteurs et réseaux ; le M, ou « Masses », partie syndicale dans cette section de Denain et environs était Ernest Fiévet. Le O ou organisateur était Jules Eudes. Ce triangle resta en place environ deux ans, pour être éliminé en août 1942. Aussitôt, un autre triangle se mit en place : il était constitué du P, Alexandre Baudouin*, du M, Placide Leduc*, du O, Léon Tilmont*. Le triangle ne dura que trois mois, éliminé à son tour par les nazis ; il fut tout de suite remplacé par le P, Josué Degaughe, le O, René Josson ; le M, Henri Deudon. La création de ce triangle coïncida avec l’apparition de la 19e compagnie.

Henri Blot fut arrêté le 19 août 1942, tôt le matin, aux Forges et aciéries de Denain-Anzin. En effet, un ses camarades, arrêté, n’avait pas eu le temps de détruire un petit carnet de papier à cigarettes OCB qu’il avait sur lui et sur lequel se trouvait une liste de noms dont celui d’Henri Blot. Ce dernier, conduit sans ménagement au commissariat de Denain, y fut passé à tabac. Dans l’après-midi, il fut torturé dans les caves du lycée de jeunes filles de Valenciennes, siège de la Kommandantur. Il avait à faire à l’inspecteur Rigal auquel il n’avoua rien. Son chemin passa ensuite par la prison de Cuincy, puis la cour spéciale de Douai le condamna à trois ans d’emprisonnement pour activités résistantes le 8 octobre 1942. Ils furent douze à être condamnés ce jour-là. Les autres étaient Ernest Fiévet 33 ans, Jules Eudes, 35 ans, Jean Pétillon, 36 ans, Charles Lévêque, 44 ans, Henri Deudon, 32 ans, Yvon Morival, 36 ans, Jeanne Maillet, condamnée aux travaux forcés à perpétuité par contumace. Quatre autres résistants furent condamnés à mort : Jules Bridoux, 21 ans, Sylvano Lunazzi, 35 ans, Germinal Martel, 20 ans, Léon Delbecq, 45 ans. Le 16 décembre 1942, Henri Blot fut désigné comme otage. En 1943, il fut transféré à la citadelle de Huy (Belgique) avec Jean-Marie Fossier, Jules Eudes, Ernest Fiévet. Il resta du 19 août au 15 septembre 1943 dans cette forteresse. En octobre 1943, il fut déporté à Vught Hertogenbosch (Hollande), après avoir appartenu à divers Komandos, il fut versé dans celui de la Luftwaffe ; chargé de récupérer des pièces sur des avions abattus, il les sabota autant que possible. Il y subit mille souffrances avec ses camarades Léon Tilmont et Léon Fraysse : marche autour du camp pendant plusieurs heures les mains sur la tête, obligation de travailler avec le pied cassé en ce qui concerne Henri Blot.

En septembre 1943, Henri Blot fut déporté à Dachau, versé entre autres dans le commando Kotern, il travailla à la construction d’abris ; il fut aidé dans ses actions de résistance par un autre déporté, Edmond Michelet, militant des mouvements d’action catholiques et futur ministre, alors chargé du service de désinfection pouvant aller et venir librement dans le camp. En 1944, Henri Blot fut élevé au grade de capitaine FTP. Quand les Américains libérèrent le camp en 1945, Henri Blot était atteint du typhus. Le 28 avril 1945, il entra à l’hôpital militaire de Strasbourg et y décéda le 12 juillet à 37 ans. Le 1er août, il fut enterré à Haveluy. En hommage à sa mémoire, une cellule de la section de Denain du Parti communiste porta son nom.

Le 16 novembre 1962, Henri Blot reçut à titre posthume, des mains de son ami Ernest Fiévet, la médaille de la résistance française, la croix de guerre avec palmes, la médaille de chevalier de la Légion d’honneur ; le stade d’Haveluy porte son nom.

Henri Blot eut aussi des activités extra-politiques et extra-résistante : avec sa femme, il avait créé une société de gymnastique appelée L’Églantine ; ils en étaient tous deux moniteurs et dirigeants ; il jouait de la musique et, surtout, utilisait la plus grande partie de son temps libre à aider les autres, rédigeant des demandes ou des papiers administratifs pour les Polonais venus en force travailler dans les mines.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article1071, notice BLOT Henri par Odette Hardy-Hémery, version mise en ligne le 30 juin 2008, dernière modification le 18 décembre 2014.

Par Odette Hardy-Hémery

SOURCES : Arch. Dép. Nord, témoignage et documents de son fils Henri Blot. — Henri Blot (fils), Henri BLOT, un héros oublié, déposé aux Archives Départementales du Nord sous le N° BH 34128 (consulté par Michel Daems, vice Président de l’ANACR. Comité de
Tourcoing-Roubaix pour le Secteur Flandres).
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