COSTE Claudette [COSTE Claudine, dite Claudette, épouse HUSSEL]

Par Pierre Broué

Née le 25 mars 1879 à Chasse (Isère), morte le 16 octobre 1966 à Vienne (Isère) ; ourdisseuse ; militante syndicaliste et socialiste.

Claudette Coste
Claudette Coste
Cliché fourni par Gérard Jolivet

Fille d’Henri Coste, ouvrier agricole à Chasse, Claudine Coste fréquenta l’école primaire jusqu’au certificat d’études, et y contracta un goût très vif de l’étude et de la lecture. Ourdisseuse dans le textile à Vienne, elle fut l’une des premières femmes dans le département à militer dans une organisation syndicale, dirigeant grèves et délégations ouvrières auprès des patrons à plusieurs reprises. En 1909, la loi ayant ouvert aux femmes les scrutins prudhommaux, elle fut élue au conseil des prudhommes de Vienne ; elle y côtoya Lucien Hussel, représentant des ouvriers de la métallurgie. Elle devint président du conseil. Sur le plan politique, elle adhéra d’abord à la Libre Pensée, puis, dans les environs de 1910, au Parti socialiste. Un de ses biographes anonymes écrit à son propos en 1918 : « Elle est de toutes les batailles : socialisme, syndicalisme, féminisme, libre pensée, coopération ». Pendant la guerre, elle organisa à Vienne le syndicat des locataires, ainsi qu’une coopérative ouvrière. Elle participa également à quatre des grèves qui éclatèrent dans les usines textiles de cette ville. En 1909, elle participa avec des enseignantes au groupe féministe viennois, groupe du invita Madeleine Pelletier à faire une conférence au théâtre municipal.

Après l’arrestation, le 25 mai 1918, des trois dirigeants du mouvement gréviste, Auguste Herclet, Émile Miglioretti et Claudius Richetta, elle fut élue le 25 au comité du syndicat du textile ainsi qu’au comité de grève. Puis elle succéda à Miglioretti aux postes de secrétaire du syndicat du textile de Vienne et de secrétaire — permanente — de la Bourse du Travail. C’est en cette qualité qu’elle négocia avec le gouverneur militaire de Lyon l’autorisation de tenir à nouveau des réunions corporatives dans les locaux de la Bourse du Travail qui ne furent accordées qu’à des conditions très strictes. Elle fut à l’initiative de la grève de 600 tisseurs qui réclamèrent le 17 août une indemnité de vie chère, mouvement qui s’élargit rapidement et se termina par la création d’une commission qui aboutit à la conclusion qu’une telle indemnité était nécessaire. Ce succès augmenta encore sa popularité, qui était grande parmi les travailleurs de Vienne.

À partir de 1919, cependant, les divergences grandirent entre elle et ses camarades qui commençaient à se tourner vers l’Internationale communiste. Elle critiqua les conceptions d’Herclet, son mot d’ordre d’occupation des usines et sa lutte pour des conseils ouvriers. Minoritaire, elle fut largement battue lors de la scission syndicale confédérale. Dès 1923 cependant, elle réorganisa le syndicat CGT du textile de Vienne qui, avec 500 adhérents, était en 1926 l’un des syndicats ouvriers les plus importants du département. Elle refusa obstinément et par principe, toutes les propositions de front unique qui lui étaient adressées à cette époque par les dirigeants locaux de la CGTU car elle se disait « instruite par l’expérience » de la double scission, du Parti en 1920, puis de la CGT. Elle demeura à la tête du syndicat du textile et de l’Union locale de la CGT jusqu’en 1929, date de son mariage avec Lucien Hussel qui avait été dans l’Isère et à Vienne l’un des artisans de la reconstruction du Parti socialiste SFIO après la scission de Tours. Son rôle personnel au sein du mouvement ouvrier viennois était terminé, et, désormais, son influence devait se confondre avec celle de son mari, plus tard maire et député de la ville.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article106925, notice COSTE Claudette [COSTE Claudine, dite Claudette, épouse HUSSEL] par Pierre Broué, version mise en ligne le 4 novembre 2010, dernière modification le 28 février 2015.

Par Pierre Broué

Claudette Coste
Claudette Coste
Cliché fourni par Gérard Jolivet

SOURCES : Arch. Nat. F7/13824, rapport du 1er octobre 1926. — Arch. Dép. Isère, 166 M 11. — Gérard Jolivet, La CGT vienoise avant 1914, Bulletin de la société des Amis de Vienne, n° 109, 2014.

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