COPE Victor

Par Alain Dalançon

Né le 30 mars 1877 à Pont-Saint-Vincent (Meurthe-et-Moselle) ; mort au Vésinet (Seine-et-Oise) le 9 janvier 1932 ; professeur agrégé de grammaire ; militant socialiste ; militant syndicaliste, président du l’A3 puis du S3 (1920-1931).

Victor COPE
Victor COPE

Fils de Stanislas Cope, entrepreneur à Pont-Saint-Vincent, sur la rive gauche de la Moselle face à la cité minière de Neuves-Maisons, et d’Anne Thiry, sans profession, Victor Cope fit ses études au lycée d’Épinal (Vosges). Bachelier en 1895, il poursuivit des études supérieures à la Faculté des Lettres de Nancy où il obtint une licence de lettres en 1898. Il effectua le service militaire dans l’infanterie à Toul en 1898-1899. Boursier, il échoua à l’agrégation de grammaire en 1900 ; sous-admissible en 1901, il fut reçu en 1902 (dernier sur 13 admis). Il fut alors nommé professeur agrégé de lettres au lycée de Guéret (Creuse) où il demeura jusqu’à sa nomination au lycée de Besançon (Doubs) en 1907.

Il se maria le 10 octobre 1903 et eut un fils, Jean, et une fille, Raymonde, qui épousa Ernest Rousseau en 1926, puis se remaria en 1928 avec Pierre Chantraine, le célèbre helléniste.

Victor Cope était militant socialiste. Il participa avec Jean Dufour, Charles Dumas et un de ses collègues professeurs, Charles Barbier, à la convocation d’un congrès en avril 1904 à La Souterraine, qui constitua la Fédération socialiste de la Creuse qui adhéra au Parti socialiste de France, et dont il fut secrétaire jusqu’au 24 décembre 1905, remplacé alors par Jean Dufour. Il assista donc au congrès de Lille du PS de France en août 1904 où il présenta le rapport sur la Creuse, au congrès d’unité à la salle du Globe en avril 1905, puis au congrès SFIO tenu à Limoges en 1906. Collaborateur du Socialiste de la Haute-Vienne, organe des Fédérations et groupes adhérents du PS de France, et du Socialiste du Centre qui lui succéda après l’unité de 1905 – journal hebdomadaire paraissant à Limoges – il signait ses articles Corvi-Pécot, anagramme de son prénom et de son nom. L’inspecteur d’académie notait cependant qu’« il devrait montrer plus de pondération dans sa conduite en dehors du lycée ».

De mars 1907 à 1908, Victor Cope exerça au lycée Victor Hugo de Besançon, où l’inspecteur général estimait que son enseignement n’était « pas à la hauteur de sa tâche » pour pouvoir « être maintenu dans un lycée aussi important ». II fut donc déplacé dans l’intérêt du service au lycée Gambetta de Tourcoing (Nord), qui souffrait beaucoup de la concurrence avec le collège catholique. L’inspecteur d’académie le qualifiait de « professeur zélé, qui a d’ingénieuses initiatives pédagogiques », alors que l’inspecteur général le trouvait toujours « terne » et « simplement passable ».

La sévérité de l’inspection à son égard s’expliquait probablement par son investissement dans les premières associations présyndicales, à une époque où les fonctionnaires ne disposaient pas du droit de constituer des syndicats. À partir de 1911 Victor Cope devint en effet membre de la commission exécutive de la Fédération nationale des professeurs de lycées de garçons et du personnel de l’enseignement féminin (A3), fondée en 1905, et de son bureau à partir de 1914, dont le trésorier était un de ses collègues du lycée de Tourcoing, Achille Beltette, un des fondateurs en 1912 du Bureau international des fédérations nationales du personnel de l’enseignement secondaire public. Il participa aussi en 1914 à la fondation de la Société des agrégés dont il fut le premier secrétaire général.

Mobilisé au 1er Régiment d’infanterie le 3 août 1914, il fut fait prisonnier par les Allemands dès le 8 septembre 1914 à Maubeuge et envoyé dans un camp en Prusse orientale où il eut à souffrir de la faim, étant conduit un jour à manger des couleuvres cuites dans de la vaseline.

À son retour à la vie civile après sa démobilisation en février 1919, le professeur mal noté qu’il était avant-guerre, fut affecté au lycée Faidherbe de Lille (Nord), entra dans le cadre parisien en 1921 au lycée Pasteur de Neuilly-sur-Seine puis obtint en 1924 sa nomination au lycée Janson de Sailly à Paris, où se termina sa carrière avant de prendre sa retraite.

Pendant une dizaine d’années, Victor Cope fut, après Albert Fedel, la plus importante personnalité du syndicalisme dans l’enseignement secondaire. Devenu vice-président de la Société des agrégés en 1919, il succéda à Paul Fouquet à la présidence de l’A3 en 1920, suite au décès accidentel de ce dernier, et demeura à la tête de l’organisation jusqu’en juillet 1931. Après la circulaire de tolérance du syndicalisme des fonctionnaires prise par le gouvernement du Cartel des Gauches en septembre 1924, il poussa à la transformation de l’A3 en Syndicat national des professeurs de lycée de garçons et du personnel de l’enseignement secondaire féminin (S3), acquise par référendum au congrès d’avril 1925. Mais il n’alla pas jusqu’à envisager l’adhésion immédiate du syndicat à la CGT comme le souhaitaient des membres du bureau comme Laure Bréchot ou Maurice Lacroix. Selon ce dernier, bien qu’étant toujours adhérent du Parti socialiste SFIO jusqu’à la fin de sa vie, il concilia toujours « sa fidélité à ses convictions personnelles et son scrupuleux respect de la neutralité politique de nos organisations ». C’est ce qui le conduisit à répondre aux violentes attaques de la presse conservatrice en 1925 : « On n’a jamais fait de politique dans la Fédération, on n’en fera pas dans le Syndicat ». Il était en effet soucieux de maintenir la plus large représentativité au syndicat qui tolérait la double affiliation à un syndicat confédéré (CGT ou CGT-U). Et au printemps 1926, il refusa d’entrer comme chargé de mission au cabinet du ministre de l’Instruction publique, Lucien Lamoureux.

Victor Cope était favorable à l’ « Ecole unique » et participa à la commission instituée par le ministre François Albert en décembre 1924. Tout au long de son mandat, il fut particulièrement actif pour obtenir le reclassement du personnel enseignant des établissements secondaires de l’enseignement public promis par la loi de finances de 1921. Ainsi le S3 fut-il conduit à organiser la grève du baccalauréat en juin 1927, à la suite d’une consultation des syndiqués. Le mot d’ordre fut largement suivi et suscita un flot d’indignation dans la grande presse. Mais la mobilisation fut payante car le président du Conseil, Raymond Poincaré, prit un décret le 27 août, revalorisant les traitements de 10% avec effet rétroactif à compter du 1er août 1926, et établissant en outre l’égalité entre les traitements masculins et féminins. Il fallut attendre trois budgets pour que les propositions de la Commission Martin se traduisent par trois nouvelles tranches de revalorisation, la dernière intervenant avec le décret du 23 octobre 1931.

Il fut également attentif à la défense de la laïcité et des valeurs humanistes de l’enseignement secondaire à l’échelle nationale et européenne, notamment dans le cadre du BIES relancé après la guerre. En tant que président de l’A3 puis du S3, comme il était de tradition entre les organisations membres, il assura la présidence tournante de l’organisation internationale, de 1925 à 1926 et de 1930 à 1931.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article106644, notice COPE Victor par Alain Dalançon, version mise en ligne le 4 novembre 2010, dernière modification le 24 mars 2014.

Par Alain Dalançon

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SOURCES : Arch. Nat. F7/13746, F17/26726
. — La Quinzaine Universitaire, organe de l’A3 puis du S3 (1920 à 1932) dont « À la mémoire de Victor Cope », numéro hors-série, janvier 1932. — Bulletin international de l’enseignement secondaire et Bulletin international de la Fédération internationale des professeurs de l’enseignement secondaire officiel. — « Fédération de la Creuse » in « La France socialiste » par Hubert-Rouger, tome II de Encyclopédie socialiste syndicale et coopérative de l’Internationale ouvrière sous la direction de Compère-Morel, Quillet, 1912, p. 227-231. — Comptes rendus des congrès socialistes. — Ère nouvelle, 26 avril 1923. — P. Gerbod, le Mouvement social, n° 55, avril-juin 1966. — Yves Verneuil, Les Agrégés. Histoire d’une exception française, Belin, 2005. — Nicole Hulin, L’enseignement et les sciences. Les politiques de l’éducation en France au début du XXe siècle, L’Harmattan, 2009. — Renseignements puisés dans Histoire du SNALC, non publiée et communiquée à l’auteur par Jean-Christophe Vaysette. — Alain Dalançon, Histoire du SNES, t.1, Plus d’un siècle de mûrissement des années 1840 à 1966-67, IRHSES, 2003. — Notes de Jacques Girault.

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