Né le 3 mai 1867 à Treignac (Corrèze), mort le 7 mars 1941 à Grazimis (Gers). Instituteur. Auteur de nombreux ouvrages et fondateur de la colonie communiste « l’Intégrale » en Lot-et-Garonne (1922-1935).

Issu d’une modeste famille corrézienne, où le père était tailleur de soutanes, Victor Coissac obtint le brevet supérieur et accomplit sa carrière d’instituteur à Tours. Durant les années précédant la Première Guerre mondiale, il se mêla à la vie syndicale, adhéra au Parti socialiste unifié, participa à des expériences de coopératives ouvrières et d’éducation populaire. Il correspondait avec Jules Prudhommeaux, Paul Passy, E. Armand, Maurice Lansac, secrétaire de l’Union sociétaire (fouriériste). Pédagogue, il fut l’auteur de plusieurs manuels d’apprentissage de l’orthographe à l’usage de l’enseignement primaire. Attiré par la philosophie et le progrès scientifique, il écrivit de nombreux ouvrages qu’il imprima et diffusa lui-même, où il s’attachait à démontrer la preuve de l’inexistence de Dieu. Très tôt indigné par l’injustice sociale, que les partis socialistes et les syndicats étaient, à ses yeux, incapables de supprimer, Victor Coissac préféra s’orienter vers une forme de révolution non violente, où les ouvriers se libéreraient eux-mêmes des patrons, en s’associant pour vivre et produire en commun et avec les bénéfices réalisés, favoriser la naissance de nouvelles communautés. Selon ce schéma étayé par des calculs minutieux, la France serait gagnée au communisme en quatre-vingts ans. L’organisation future baptisée « l’Intégrale » fut décrite en détail dans la Réalisation du bonheur (1916), le seul de ses ouvrages qui n’ait pas été réimprimé, tant il est vrai que Victor Coissac préférait la propagande par l’exemple : dès 1917, l’association fondée et les statuts de « l’Intégrale » déposés, il lança, non sans quelque succès, auprès des militants et des milieux enseignants et de fonctionnaires, un emprunt permanent sur la base d’obligations remboursables à terme avec intérêt. Sa retraite obtenue en 1922, il acheta au nom de « l’Intégrale » et par l’intermédiaire d’un ami de celle-ci, Maurice Ardilouze — trésorier de la section socialiste de Puch d’Agenais — un domaine agricole de 22 hectares, près de ce petit bourg du Lot-et-Garonne. Soixante-dix personnes au total traversèrent en treize ans la vie de « l’Intégrale », selon des durées de séjour et des motivations variées. L’expérience rencontra un accueil sympathique auprès de Renaud Jean, député communiste du Lot-et-Garonne, du couple d’instituteurs socialistes du Cher, les Guillet (voir la biographie de Guillet Louis*), de l’institutrice E. Mandon, amie de Gabrielle Bouët et surtout des milieux libertaires : Pierre Besnard, secrétaire adjoint du syndicat des cheminots de Chinon, qui diffusait les thèses intégralistes en 1918 dans la Tribune des cheminots, Pierre Proust, Louis Rimbault, Henry Sizly, Jean Serru et surtout E. Armand, qui ouvrait les colonnes de l’En dehors au phalanstère de l’agenais. Mal nourrie par le commerce des livres, incapable de tirer profit de son agriculture et ne subsistant qu’avec l’aide des amis que Coissac ne cessait de solliciter, « l’Intégrale », accablée de dettes et de conflits, fut contrainte en 1935 de fermer ses portes. La propriété vendue pour rembourser les créanciers, Victor Coissac se retira à Mondinet, dans le Gers, près du hameau de Grazimis (commune de Condom) où il entretenait, dans le plus grand désarroi moral, et jusqu’à sa mort en 1941, la fiction d’une nouvelle communauté, « l’Idéale », uniquement composée de lui-même, de sa compagne Suzanne Le Boudec, ancienne intégraliste et de leur fils, Georges, né en 1928.

ŒUVRE : Enseignement primaire, cours élémentaire : enseignement méthodique de l’orthographe, Paris, Delalain frères, 1898, 179 p. — Enseignement primaire, cours moyen : enseignement méthodique de l’orthographe, Paris, Delalain frères, 1901, 376 p. — La Nature et ses secrets (autographié), Tours, 1903, 351 p. — Les Manifestations de l’énergie, Tours, 1905, 5e éd. revue et corrigée, 1933), 206 p. — Dieu devant la science et devant la raison, Tours, 1913, 5e éd., 1932, 133 p. — L’Évolution des mondes, suivi de La Conquête de l’espace, Tours, L’Intégrale, 1916 (rééd. ca. 1928), 278 p. — La Morale sans Dieu, Tours, L’Intégrale, 1916 (rééd. 1938), 181 p. — La Réalisation du bonheur par l’établissement graduel et pacifique du régime communiste ou la rénovation sociale accomplie sans à coups ni violence, Tours, L’Intégrale, ca 1916, 360 p. — Le Mariage, le ménage et l’éducation des enfants, Puch, L’Intégrale, 1923 (rééd. 1934), 174 p. — Histoire impartiale de la IIIe République, depuis les origines jusqu’aux temps actuels, Puch, L’Intégrale, 1925, 164 p. — Sous le pseudonyme d’Ambroise Fournier, Contes, nouvelles et récits et poésies (nouv. éd.), Puch, L’Intégrale, 1929, 159 p. — Sous le pseudonyme de Illidé et avec Charles Rouch, sous le pseud. de Lesly, L’Envol, Puch, L’intégrale, 1934, 310 p., et Sur la lune, Puch, L’intégrale, 1935, 353 p. — Sous le pseudonyme de Marcel Illidé, L’Éducation sexuelle en dix leçons (nouv. éd.), Mondinet, L’Idéale, 1937, 232 p. — Les Nouveaux entretiens du Maitre Barthélémy : dialogues de la libre pensée et les questions sociales (4e éd.), Mondinet, L’Idéale, 1938, 218 p.
- Périodiques : Bulletin mensuel de l’Union populaire (1908-1913). — Revue d’éducation (1912-1913). — Libération du prolétariat par l’éducation intégrale des travailleurs (1913-1913). — Bulletin de l’Intégrale (1910-1934 ?). — Libre pensée intégrale (1926-1934 ?).

SOURCES : Arch. Dép. Essonne et Lot-et-Garonne. — Bibliothèque Nationale. — Bibliothèque municipale de Tours. — Institut français d’histoire sociale : fonds Armand, Lamberet, Monatte. — Greffe du tribunal d’instance de Condom (Gers). — Archives privées (Colette Compagnon, Jean-Baptiste Manicacci, Georges Le Boudec, Irène Ardilouze). — Témoignages (dont celui de Georges Le Boudec). — Diana Cooper-Richet, Jacqueline Pluet-Despatin, L’Exercice du bonheur ou comment Victor Coissac cultiva l’utopie entre les deux guerres dans sa communauté de l’Intégrale, Seyssel, Champ Vallon, 1985, 271 p. (coll. Milieux).

Diana Cooper-Richet et Jacqueline Pluet-Despatin

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