AVRIL Henri, Pierre, Marie

Par Christian Bougeard, Jacques Girault

Né le 4 décembre 1888 à Cavan (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor), mort le 17 janvier 1949 à Saint-Brieuc (Côtes-du-Nord) ; professeur, député (1919-1924) ; président du Comité départemental de Libération des Côtes-du-Nord, préfet.

Fils d’un instituteur, Henri Avril fréquenta le collège de Lannion (1900-1906), puis le Lycée de Rennes (1906-1907). Bachelier « philosophie », il obtint le prix Souvestre en première supérieure et entra à l’École normale supérieure de Saint-Cloud (1908-1910) et titulaire du Certificat d’aptitude professionnelle au professorat (lettres et anglais) des Écoles normales et des EPS, fut nommé à l’EPS de Nancy en 1912, puis l’année suivante, professeur à l’École normale d’instituteurs de Saint-Brieuc. Sous-lieutenant de réserve, mobilisé dans l’infanterie, le 3 août 1914 à Nancy, capitaine, il fut sept fois blessé. Démobilisé comme capitaine alors qu’il commandait les troupes stationnant à Aix-la-Chapelle, il accepta l’intérim de directeur de l’École normale pendant la maladie du titulaire. Pendant la guerre, en mars 1917 à Canihuel (Côtes-du-Nord), Avril s’était marié avec une professeure de lettres à l’École normale qui demanda un an « en congé d’inactivité » en 1927 pour élever ses deux enfants. Il avait prononcé, le 18 novembre 1916 à Saint-Brieuc une conférence patriotique remarquée sur « les aspects successifs de la guerre et ses leçons ».
Aux élections législatives du 16 avril 1919, Henri Avril figurait sur la liste d’Union républicaine, conduite par le maire de Saint-Brieuc Henri Servain (républicain de gauche), qui affrontait une liste des droites rassemblant des progressistes et des conservateurs. Cette liste, investie par le congrès républicain des Côtes-du-Nord et classée « Bloc national », alliait des hommes de centre gauche et des hommes de centre droit. À côté de six notables sortants, Avril, ancien combattant, incarnait le renouvellement, le rajeunissement et l’aile gauche avec l’étiquette de républicain socialiste. Le préfet le présentait comme « le type de poilu malheureusement sans fortune, écueil redoutable ». Sur la liste élue en entier avec 54,4 % des suffrages exprimés, avec 58 152 voix (second score) il devançait le polytechnicien Yves Le Trocquer (Alliance démocratique), futur ministre des Travaux publics (1920-1924). À la Chambre dans le groupe de l’Action républicaine et sociale, il participa aux travaux de la commission de l’enseignement et des beaux-arts et de la commission de l’hygiène, intervenant souvent sur les questions relatives à l’enseignement.
Henri Avril se représenta le 11 mai 1924 sur la liste d’Union républicaine et nationale du Bloc national conduite par le poincariste Yves Le Trocquer (cinq députés sortants), qui s’opposait à une liste de droite et à trois listes de gauche (radicale-socialiste, socialiste SFIO et communiste). La liste sortante, qui faisait figure de « liste officielle », avait placé les deux députés de sensibilité de gauche, Pierre Even et Henri Avril en 3e et 4e position. Ces laïques devinrent la cible privilégiée de la droite catholique et conservatrice car ils n’auraient pas soutenu Poincaré lors de l’occupation de la Ruhr, ce qui était faux. Une vigoureuse campagne d’affiches et de papillons en faveur « du poilu Avril qui a gagné toutes ses décorations sur le champ de bataille » n’empêcha pas l’échec alors que la droite (31,8 % des suffrages exprimés) obtenait deux sièges et le centre droit (46 % des voix) six députés. Considéré comme trop à gauche par le corps électoral, il recueillait 45 754 suffrages (moyenne de liste, 51 110 voix).
Avril réintégra l’enseignement et devint directeur de l’EPS de Lamballe en mai 1924. Les rapports d’inspection le décrivaient comme un excellent directeur, entretenant de très bons rapports avec les familles et avec la municipalité qui cherchait à créer des sections professionnelles. L’établissement, reconstruit, fut inauguré en 1933 par Édouard Herriot. Son épouse dirigeait avec une grande intégrité l’internat. Considéré comme de gauche, militant laïque et syndical, il collaborait à La Démocratie bretonne.
Lors des élections législatives de 1928, Henri Avril présidait le comité républicain de Saint-Brieuc et il apporta son appui au candidat des gauches, le radical Jean Laurent, élu de justesse député de Saint-Brieuc 1 au second tour. À l’occasion d’une élection partielle dans la circonscription de Lannion, reconquise en 1928 par son ami le Docteur Pierre Even, élu au Sénat, en avril 1930, Avril tenta de revenir au Palais-Bourbon, avec l’étiquette radicale-socialiste. Mais contre deux candidats de droite et un républicain socialiste, il n’obtint que 35,1 % des voix au premier tour le 13 avril. Il préféra s’effacer au second tour en faveur d’Yves Le Gac, un radical-socialiste, négociant tanneur, ancien conseiller général de Plestin-les-Grèves, qui fut battu de peu. En décembre 1931, Henri Avril, toujours président du comité radical de Saint-Brieuc, contribua à l’arrivée dans la deuxième circonscription de Saint-Brieuc tenue par la droite, d’un jeune secrétaire général du ministère de l’Intérieur, André Cornu, qui fut élu député contre le conservateur de Robien en mai 1932.
Henri Avril, qui avait envisagé de prendre sa retraite en 1941, n’en fit rien et n’accepta pas l’occupation de son pays. L’internat de son établissement fut tour à tour réquisitionné pour servir d’hôpital puis de cantonnement pour les troupes allemandes. Pendant l’été 1943, il avait été contacté par Yves Lavoquer, professeur de Lettres au lycée de Saint-Brieuc, militant socialiste et un des responsables de Libération-Nord. Selon le témoignage de ce dernier, il accepta immédiatement de participer à l’unification en cours des forces de la Résistance. À la fin de l’année 1943, il s’intégra dans la clandestinité à un comité de coordination, embryon du comité départemental de Libération des Côtes-du-Nord, où il représentait le Parti radical-socialiste. Lors de la première réunion du CDL en gestation, à Saint-Brieuc, chez l’abbé Chéruel, à la mi-décembre 1943, il en fut élu président, au moment où l’Armée secrète s’organisait dans les Côtes-du-Nord. Il assuma cette fonction dangereuse jusqu’à la Libération alors que le Front national et le PCF, très actifs sur le terrain, renforçaient leur influence avec des hommes comme Jean Devienne Il avait promis à Lavoquer qu’il adhérerait à la SFIO après la Libération, ce qu’il fit le 1er janvier 1945.
Avril avait été prévu comme préfet de la Libération, selon plusieurs sources, mais l’avocat Gamblin, peu lié à la Résistance locale, obtint ce poste. Craignant une dualité des pouvoirs, ce dernier entra rapidement en conflit avec les milieux résistants et avec Devienne. Le président du CDL joua le principal rôle modérateur dans les semaines qui suivirent la Libération. Il désamorça plusieurs conflits locaux, notamment à Dinan, quand des résistants s’opposèrent au retour de Michel Geistdoerfer, l’ancien député-maire radical-socialiste, révoqué par Vichy fin 1940, et membre du CDL au titre de l’OCM. Dès le 5 août 1944, il avait installé avec le préfet la nouvelle municipalité de Saint-Brieuc et accueillit les troupes américaines le lendemain. Surnommé « Tonton », il présida avec autorité le CDL et Louis Guilloux décrivait son action et sa bonhomie dans ses Carnets. Il mena à bien l’épuration, confiée notamment à Yves Lavoquer, faisant élargir de nombreux internés, et il dénoua plusieurs crises liées à l’épuration et à la réorganisation municipales. En novembre 1944, il avait été détaché par son ministère pour s’occuper de l’épuration administrative. En février 1945, il participa à un congrès des présidents de CDL à Paris dont il rentra « désenchanté », convaincu que la mise à l’écart de la Résistance était en route. Le 8 février 1945, il présida à Saint-Brieuc un congrès départemental des comités de libération locaux alors que l’épuration des notables et la réorganisation municipale s’achevaient.
Mis à la disposition du ministère de l’Intérieur, Avril fut nommé préfet délégué des Côtes-du-Nord le 21 juin 1945. Titularisé dans cette fonction comme préfet de seconde classe le 24 août 1946, promu en première classe le 9 juin 1948, Henri Avril demeura préfet des Côtes-du-Nord jusqu’à sa mort. Sa forte personnalité, ses grosses moustaches de Gaulois et sa popularité après 1945 avaient marqué l’histoire politique des Côtes-du-Nord. Ses rapports mensuels de préfet, fort documentés, analysent avec beaucoup de pertinence la situation de son département avec la volonté d’éclairer le gouvernement sans utiliser un langage technocratique et trop neutre.
Son nom fut donné au lycée et au centre médical de Lamballe. Le nom de Charles Marie et Henri Avril fut donné à une artère de Cavan. Son frère Charles, plus jeune, après l’École normale supérieure, était devenu dominicain. De 1947 à 1954, il fut Provincial de la Province de France de l’Ordre.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article10573, notice AVRIL Henri, Pierre, Marie par Christian Bougeard, Jacques Girault, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 31 janvier 2018.

Par Christian Bougeard, Jacques Girault

SOURCES : Arch. Nat. F17/26234. — Renseignements fournis par la mairie de Cavan. — Bulletin de l’Association des Amis de Lamballe et du Penthièvre, 1995-1996. — Dictionnaire des parlementaires français, t. 1. — Dictionnaire biographique des préfets (septembre 1870-mai 1982), édit. Archives nationales, 1994. — Christian Bougeard , Le Choc de la guerre dans un département breton : les Côtes-du-Nord des années 1920 aux années 1950, thèse d’État, université Rennes 2, 1986.

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