AVON Paul

Par Pierre Bonnaud

Né le 2 mai 1912 au Teil (Ardèche), mort le 31 mars 1976 à Montpellier (Hérault) ; instituteur ; militant syndicaliste du SNI ; militant socialiste SFIO de l’Ardèche et libre-penseur, résistant ; conseiller général du canton de Viviers de 1949 à 1976 ; maire du Teil de 1965 à 1976.

Fils d’Ernest Avon et de Pauline Arnaud, pupille de la Nation après la mort de son père pendant la Première Guerre mondiale, Paul Avon fut placé sous la tutelle de son oncle Élie Avon, instituteur au Teil. Sa mère, qui tenait un café au quartier de la Violette, se remaria avec Julien Esclangon, et ils eurent une fille, Suzanne. L’oncle et le beau-père de Paul Avon appartenaient à la Libre-pensée et à la section locale du Parti socialiste SFIO. Élie Avon fut, au début des années trente, secrétaire général de la section ardéchoise du Syndicat national des instituteurs et institutrices de France et des colonies affilié à la CGT. Il était également franc-maçon et président de la section du Teil de la Ligue des droits de l’homme.
Élève à l’école communale du quartier du Frayol, Paul Avon poursuivit sa scolarité à l’École primaire supérieure de garçons de Montélimar (Drôme). Doté d’un brevet de capacité pour l’enseignement primaire en 1930, instituteur remplaçant à partir de 1931, il fut titularisé en 1937 à l’école de Dompnac (commune de Pourcharesse, Lozère). Il occupa également des postes à Saint-Étienne-de-Lugdarès (Ardèche) dans la Cévenne vivaroise en 1940-1941 puis au Teil pendant les autres années de guerre. En septembre 1945, il fut nommé en poste double avec son épouse à Saint-Pons dans le massif du Coiron. Il obtint un poste au Teil en 1950. Nommé au groupe scolaire du Frayol, il en devint directeur, et conserva cette fonction jusqu’à sa retraite en 1967. Le 3 avril 1939, Paul Avon avait épousé l’institutrice Alice Serre, née le 9 décembre 1915 au hameau des Quatre Ponts à Saint-Julien-le-Roux (Ardèche). Paul et Alice Avon furent des adeptes des méthodes actives de Célestin Freinet dans leur enseignement.
Sur le plan politique, Paul Avon s’inscrivit d’emblée dans la tradition socialiste, laïque et anti-cléricale de sa famille. Jeune instituteur et militant des Jeunesses socialistes, il comparut devant le tribunal correctionnel de Privas en juillet 1935 pour des faits qui s’étaient déroulés dans l’église de Rochemaure (Ardèche) pendant la célébration de la messe de minuit le 24 décembre 1934. En compagnie de quelques camarades, il avait chanté l’Internationale. Reconnu coupable, il fut condamné à 16 francs d’amende pour « entrave à l’exercice du culte ». Le 30 novembre 1938, il fit partie des 310 instituteurs ardéchois grévistes dont les noms furent publiés dans un « tableau d’honneur » par le bulletin syndical du SNI réunifié local, L’Émancipation.
Mobilisé en septembre 1939, sergent dans l’infanterie, il fut démobilisé le 26 juillet 1940. Il participa à la Résistance. Agent de renseignements du réseau britannique Buckmaster à partir de 1943, il échappa de justesse à la vague d’arrestations qui décima l’organisation en Drôme-Ardèche en mars 1944. Réfugié à La Sablière puis dans le massif du Coiron, il gagna le maquis. En août 1944, il faisait partie de la 24e compagnie de l’Armée secrète avec le grade de sergent et il fut le seul survivant d’un accrochage avec l’armée allemande à Saint-Péray dans la vallée du Rhône. Ses compagnons, faits prisonniers, furent fusillés.
En 1945, Paul Avon fit partie, au sein de la section SFIO du Teil, de la commission chargée des contacts avec le PC et il devint secrétaire de la section. Les mouvements issus de la Résistance ardéchoise (MNL et FN) venaient de fusionner à l’échelle départementale pour former un « Front uni de la Renaissance française » et les fédérations communiste et socialiste appuyaient cette démarche dans ses prolongements électoraux. Aux élections municipales du printemps 1945 au Teil, une liste « d’union républicaine et antifasciste » fut élue en entier au premier tour. Elle comprenait une majorité communiste conduite par Joseph Thibon* et une minorité socialiste conduite par Alphonse Pellet. Un accord identique porta sur les élections cantonales de septembre dans le canton de Viviers. Un rapport des Renseignements généraux en date du 19 septembre 1945 indiquait que « monsieur Avon, instituteur au Teil, secrétaire de la section SFIO » apportait un « appui total de son parti à Chaze ». Henri Chaze*, candidat communiste, sans concurrent SFIO, fut élu au premier tour.
Avec l’entrée dans la Guerre froide et la constitution de la Troisième force, les relations entre militants socialistes et communistes du Teil se détériorèrent profondément. Aux élections municipales de 1947, Paul Avon conduisit une liste d’union avec le MRP et les radicaux-socialistes qui s’opposa à la liste du PC. Il emporta 5 sièges sur 23 et siégea ainsi d’une manière minoritaire au conseil municipal jusqu’en 1953. Réélu en 1959, il ne cessa de dénoncer l’action de la municipalité communiste.
Sur ses adversaires communistes, Paul Avon emporta successivement deux victoires. En 1949, aux cantonales, la SFIO présenta sa candidature dans le canton de Viviers où avait été élu Henri Chaze. Le MRP ne présenta pas de candidat comme il l’avait fait en 1945, mais la droite présente au premier tour avec un candidat RPF, se retira au deuxième. Avon battit Chaze au deuxième tour par 3 399 voix contre 2 829. Le canton comptait 8 063 inscrits. Paul Avon fut réélu au conseil général en 1955, 1961, 1967, 1973. Lors de cette dernière élection, il n’était plus membre du Parti socialiste et se réclamait du « socialisme indépendant ».
En mars 1965, aux municipales, Paul Avon réussit à réunir et à conduire une « liste d’entente républicaine pour l’expansion de la ville du Teil », large liste d’opposition à la municipalité communiste sortante conduite par René Montérémal. Paul Avon obtint 2 737 voix sur 5 258 inscrits et 4 472 suffrages exprimés. Il réalisa le meilleur score de son équipe qui fut entièrement élue. Avec la même base d’alliances, il emporta les élections municipales en mars 1971. Il fut maire du Teil de 1965 à 1976.
Membre de la commission exécutive fédérale à partir du congrès de La Voulte du 23 février 1947, Paul Avon participa à la plupart des congrès fédéraux de la SFIO des années cinquante et soixante. En 1955, la fédération SFIO présenta sa candidature au Conseil de la République : il fut suppléant de Ferdinand Janvier. Au sein de la fédération, il manifesta son plein accord avec la politique suivie par le secrétaire général du Parti, Guy Mollet*, notamment sur la question algérienne. En septembre 1958, il se prononça pour le « oui » au référendum constitutionnel, contrairement à la majorité fédérale. Ses positions étaient marquées par le refus de tout rapprochement avec le PC, ce qui le conduisit au début des années soixante-dix à refuser le Programme commun et à prendre ses distances avec le nouveau Parti socialiste conduit par François Mitterrand*. Aux élections cantonales de 1973, il affronta la candidature du secrétaire de section du Parti socialiste du Teil, Marcel Fenouil et celle du communiste Marcel Mazel*. La droite ne présenta pas de candidat. Paul Avon fut réélu au premier tour.
Sur le plan syndical, Paul Avon fut adhérent au SNI puis à la CGT-FO. Il fit partie du conseil syndical du SNI en 1945-1946. Responsable des questions laïques, il présenta également en 1946 un projet de réforme des statuts de la section ardéchoise qui fut adopté. Devant la poussée du courant proche du PC, les instituteurs de l’ancien SN firent alliance en Ardèche avec le courant « École émancipée » dirigé par Yvonne Issartel qui put conserver la direction de la section ardéchoise jusqu’en 1954. En 1950, peu de temps après son élection au conseil général, Paul Avon fut mis en cause par un ordre du jour de l’assemblée générale du SNI qui « s’indignait de son attitude » lors du vote du budget du conseil général, l’accusant d’avoir voté les subventions aux écoles privées. Son exclusion du syndicat était demandée par plusieurs instituteurs communistes. Paul Avon dut publier dans L’Émancipation un démenti et reproduire son explication de vote, mais lorsque le courant cégétiste prit la direction de la section ardéchoise du SNI, il s’inscrivit à FO.
La défense de la laïcité et de la protection sociale furent ses principaux champs d’action au Conseil général et à l’échelle du département. Il fit partie des conseils d’administration de nombreuses associations et œuvres laïques, notamment de la FOL de l’Ardèche et présida la caisse départementale de la Sécurité sociale. Il avait refondé la section locale de la Libre pensée au Teil après 1945.
Sa carrière fut tragiquement interrompue le 29 mars 1976 par un déséquilibré mental qui le blessa grièvement avec une arme à feu. Il décéda deux jours plus tard. Homme de terrain, souvent polémique avec ses adversaires, Paul Avon avait marqué le paysage politique local. Son épouse fut élue conseillère municipale du Teil en 1977. Elle trouva la mort dans un accident quatre années plus tard. Paul et Alice Avon eurent deux enfants.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article10568, notice AVON Paul par Pierre Bonnaud, version mise en ligne le 10 octobre 2008, dernière modification le 7 décembre 2018.

Par Pierre Bonnaud

SOURCES : Arch. Dép. Rhône, 668 W 96. — Arch. Dép. Ardèche, 30 W 1, 72 W 368. — Dossiers de l’OURS, notes de G. Morin. — Les Conseillers généraux du département de l’Ardèche, publication du service des assemblées du conseil général de l’Ardèche, Privas, 1992. — L’Ardèche socialiste, 1944-1947. — La Volonté socialiste, 1948-1973. — Le Dauphiné libéré, 1945-1976. — La Tribune de Montélimar, 1973-1976. — L’Émancipation, bulletin de la section ardéchoise du SNI, (1938-1939 et 1944-1945-1946-1950). — Louis-Frédéric Ducros, Montagnes ardéchoises dans la guerre, t. III, Valence, 1981. — Henri Chaze, Un communiste ardéchois dans le siècle, éditions Les Allobroges, Aubenas, 1994. — Éric Darrieux, Une génération d’instituteurs ardéchois de l’école publique dans la crise des années trente, mémoire de maîtrise d’histoire, université Aix-Marseille I, 1995. — Courriers et documents transmis par mesdames Claude Jean et Michèle Turounet, filles de Paul Avon.

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